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Soucieux de la sécurité des femmes et de celle de son enseignement, Bouddha ne souhaite pas l’établissement d’une communauté monastique féminine.
Mahāpajāpati Gotamī insiste néanmoins à plusieurs reprises ; elle est déterminée à obtenir une communauté pour elle et les siennes.
Pendant que Bouddha demeurait au monastère de Nigrodha de Kapilavatthu, sa tante nourricière, la reine Mahāpajāpati Gotamī, vint le voir :
« Ô noble Bouddha ! Nous, les femmes, souhaitons également pouvoir mener la vie monacale dans votre sāsana (époque durant laquelle l’enseignement d’un bouddha est connu). Autorisez les femmes qui le veulent à être moniales !
— La vie monacale est inadaptée aux femmes. Cela est inapplicable sans complications. Une femme est impropre à vivre dans le saṃgha. Si j’accordais cette autorisation, le sāsana serait rapidement anéanti. »
En dépit de l’opposition de Bouddha, la reine insista en lui formulant trois fois sa sollicitation. Le Parfait demeura néanmoins toujours aussi ferme dans son refus. Mahāpajāpati Gotamī se mit à pleurer. N’obtenant pas ce qu’elle et de nombreuses autres femmes désiraient ardemment, elle rentra au palais, le visage déchiré par le désespoir et la tristesse.
Après avoir demeuré longuement à Kapilavatthu, Bouddha s’en retourna à Vesālī, dans le monastère Mahāvana. Déterminée à obtenir de Bouddha l’autorisation de fonder une communauté de moniales, Mahāpajāpati Gotamī se décida à revenir vers lui, accompagnée de nombreuses femmes. Elle se rasa le crâne et, se délestant de ses bijoux et parures, changea ses vêtements pour vêtir la robe brunâtre des renonçants. Beaucoup d’autres femmes Sakya en firent autant. Elles prirent toutes la route, avec Mahāpajāpati Gotamī à leur tête. Le long voyage jusqu’à Vesālī fut très pénible, pour ces femmes qui n’étaient pas accoutumées à marcher pieds nus et sans ombrelle pour se protéger contre le lourd soleil.
En parvenant devant le monastère du Bienheureux, elles étaient exténuées, leurs pieds étaient en sang, certaines souffraient de plaies, d’autres de brûlures dues au soleil. Beaucoup fondirent en larmes tant elles furent éreintées. En les apercevant, le Vénérable Ānandā reconnut instantanément qu’elles étaient de l’ethnie des Sakya. Étonné de les voir en ce lieu, vêtues de la sorte, sans cheveux et dans cet état d’épuisement, plein de compassion, il les interrogea :
« Pour quelle raison êtes-vous venues de si loin ?
— Nous voulons être moniales. Ainsi, nous venons obtenir de Bouddha qu’il nous autorise à fonder un saṃgha féminin.
— Attendez ici, je vais moi-même en parler à Bouddha. »
Comme les femmes Sakya approuvèrent, le Vénérable Ānandā se rendit dans la chambre de Bouddha :
« Ô noble Bouddha ! Mahāpajāpati Gotamī et de nombreuses autres femmes Sakya attendent devant le monastère. Elles se sont rasé le crâne et vêtues de la robe brunâtre. Épuisées d’avoir parcouru pieds nus la longue distance qui les sépare de Kapilavatthu jusqu’ici, elles pleurent tant elles ont mal. Je vous somme d’accepter l’établissement d’une communauté de moniales.
— Ānandā ! Il n’est pas convenable que des femmes adoptent la vie monacale. Ce mode de vie, inadapté pour elles, leur serait trop difficile. Si j’acceptais des moniales dans mon sāsana, il ne durerait pas longtemps. Voilà pourquoi il est impropre d’accepter des femmes dans le saṃgha. »
Le Vénérable Ānandā eut beau réitérer trois fois sa demande, Bouddha refusa chaque fois, donnant la même explication. Alors, le cousin Ānandā attira l’attention de son maître sur tous les soins et tout l’amour que sa tante Mahāpajāpati Gotamī lui porta alors qu’il fut un bébé de sept jours à peine, et ce, jusqu’à ce qu’il soit un homme. Désireux de convaincre Bouddha d’autoriser sa tante à fonder le saṃgha des moniales, il avança un argument irréfutable :
« Ô noble Bouddha ! En menant la vie monacale, une femme ne peut-elle pas devenir sotāpana, sakadāgāmi, anāgāmi ou arahant ? »
Poussé par l’obstination de son cousin, Bouddha réfléchit un instant, avant de proposer :
« Ānandā ! Si les femmes sont en mesure de respecter les 8 garudhamma à vie, j’autorise la fondation d’un saṃgha féminin.
— Quels sont ces 8 garudhamma, Vénérable Bouddha ?
— Voici quels sont les 8 garudhamma :
Ensuite, le Vénérable Ānandā retourna auprès des femmes Sakya et leur fit part de la proposition de Bouddha, qui leur fit la plus grande joie. Lorsqu’il leur demanda si elles étaient prêtes à se plier à cette condition que sont les 8 garudhamma, elles acceptèrent immédiatement.
Ainsi fut établi le saṃgha féminin, dont la Vénérable Mahāpajāpati Gotamī fut la première moniale. Elle se mit à s’entraîner avec détermination et persévérance au développement de vipassanā aussitôt que Bouddha lui en donna les instructions. En très peu de temps, elle devint arahant. Un jour, Bouddha vint délivrer un enseignement du dhamma à toutes les moniales, à l’issue duquel elles devinrent toutes arahant à leur tour.
Un jour, ayant réuni les deux saṃgha, Bouddha attribua la distinction particulière de rattaññū etadagga à la Vénérable Mahāpajāpati Gotamī, car elle fut la première moniale du saṃgha féminin, en plus d’être la personne qui en est à l’origine.
Remarque : Avant Bouddha, qui est déjà à l’origine du concept d’une communauté de moines, personne n’avait donné une position aussi importante à des femmes au sein d’une organisation religieuse.
Origine : ouvrage français
Auteur : Moine Dhamma Sāmi
Date : Janv. 2004
Mise à jour : 14 juin 2005