Les moines Sáriputtará et Moggalána (les deux plus grands disciples de Bouddha) ont des qualités exceptionnelles. Pour en bénéficier, ils leur a fallu les développer durant de très nombreuses existences.
Tout cela a commencé il y a très longtemps, alors qu'ils se nommaient Sarda et Sirivaddhana et qu'ils rencontrèrent le bouddha Anomadassí...
Bouddha raconta ensuite le récit du développement des páramí des Vénérables Sáriputtará et Mahá Moggalána...
Il y a 1 asaýkhyeyya et 100 000 kappa en arrière, vivaient un brahmane et un riche homme, tous deux de la tribu des Mahásála. Le brahmane se nommait Sarada – le futur Vénérable Sáriputtará – et le riche homme Sirivaððhana – le futur Vénérable Mahá Moggalána. Tous deux furent les meilleurs amis du monde, et ce, dès leur plus tendre enfance. À la mort de son père, Sarada hérita de toute sa fortune, qui comprenait également les biens de tous ses ancêtres. Alors jeune adulte, Sarada alla dans un endroit calme et silencieux pour réfléchir :
« Maintenant, je sais de quelle vie je bénéficie. Plus tard, je ne sais pas quelle vie m'attend. Toutefois, une chose est sûre : il en va toujours de même. Après la conception, on débouche sur une nouvelle naissance ; après la naissance, on parvient irrémédiablement à la mort. Puis cela recommence éternellement ainsi. Toute cette fortune ne présente pas le moindre avantage. De toutes les richesses, l'or, l'argent, les joyaux, les réserves de riz... on ne peut rien emporter quand on meurt. Si quelqu'un meurt, on a beau lui souhaiter tout ce qu'on veut, on ne peut plus rien pour lui ; il renaîtra là où il doit renaître (en fonction de ses actes). Les plaisirs sensoriels sont dépourvus de toute substance. Quel bénéfice retire-t-on en jouissant de ces sens ? Il serait vraiment bien que je puisse trouver une voie qui me sorte de cette sphère des plaisirs sensoriels. Il serait bien qu'après avoir renoncé à l'existence laïque, j'adopte une vie de renoncement, afin de rechercher nibbána, la libération définitive de la sphère des sens. »
Quand Sarada se rendit auprès de son ami Sirivaððhana, il lui fit part de ses réflexions, lui annonçant son intention de mener la vie de renonçant. Ensuite, il lui proposa :
« Ami Sirivaððhana ! Aimeriez-vous, vous aussi, abandonner la vie laïque, pour mener la vie de renonçant, consacrée à la recherche du précieux nibbána ?
— Non, Sarada, je n'envisage pas cela. Toutefois, si vous êtes prêt à faire ainsi, n'attendez pas, partez dès maintenant mener la vie de renonçant ! »
Sarada abandonna la totalité de ses possessions. Il partit sur une montagne pour y vivre en ermite. Il développa rapidement les jhána et les abhiñña. Au fur et à mesure, tous ses amis sages le rejoignirent, jusqu'à ce que l'ermite Sarada se retrouve avec 74 000 disciples ermites. Il leur enseigna les jhána et les abhiñña. Tous parvinrent à les développer intégralement.
Dans le majjhima desa, dans le royaume de Candavatí, s'éveilla Bouddha Anomadassí. Les parents de ce bouddha étaient roi et reine. Le roi s'appelait Yasavá et la reine Yasodhará (rien à voir avec l'épouse du prince Siddhattha). À l'instar de tout bouddha, le Bienheureux Anomadassí avait ses deux aggasávaka (les deux plus nobles disciples, l'équivalent des Vénérables Sáriputtará et Mahá Moggalána pour Bouddha Gotama) et son serviteur attitré, qui l'accompagnait où qu'il allât (l'équivalent du Vénérable Ánandá pour Bouddha Gotama). Son disciple bras droit était le Vénérable Nisabha, son disciple bras gauche était le Vénérable Anoma. Son serviteur attitré était le Vénérable Varuša. De la même manière, il avait ses deux plus nobles disciples moniales : sa disciple bras droit était la Vénérable Sundará, sa disciple bras gauche était la Vénérable Sumana.
Un jour, alors que Bouddha Anomadassí sortait d'un phala samápatti il vit Sarada dans sa montagne, entouré de ses 74 000 disciples. Sachant qu'il était destiné à devenir l'un des deux aggasávaka d'un futur bouddha, il décida d'aller le voir. Il vola dans les airs grâce à ses pouvoirs psychiques pour le rejoindre sur la montagne. Ce jour-là, tous les disciples de l'ermite étaient partis chercher des fruits dans les forêts environnantes. Bouddha Anomadassí alla tout seul sur la montagne. Quand il arriva, l'ermite Sarada était lui aussi tout seul. Quand l'ermite vit Bouddha s'approcher de lui, il sut aussitôt :
« Dans ce monde, il n'y a pas plus noble que lui, personne ne peut le rivaliser. »
Pour l'accueillir, il lui prépara une place pour s'installer, il lui apporta de l'eau. Il se prosterna très respectueusement, lui adressa des paroles de courtoisie et s'assit sur le côté, plus bas que lui. À ce moment-là, tous les disciples de l'ermite revinrent, très surpris de voir leur maître marquer de profonds signes de respect envers un étranger – Bouddha Anomadassí – et s'asseoir plus bas que lui, car ils se sont toujours imaginé que leur maître était le noble de tous les êtres. Ils ne purent cacher leur étonnement :
« Ô maître ! Cette personne serait-elle plus noble que vous ?
— Comment osez-vous poser une pareille question ? Entre une montagne et un grain de sésame, qu'est-ce qui est le plus grand ?
— Une montagne est infiniment plus grande, maître.
— De la même façon, la grandeur de cet être n'est pas comparable avec moi ; il est Bouddha, en ce monde, c'est le plus noble. »
Tout le monde se prosterna devant Bouddha Anomadassí, se mit à prendre le plus grand soin de lui, et lui offrit les meilleurs fruits de la cueillette. Bouddha pensa qu'il serait bien que ses deux principaux disciples soient ici, avec lui. Quand ceux-là prirent connaissance de la volonté du Bienheureux, ils vinrent sur la montagne, accompagnés de tout le saµgha, composé en ce temps-là de cent mille moines. À leur arrivée, les ermites s'empressèrent de leur préparer une bonne place pour s'asseoir. Pour ce faire, ils couvrirent le sol de fleurs. Bouddha Anomadassí se leva, allant s'asseoir face au saµgha et devant tous les ermites, sur un endroit surélevé, également recouvert de fleurs. Pour permettre un considérable mérite aux ermites qui préparèrent avec grand soin l'endroit d'accueil du saµgha et lui-même, il s'absorba dans le nirodha durant sept jours. Sachant dans quel type d'absorption le Parfait était, tout le saµgha se plongea également dans le nirodha. Afin de protéger Bouddha Anomadassí des intempéries, l'ermite Sarada tendit au-dessus de lui un parapluie fait de feuilles, sans bouger, les sept jours durant l'absorption des moines, sans manger, ni rien faire d'autre. Seul, píti l'envahit.
Quand tout le monde sorti de son absorption, Bouddha appela Nisabha près de lui – son disciple bras droit – l'enjoignant d'enseigner à l'intention de tous les ermites, un sermon à propos du mérite développé par le don de fleurs, tel qu'ils venaient de le faire au saµgha. Après, il invita Anoma – son disciple bras gauche – à prononcer le même sermon. Quand ce fut chose faite, pas un seul des ermites ne devint ariyá. Bouddha Anomadassí délivra lui-même un enseignement, au terme duquel les 74 000 ermites devinrent tous arahanta, à l'exception de Sarada, dont les páramí le destinaient à la distinction particulière d'aggasávaka, lors d'un prochain buddha sásana (au temps de Bouddha Gotama). Le Bienheureux n'eut alors qu'à dire « ehi bhikkhu ! », et tous obtinrent spontanément bol et robes. À cet instant, l'ermite Sarada formula son souhait à Bouddha Anomadassí :
« Ô noble Bouddha ! Avec les kusala que j'ai accomplis par mon offrande de fleurs et par ma protection sept jours durant à l'aide d'un parapluie de feuilles, puissé-je devenir, tout comme votre noble disciple le Vénérable Nisabha, aggasávaka disciple bras droit d'un prochain bouddha ! »
Grâce à anágataµsa ñáša, qui est une connaissance propre à un bouddha et permettant de prédire dans un très lointain avenir en se basant notamment sur les facteurs très complexes du kamma des êtres et de l'évolution de leurs páramí, le Bienheureux examina les probabilités qui s'offrirent à l'ermite Sarada. Ensuite, il lui répondit :
« Sarada, toutes les conditions sont favorables : d'ici 1 asaýkhyeyya et 100 000 kappa, vous deviendrez un aggasávaka. Dans ce kappa, il y aura cinq bouddhas : d'abord Bouddha Kakusandha, suivi de Bouddha Košáguma, ensuite Bouddha Kassapa, et après, Bouddha Gotama, auprès duquel vous serez le disciple bras droit. Votre nom sera alors Sáriputtará. »
Après cela, Bouddha Anomadassí et tout le saµgha – dont les 74 000 disciples – repartirent, laissant l'ermite Sarada tout seul sur sa montagne.
Bientôt, l'ermite Sarada rendit visite à son ami Sirivaððhana, qui vivait encore pleinement dans le monde laïc. En arrivant, il s'arrêta devant la porte de sa maison. Sirivaððhana vint lui ouvrir :
« Ô ami Sarada ! Voilà si longtemps que nous ne nous sommes point revus. Je vous en prie, entrez donc ! Asseyez-vous ! (Il accueillit courtoisement son ami et s'assit à côté de lui.) Où sont vos disciples ? Ne vous accompagnent-ils pas ?
— Un jour, alors que tous mes disciples étaient allés chercher des fruits dans la montagne, je reçus la visite d'un être exceptionnel. Personne ne peut être comparé à lui. (Il relata à son ami tout ce qui s'était passé ensuite...) C'est ainsi que je deviendrai le disciple bras droit de Bouddha Gotama. Jusque-là, faisons chemin ensemble, mon ami ! Puissiez-vous devenir le disciple bras gauche de ce bouddha ! Efforcez-vous de devenir un aggasávaka avec moi !
— Comment pourrais-je m'y prendre ? Je ne connais même pas ce Bouddha Anomadassí, je n'ai pas la moindre relation avec lui ! (Il réfléchit un instant.) Emmenez-moi auprès de lui, mon ami ! Aidez-moi, et faites-le-moi connaître ! Alors seulement je serai en mesure d'accomplir un grand acte méritoire et de formuler moi aussi mon souhait en conséquence.
— Ne soyez pas inquiet pour cela, je me fais un devoir d'aller inviter Bouddha Anomadassí et ses moines à venir chez vous. Vous n'avez qu'à vous occuper du nécessaire pour les recevoir.
— Entendu ! Je vais de ce pas faire aménager un abri capable d'abriter deux cent mille moines. J'organiserai tout pour leur offrir le repas et les boissons durant sept jours. »
L'ermite alla retrouver Bouddha pour lui annoncer l'invitation :
« Ô noble Bouddha ! Par compassion pour mon ami Sirivaððhana, je serai tellement ravi que vous acceptiez, avec le saµgha, une invitation pour le repas et les boissons durant sept jours. Voudriez-vous lui faire l'honneur de votre visite, de venir chacun de ces sept jours, et délivrer un enseignement à l'issue du septième jour ? »
Acceptant l'invitation du riche Sirivaððhana, Bouddha Anomadassí vint à chacun de ces sept jours, accompagné de cent mille moines. Sirivaððhana leur fit servir repas et boissons, et le septième jour, offrit un jeu de trois robes pour chacun des moines. À ce moment, Bouddha enseigna le dhamma. Quand le sermon fut achevé, Sirivaððhana s'approcha du Bienheureux :
« Ô noble Bouddha ! Le souhait de mon ami l'ermite Sarada est accompli : il sera aggasávaka, au temps de Bouddha Gotama. Avec tous les kusala que je viens d'accomplir pendant ces sept jours, puissé-je devenir, tout comme votre noble disciple le Vénérable Anoma, aggasávaka disciple bras gauche d'un prochain bouddha ! »
Grâce à anágataµsa ñáša, Bouddha Anomadassí examina profondément les probabilités qui s'offraient au riche Sirivaððhana, avant de lui répondre :
« Toutes les conditions sont favorables : dans 1 asaýkhyeyya et 100 000 kappa, vous deviendrez un aggasávaka. Dans ce kappa, il y aura cinq bouddhas : d'abord Bouddha Kakusandha, suivi de Bouddha Košáguma, ensuite Bouddha Kassapa, et après, Bouddha Gotama, auprès duquel vous serez le disciple bras gauche. Votre nom sera alors Mahá Moggalána. »
Sirivaððhana marqua sa satisfaction en se prosternant respectueusement devant Bouddha. Tout le monde était enchanté par cette noble prédiction.
Quand Bouddha (Gotama) eut achevé ce récit, il conclut, comme il le fit au terme du récit de chacun de ses autres grands disciples :« Comme chacun peut le constater, les distinctions particulières qui sont propres à chacun de ces moines ne leur ont pas été remises en fonction de leur tête, mais leur sont dues exclusivement en vertu de la détermination de leur souhait lointain certifié par un bouddha omniscient et des innombrables páramí qu'ils ont développées au cours de périodes extrêmement longues. »
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Origine : ouvrage français
Auteur : Moine Dhamma Sámi
Date : janvier 2004
Mise à jour : 14 juin 2005