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résumé de la page

Amis dès l’enfance, Upatissa et Kolita se promettent l’un l’autre que le premier qui parviendrait à trouver le moyen d’accomplir le dhamma viendrait l’enseigner à l’autre.

Un jour, alors qu’ils sont tous deux ascètes, l’un d’eux rencontre Bouddha. Rapidement, les deux amis deviennent les deux principaux disciples du Bienheureux.

l’intégration dans le saṃgha des Vénérables Sāriputtarā et Mahā Moggalāna

La prise de conscience d’Upatissa et de Kolita

En ce temps-là, il y avait deux villages, ni près, ni loin de Rājāgaha, du nom d’Upatissa et de Kolita. Deux bébés naquirent en même temps, un dans chacun de ces deux villages. Il leur fut donné le même nom que leur village respectif : Upatissa et Kolita (le village d’Upatissa est aussi connu sous le nom de Nāḷaka). Le père d’Upatissa – du futur Vénérable Sāriputtarā – était un brahmane, chef du village ; il s’appelait Mahāsāla, et de son autre nom, Vaṅkanta. Sa mère, quant à elle, se nommait Rūpasārī. À l’instar du brahmane Mahāsāla, le père de Kolita – du futur Vénérable Mahā Moggalāna – était brahmane et chef de son village. Il se nommait Sujāta, quant à la mère, elle s’appelait Moggalī. Ces deux familles entretenaient d’excellentes relations, avant même la naissance d’Upatissa et Kolita. Les membres de ces familles étaient très versés dans les sciences, notamment en astrologie. Lorsqu’ils devinrent plus grands, Upatissa et Kolita furent les plus doués de leur famille respective, dans toutes les disciplines ; ce qui leur valut de fréquentes félicitations de la part de leurs parents et d’autres parentés.

Un jour, Upatissa et Kolita assistaient à une grande fête en plein air, célébrée comme le voulait la tradition : sous un ciel dégagé permettant de voir toutes les étoiles. Alors que se tenait un magnifique spectacle de danse, Upatissa prit soudainement conscience de l’omniprésence de la souffrance au sein de l’existence :

« Ce corps n’est constitué que de choses absolument répugnantes, il n’est rien d’autre qu’un sac de douleurs qui est assujetti à tout moment aux maladies et aux maux divers. La vie humaine ne dure tout au plus qu’une centaine d’années, au terme desquelles survient irrémédiablement la mort. De plus, on est contraint à d’innombrables peines et difficultés pour subvenir à ses besoins alimentaires, vestimentaires, de logement, d’hygiène… Se mettre en ménage avec une épouse (ou un époux) et avoir des enfants à sa charge constitue autant de sources supplémentaires de problèmes. Il est complètement incroyable et ahurissant de constater à quel point les êtres peuvent se complaire dans une existence aussi misérable ! C’est inimaginable à quel point on peut être aveugle. »

Songeant ainsi, son visage se rembrunit. Voyant son ami, Kolita lui demanda la raison de son air si désolé. Lorsqu’Upatissa lui en expliqua la raison, il eut subitement la même prise de conscience, lui confiant alors qu’il était parfaitement d’accord avec lui, en concluant :

« Il serait vraiment bien qu’il puisse exister un endroit qui nous permettrait d’être affranchi de tout cela. »

Upatissa et Kolita demandèrent alors la permission à leurs parents de les laisser quitter la vie du foyer pour la vie d’ascète ; ce qu’ils obtinrent sans délai. Avant de partir, ils demandèrent à leurs nombreux amis s’ils étaient prêts à les suivre. Tous ceux qui furent d’accord d’en faire autant partirent avec eux.

L’ascète Sañcayabelaṭṭha

Ils se rendirent auprès d’un ascète réputé de la région, du nom de Sañcayabelaṭṭha. Étant donné que les gens avaient beaucoup d’admiration pour Upatissa et pour Kolita, ils ont naturellement eu tendance à effectuer de nombreuses offrandes et marques de respect envers le nouveau maître des deux jeunes ascètes. Les nouveaux renonçants adoptaient scrupuleusement les instructions qui leur furent enseignées par leur maître. La pratique d’Upatissa et de Kolita était d’une remarquable noblesse. À cette époque, le renonçant Gotama n’était pas encore parvenu au stade de bouddha, et ne demeurait encore que très peu connu. Deux à trois jours après leur arrivée auprès de l’ascète Sañcayabelaṭṭha, Upatissa et Kolita savaient et avaient expérimenté tout ce que leur maître savait et avait expérimenté. Ne se doutant pas d’une telle chose, ils l’interrogèrent :

« Maître, de ce que vous savez et que nous ne savons pas encore, qu’y a-t-il que vous ne nous avez pas encore enseigné ?

— De ce que je sais et que vous ne savez pas encore, il n’y a rien. Je vous ai déjà enseigné tout ce que je savais.

— Nous ne sommes pas satisfaits, la pratique que vous nous avez enseignée ne conduit pas à la fin de la maladie, de la vieillesse et de la mort. »

Upatissa et Kolita prirent ensemble une décision :

« Cet ascète ne sait rien du tout, il n’y a pour nous pas le moindre avantage à rester encore avec lui. Le pays est vaste, il y a de nombreux maîtres, nous allons en chercher un autre. »

Ils prirent ensuite la détermination de s’entraîner à la recherche de la libération, sans relâcher leurs efforts et jusqu’à la mort s’il le fallait. Cette détermination se basait sur une promesse mutuelle : le premier d’entre eux qui trouverait le dhamma qui permettrait de mettre un terme à la vieillesse, à la maladie et à la mort, avertirait l’autre. Sur cette promesse, Upatissa et Kolita prirent congé de l’ascète Sañcayabelaṭṭha et partirent à la recherche d’un autre maître ; un maître qui serait en mesure de leur enseigner une pratique conduisant à la fin de la maladie, de la vieillesse et de la mort.

Quand ils rencontrèrent un autre ascète également très réputé, ils s’entretinrent quelques instants avec lui, en l’interrogeant sur des points essentiels concernant la pratique qu’il enseignât. Ce faisant, ils s’aperçurent tous deux que les connaissances de l’ascète étaient désespérément limitées. Non seulement, il ne fut pas en mesure de répondre de façon satisfaisante aux questions des deux jeunes ascètes, mais de plus, percevant clairement la supériorité de la sagesse des deux renonçants sur la sienne, lui-même demanda à Upatissa et Kolita de le prendre comme leur disciple. Ils poursuivirent alors leur route auprès d’autres maîtres, de nombreux maîtres connus, qui tous, après avoir avoué ne pas être capable de satisfaire la demande des deux jeunes ascètes, leur ont demandé de les accepter auprès d’eux comme disciples. Ainsi, après s’être rendu auprès de nombreux ascètes connus, Upatissa et Kolita revinrent auprès de l’ascète Sañcayabelaṭṭha – leur premier maître – accompagnés de leurs nouveaux disciples, au nombre de deux cent cinquante. Ils revinrent auprès de lui, car ils n’avaient pas trouvé d’être plus sage, et s’ils retournèrent vers lui plutôt qu’un autre, c’était surtout parce qu’il fut le premier.

Ils ignoraient encore qu’ils étaient nettement plus mûrs que lui, sur la voie de la connaissance. Pourtant, ce maître ne savait, pour ainsi dire, rien. Quand on le questionnait, il répondait toujours ce qu’on voulait entendre : quand on lui demandait s’il existe d’autres existences après la mort, il demandait en retour « Qu’en pensez-vous ? » Si on lui répondait « Je pense que oui », il disait « Alors, il doit probablement en être ainsi » ; Si on lui répondait « je pense que non », il acquiesçait de la même façon. Quand on lui demandait « Les bonnes et les mauvaises actions entraînent-elles des conséquences ? », il éludait le problème à l’aide de la même tactique que la question sur les existences après la mort.

La rencontre entre le Vénérable Assaji et l’ascète Upatissa

Quelques temps plus tard, après que Bouddha se fut éveillé et qu’il demeurait depuis trois jours dans le monastère de Veḷuvana, le Vénérable Assaji partit collecter sa nourriture quotidienne dans un village voisin. Alors qu’il s’approchait du village, l’ascète Upatissa – le futur Vénérable Sāriputtarā – l’aperçut sur son chemin. En regardant le noble moine, l’ascète pensa :

« Oh, comme il a la peau claire ! Comme son visage est lumineux ! Quelle sublime prestance ! Il serait vraiment bien que je lui parle. »

Il attendit respectueusement que le moine aille tranquillement récolter son repas. À son retour du village, le Vénérable Assaji s’installa sous un abri près de l’endroit où se tenait le jeune Upatissa. L’ascète s’approcha de lui pour lui préparer une place destinée à la consommation de son repas, et pour lui apporter de l’eau. Quand le Vénérable eut terminé de manger, l’ascète Upatissa le salua respectueusement, lui exprimant des paroles réjouissantes de politesse. En s’approchant de lui, il s’assit à une place convenable et s’adressa ainsi au noble moine :

« Quel est votre nom ? Auprès de qui êtes-vous devenu moine ? Qui est votre maître ? Quelle doctrine suivez-vous ?

— Je suis le moine Assaji. Il y a dans ce monde quelqu’un qui est parvenu à l’état d’arahant par lui-même. Quand je l’ai rencontré, je lui ai demandé auprès de qui il est devenu moine, qui est son maître et quelle doctrine il suit. Il s’agit d’un moine qui fut prince, un fils de Sakya. Aujourd’hui, je suis les indications de ce noble moine. C’est ce noble Bouddha qui est mon maître. C’est l’enseignement de ce noble Bouddha que j’adopte.

— (L’ascète fut réjoui des paroles du vénérable) Quelle est la croyance de votre maître ? Quel est l’enseignement de votre maître ?

— Cet enseignement est diamétralement opposé à celui des ascètes tels que vous. Il n’a absolument rien à voir. Cet enseignement n’est fait que de substance. Il s’agit de l’enseignement qui conduit à nibbāna. Cela dit, sachez que je viens à peine de rejoindre ce bouddha. Dans sa communauté, il n’y a que des nouveaux moines pour l’instant. Je ne suis pas en mesure de vous enseigner largement le dhamma, mais seulement un extrait.

— Ça ne fait rien ! Que ce soit beaucoup ou seulement un peu, enseignez-le-moi, je vous en prie ! Même si ce n’est que très peu, je parviendrai sûrement à en obtenir beaucoup (conscient de sa grande sagesse, Upatissa savait qu’à l’aide de peu d’éléments d’une doctrine, il était capable de comprendre beaucoup de choses, par le biais de la réflexion analytique).

— Bouddha enseigne ceci… La naissance, la vieillesse, la maladie et la mort sont source de souffrances et sont inévitables. Ainsi, l’existence est souffrance. L’attachement est la cause de la souffrance. L’extinction de l’attachement mène à l’extinction de la souffrance. La voie moyenne est la voie qui mène à l’extinction de la souffrance. Telle est la croyance de ce noble moine qui est mon maître. Ce dhamma a la faculté de faire disparaître, d’éradiquer les moindres kilesā. Grâce à ce dhamma, il n’y a plus la moindre inquiétude à avoir, il nous permet de parvenir au but suprême qu’est nibbāna. »

N’ayant entendu que ces quelques phrases du dhamma, Upatissa devint sotāpana. Comblé de bonheur, il affirma au Vénérable Assaji :

« C’est très bien ! Il ne m’en fallait pas plus, j’ai très bien saisi cet enseignement. Pourriez-vous m’indiquer où je puis trouver Bouddha ?

— Il demeure en ce moment dans un monastère qui se situe dans la forêt de Veḷuvana.

— (Songeant à son compagnon Kolita — le futur Vénérable Mahā Moggalāna) Je connais quelqu’un qui comprendra facilement le dhamma de ce Vénérable Bouddha, également. Nous irons ensemble rendre visite à Bouddha. »

La transmission du dhamma de l’ascète Upatissa à l’ascète Kolita

L’ascète Upatissa rentra auprès des autres ascètes. Voyant arriver son compagnon de loin, l’ascète Kolita constata :

« Quelle apparence lumineuse ! Quelle noble prestance ! Cela ne me surprendrait pas qu’il soit parvenu à une réalisation stable. »

Alors que le noble Upatissa approchait, son compagnon l’interpella par des compliments :

« Que vous êtes lumineux ! Que votre apparence est propre et claire ! Êtes-vous parvenu au but suprême de nibbāna ?

— Je suis parvenu au but suprême de nibbāna.

— De quelle manière êtes-vous y êtes-vous parvenu ?

— J’ai rencontré un moine qui partait collecter sa nourriture. Il s’appelle Assaji. Quand il s’est installé sous un abri près de l’endroit où je me tenais, je me suis approché de lui pour lui préparer une place afin qu’il puisse prendre son repas, et pour lui apporter de l’eau. Quand le Vénérable Assaji eut terminé de manger, je l’ai respectueusement salué, en lui disant des paroles réjouissantes. En m’approchant de lui, je me suis assis à une place convenable et lui ai demandé : “Quel est votre nom ? Auprès de qui êtes-vous devenu moine ? Qui est votre maître ? Quelle doctrine suivez-vous ?” Il m’a répondu : “Je suis le moine Assaji. Il y a dans ce monde quelqu’un qui est parvenu à l’état d’arahant par lui-même. Quand je l’ai rencontré, je lui ai demandé auprès de qui il est devenu moine, qui est son maître et quelle doctrine il suivait. Il s’agit d’un moine qui fut prince, un fils de Sakya. Aujourd’hui, je suis les indications de ce noble moine. C’est ce noble Bouddha qui est mon maître. C’est l’enseignement de ce noble Bouddha que j’adopte.” »

L’ascète Upatissa lui relata mot pour mot sa rencontre avec le Vénérable Assaji. Quand il en vint au moment où le moine s’apprêta à exposer brièvement le dhamma découvert par Bouddha – tel que le Vénérable Assaji le lui présenta –, l’ascète Kolita, empressé d’en prendre connaissance, s’exclama :

« Enseignez-le-moi ! Enseignez-moi vite ce noble dhamma ! »

Quand ce fut fait, l’ascète Kolita devint sotāpana à son tour. À ce moment-là, il proposa à son compagnon ce que lui-même avait l’intention de proposer :

« Allons vers ce Vénérable Bouddha ! Ce Vénérable Bouddha sera notre maître. Allons en informer nos disciples ! »

Quand ces derniers – au nombre de deux cent cinquante – furent mis au courant, ils choisirent tous de suivre leurs deux jeunes maîtres Upatissa et Kolita auprès de Bouddha.

Le délaissement de l’ascète Sañcayabelaṭṭha

Avant de partir rejoindre Bouddha, les ascètes Upatissa et Kolita allèrent avertir de leur départ leur maître et les deux cent cinquante autres ascètes. L’ascète Upatissa prit la parole :

« Maître. Abandonnez vos croyances et vos pratiques, car elles sont erronées. J’ai trouvé la voie juste. Bouddha s’est éveillé ; le dhamma a commencé à se répandre. Je vous informe, que pour notre part, nous quittons votre secte pour rejoindre la communauté de ce Bouddha. La pratique que vous enseignez ne présente aucun bénéfice. Abandonnez-la et rejoignez-nous auprès du Vénérable Bouddha !

— Non, je reste ici. J’ai une grande réputation, j’ai beaucoup de disciples et de nombreuses personnes me vénèrent. Je ne veux pas perdre cela. Ce serait comme s’il fallait verser le contenu d’un très grand pot rempli (d’une chose précieuse) dans un tout petit pot : je perdrais beaucoup. Je ne veux pas non plus me retrouver en dessous de quelqu’un. Je tiens beaucoup à mon prestige. D’ailleurs, laissez-moi plutôt vous proposer autre chose : restez avec moi, et nous dirigerons la secte à trois avec le dhamma que vous venez de trouver. Nous jouirons ainsi d’un grand prestige, nous serons respectés par beaucoup de disciples et bénéficierons de beaucoup de donations.

— Maître, ne soyez pas vaniteux d’un enseignement qui est vide de substance.

— Parmi les êtres pourvus de sagesse et les êtres dépourvus de sagesse, qui sont les plus nombreux ?

— Les êtres dépourvus de sagesse sont nettement plus nombreux, maître.

— Chers disciples ! Les mauvais êtres s’unissent. Les pauvres s’unissent. Les fous s’unissent. Là est une règle universelle. Pour cette raison, les êtres dépourvus de sagesse viendront vers moi, et les êtres pourvus de sagesse iront vers Bouddha. Ne vous inquiétez pas pour moi ; j’aurai toujours beaucoup de disciples. Maintenant, si vous voulez partir, allez-y ! »

Finalement, tout le monde partit – 500 ascètes –, même les disciples de l’ascète Sañcayabelaṭṭha. Tant et si bien qu’il resta tout seul, au milieu de logements désertés. Il fut si déprimé qu’il en vomit du sang chaud. Quand les autres le surent, quelques anciens disciples revinrent auprès de lui afin de prendre soin et de nourrir leur pauvre ancien maître.

La rencontre des ascètes Upatissa et Kolita avec Bouddha

Lorsque les 500 ascètes approchèrent du monastère de Veḷuvana, Bouddha était en train de délivrer un enseignement devant une large assemblée. Bouddha aperçut de loin arriver les ascètes Upatissa et Kolita et les distingua immédiatement parmi cette foule d’ascètes. Il indiqua, à l’égard de tous les moines, à propos des deux jeunes ascètes, qui s’avançaient vers lui :

« Moines ! Ces deux renonçants qui arrivent seront dans ce monde, mes deux plus grands (plus nobles) disciples.

— (Les ascètes Upatissa et Kolita se prosternèrent à ses pieds) Vénérable Bouddha, acceptez-nous comme vos disciples moines !

— Venez, moines ! Il convient de pratiquer correctement mon enseignement. Pour vous débarrasser de toute la souffrance et de toute la misère, adoptez une noble pratique ! »

Par ces paroles, Upatissa et Kolita rejoignirent le saṃgha (la communauté des moines), obtenant instantanément bol et robes, grâce aux pouvoirs du Parfait.

Comme tous les renonçants avaient pris place, Bouddha délivra un enseignement extra (chaṭṭhakathā), au terme duquel tous les ascètes présents devinrent arahant, hormis les Vénérables Upatissa et Kolita. Par conséquence, ils intégrèrent tous le saṃgha (un arahant étant un moine par excellence). Les Vénérables Upatissa et Kolita ne devinrent pas encore arahant, car ils étaient destinés à bénéficier d’une distinction particulière, qu’ils obtiendraient dès l’instant où ils deviendraient arahant ; ils leur manquaient encore un peu de pāramī pour cette distinction qui en exige beaucoup plus que pour être « simplement » arahant. Ces distinctions sont propres à un nombre bien défini de moines, elles apparaissent identiquement à chaque bouddha, et sont attribuées en fonction d’un souhait spécifique, d’une détermination profonde et d’un entraînement qui s’étend sur une période de temps extrêmement longue. La distinction destinée à chacun des Vénérables Upatissa et Kolita s’appelle aggasāvaka, ce qui signifie « disciple suprême ». En effet, comme Bouddha l’avait précisé, ces deux moines deviendraient ses deux plus grands disciples.

Remarque : En intégrant un nouveau moine dans sa communauté, chaque fois que Bouddha prononçait « Venez, moine(s) ! » (« ehi bhikkhu » en pali), un bol et un jeu de trois robes apparaissaient spontanément pour celui ou ceux qui devenaient moines. Toutefois, il faisait apparaître bol et robes seulement pour ceux qui en avaient fait le don à des moines lors d’existences précédentes. Si tel n’était pas le cas – et il avait la capacité de le vérifier instantanément en consultant les vies passées de n’importe quel être – il ne disait pas « Venez, moine ! » lorsqu’il acceptait dans le saṃgha quelqu’un qui n’avait jamais offert de bol ou de robe.

Les deux disciples suprêmes de Bouddha

Pour obtenir les dernières pāramī qui leur manquaient pour être aggasāvaka, les Vénérables Upatissa et Kolita s’entraînèrent intensivement et sans relâche à vipassanā, chacun dans son coin. Pour ce faire, le Vénérable Kolita partit s’installer sous un arbre. Au bout de sept jours, Bouddha alla voir si son entraînement se faisait dans de bonnes conditions. Quand il parvint devant le Vénérable Kolita, il le vit piquer de la tête, sous l’emprise de la torpeur. Il lui dit simplement :

« Celui qui cherche la cessation de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort doit éviter la torpeur et la paresse. Secouez-vous et maîtrisez-vous afin de ne pas sombrer lamentablement dans la torpeur et la paresse ! »

Très déterminé à se ressaisir, le Vénérable Kolita se redressa soudainement et, dès le premier instant d’attention, il parvint au stade d’arahant.

Le Vénérable Upatissa, quant à lui, alla pratiquer dans une grotte, avec son neveu, l’ascète Dīghanakha. Au quinzième jour qui suivit l’intégration dans le saṃgha du Vénérable Upatissa, Bouddha entra dans la grotte où il demeurait, pour enseigner le dhamma à l’ascète Dīghanakha. Comme le jeune moine était juste à côté, il en tendit l’oreille pour profiter de cet enseignement, grâce et à l’issu duquel, il parvint au stade d’arahant. S’il lui fallut un peu plus de temps que son compagnon le Vénérable Kolita, c’est en raison de sa sagesse extrêmement développée, qui l’incita à analyser mentalement en profondeur les étapes progressives de son entraînement.

Le jour même, Bouddha réunit le saṃgha, faisant placer le Vénérable Upatissa à sa droite et le Vénérable Kolita à sa gauche. Attribuant la distinction qui revient à chacun de ces deux nobles moines, il s’adressa au saṃgha en ces termes :

« À partir d’aujourd’hui, le Vénérable Upatissa sera dhamma senāpati (grand spécialiste du dhamma, ce qui signifie qu’il est – après Bouddha – le moine le plus compétent dans le domaine de la sagesse et de l’analyse du dhamma). Il s’appellera désormais Sāriputtarā. Le Vénérable Kolita, quant à lui, sera iddhimanta etadagga (grand spécialiste des abhiñña, ce qui signifie qu’il est – après Bouddha – le moine le plus compétent dans le domaine de l’exécution des pouvoirs psychiques). Il s’appellera désormais Mahā Moggalāna. »

Comme ce jour était un jour de pleine lune, l’uposatha devait être effectué. Bouddha présenta donc l’ānāpātimokkha (l’énoncé de la conduite des moines sous l’autorité de Bouddha lui-même) :

« Demeurer parfaitement patient à tout moment et en toute circonstance est la plus noble des pratiques qui mènent à nibbāna. Ainsi a enseigné chaque Bouddha. Il est impossible qu’un renonçant puisse maltraiter autrui. Celui qui maltraite autrui ne peut pas être un renonçant.

Tout ce qui peut être néfaste, il ne faut pas l’accomplir ; ce qui est bienfaisant, il faut le développer ; il faut entretenir un esprit pur. Ainsi, chaque Bouddha a enseigné ces trois vérités.

Il ne faut pas accuser autrui ; il ne faut pas critiquer autrui ; il ne faut pas développer d’inimitié ; il ne faut pas opprimer autrui ; il faut entretenir soigneusement sa pratique du pātimokkha ; il faut manger à la mesure de son corps (connaître ses limites en ce qui concerne la nourriture) ; il faut éviter de rester dans les endroits proches des villes et des villages (il faut préférer les endroits calmes et à l’écart de la population) ; il faut s’efforcer de s’entraîner à vipassanā (développer une bonne concentration à l’aide de la vision intérieure) pour garder un esprit pur et serein.

Tout cela, chaque Bouddha l’a enseigné. »

Certains moines n’étaient pas contents que Bouddha remît ces hautes distinctions aux Vénérables Sāriputtarā et Mahā Moggalāna. Ils protestaient, arguant qu’il aurait été plus juste de les remettre à des moines plus anciens, tel que le Vénérable Koṇḍañña, plutôt qu’à de tout nouveaux venus dans le saṃgha. Bouddha leur en expliqua la raison :

« Je n’ai pas remis ces distinctions selon leurs têtes, d’ailleurs, je n’ai moi-même rien décidé. Ces distinctions reviennent à ces deux moines et à aucun autre parce qu’ils ont formulé un souhait profond et adopté depuis fort longtemps un entraînement spécifique en vue de parvenir à cela. Ils ont développé énormément de pāramī ; c’est en vertu de cela qu’ils méritent d’être mes deux aggasāvaka.

— Vénérable Bouddha, quelles sont les pāramī exceptionnelles que certains êtres développent pour parvenir à ces distinctions particulières ?

— Je vais vous expliquer. »

Pour faire comprendre clairement la raison de l’attribution de ces distinctions particulières à certains moines, le Parfait raconta l’histoire du développement des pāramī de chacun de ses principaux disciples que compte à ce jour la communauté…

infos sur cette page

Origine : ouvrage français

Auteur : Moine Dhamma Sāmi

Date : Janv. 2004

Mise à jour : 14 juin 2005