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résumé de la page

S'apprêtant à entrer en parinibbána, Bouddha adresse ses dernières paroles.

Nombreux, la plupart de ses disciples sont venus lui rendre un dernier hommage : des moines comme des laïcs, des hommes comme des femmes, des humains comme des deva.

Après l'extinction du Bienheureux, l'heure est venue de partager ses reliques.

le parinibbána de Bouddha (2)


Le maître après Bouddha

Le Vénérable Ánandá questionna Bouddha :

« Ô noble Bouddha ! Lorsque vous aurez disparu, il n'y aura plus personne à la tête du saµgha. Comment devrons-nous nous organiser ?

— Ánandá ! Une fois que je me serai éteint en parinibbána, ne considérez pas que vous n'aurez plus de maître. Le vinaya, le suttanta et l'abhidhamma que j'ai enseigné seront votre maître.

Parmi tous les points du vinaya que j'ai enseigné, beaucoup concernent des petites fautes. Si vous voulez ne pas en tenir compte, laissez-les de côté ! En faisant ainsi, cela aidera les futurs moines, pour qui celles-ci pourraient constituer une contrainte, à mener plus facilement la vie monacale.

Aujourd'hui, tous les moines s'interpellent “ avuso ” les uns envers les autres. Une fois que je me serai éteint, il conviendra de réserver ce terme à l'intention des moines moins anciens que soi (dans le nombre de vassa). Les plus anciens que soi devront être désignés par “ bhante ” . Les moines qui manqueront à cela commettront un dukka†a.

Le moine Channa est difficile à sermonner. Pour lui, il conviendra d'effectuer un brahmadašða.

— Comment faire un brahmadašða, Vénérable Bouddha ?

— Pour ce faire, quoi qu'il fasse, il ne faut pas parler de lui, ni en bien, ni en mal. Il ne faut pas lui adresser la parole. Il ne faut rien entreprendre avec lui. Il doit être ignoré et laissé à l'écart du saµgha. Effectuez le brahmadašða pour tous les moines qui refusent de se laisser sermonner et tant qu'ils ne changent pas leur comportement. »

Avant que le prince Siddhattha ne renonce à son existence princière, Channa était son serviteur attitré. Né le même jour que le Bienheureux, il était devenu un moine si orgueilleux qu'il refusait catégoriquement tout reproche de la part des autres. Après que Bouddha se soit éteint en parinibbána, le saµgha aurait appliqué le brahmadašða à l'égard du moine Channa. Celui-ci aurait eu tant de regrets, qu'après avoir supplié le saµgha de lui retirer le brahmadašða, il se serait appliqué avec efforts à la pratique du dhamma, jusqu'à devenir arahanta.

Remarque : Quand il fut demandé au Vénérable Ánandá – lors du premier concile qui se tint trois mois après la disparition de Bouddha – de quelles fautes le Bienheureux faisait-il référence lorsqu'il autorisa les moines à « laisser de côté les petites fautes », il avoua qu'il eut oublié de le lui faire préciser. De nos jours, ce sujet fait l'objet de controverses. Généralement, les moines sérieux ont tendance à interpréter les “ petites fautes ” comme étant les points qui sont en dehors du pátimokkha, à l'exception des thullaccaya c'est-à-dire : les dukka†a, les dubbhásita et tous les points qui constituent un manquement non défini par un type de faute. Les moines qui ont une propension facile à négliger le vinaya ont, quant à eux, tendance à interpréter ces “ petites fautes ” comme l'intégralité des points du vinaya à l'exception des fautes graves que sont les párájika et les saµghádisesa. La première hypothèse semble toutefois plus plausible étant donné que les fautes de la plus petite catégorie du pátimokkha, outre le fait qu'elles n'exigent aucune complication pour qui les applique, constituent souvent une base indispensable à la complétude de síla. En revanche, les points extérieurs au pátimokkha (à l'exception des thullaccaya), souvent destinés à donner une image propre du saµgha (ce qui n'est toutefois pas sans importance) plus que pour s'offrir les conditions requises pour sa pratique du dhamma, sont susceptibles de constituer quelques difficultés pour celui qui s'y contraint.

Remarque : Avant que Bouddha ne s'éteigne en parinibbána, le terme « bhante » était réservé à son attention.

La dernière parole de Bouddha

Ensuite, le Bienheureux s'adressa à tout le saµgha :

« Ô moines ! Si vous avez des doutes, s'il y a des choses que vous ne savez pas, demandez-moi ! N'attendez pas ! Quand je ne serai plus là, il sera trop tard. »

Bien qu'il réitéra trois fois de suite son appel, aucune question ne lui fut adressée.

« Si votre respect vous empêche de me parler directement, faites-moi connaître vos interrogations par l'intermédiaire de l'un de vos compagnons ! »

Comme le silence persistait, le Vénérable Ánandá voulut signifier la raison de ce silence à son noble maître :

« Ô noble Bouddha ! Pas un moine n'a de doutes. De tous les moines qui sont présents ici, le moins réalisé est déjà sotápana (tous sont donc des ariyá).

— Ô moines ! Je vais prononcer ma dernière parole :

Tous les saýkhára ont la nature de la destruction. N'oubliez jamais de vous efforcer au développement de síla, de samádhi et de pañña. »

Bouddha s'absorba ensuite dans le premier jhána, à l'issue duquel il entra dans le deuxième jhána, avant d'expérimenter successivement les troisième et quatrième jhána et les arúpa jhána, du premier au quatrième. De là, il s'absorba dans le nirodha. À ce moment-là, le Vénérable Ánandá demanda au Vénérable Anuruddhá :

« Bouddha est-il entré dans le parinibbána ?

— Non, il est seulement dans le nirodha. »

Bouddha est allongé sur un lit d'or. Autour de lui, ses disciples pleurent.Quand le Bienheureux sorti du nirodha, il entra de nouveau dans les jhána, qu'il expérimenta les uns après les autres en sens inverse, du quatrième arúpa jhána jusqu'au premier rúpa jhána. Du premier rúpa jhána, il entra successivement dans le deuxième, dans le troisième et dans le quatrième. De ce quatrième rúpa jhána, il s'éteignit en parinibbána, dans le début du dernier tiers de la nuit, le jour de pleine lune de mai de l'an 148 de la Grande ère, un mardi, quelques instants avant l'aube du jour suivant. À l'instant précis de l'extinction de Bouddha, la Terre s'est mise à trembler.

Les gáthá adressées en mémoire de Bouddha

Après un grand silence, le brahmá Sahampati prononça une gáthá :

« Bouddha était doté d'une connaissance illimitée de tout, il avait la plus grande sagesse et les plus puissants pouvoirs. Toutefois, il vient de disparaître. Si lui disparaît, les autres êtres, à plus forte raison, disparaîtront. Un jour ou l'autre, chaque être devra abandonner son corps. »

Sakka, le roi des deva, prononça à son tour une gáthá :

« Tous les saýkhára sont anicca. Tout ce qui apparaît est irrémédiablement destiné à disparaître. La seule chose qui permet d'échapper à cela, c'est nibbána. nibbána est le seul véritable bonheur. »

Ensuite, de nombreux arahanta prononcèrent encore des gáthá.

Réalisant que le Parfait venait de les quitter, tous les puthujana, tous les sotápana et tous les sakadágámi présents se mirent à pleurer. Dépourvus de tout attachement, les anágámi et les arahanta ne pleurèrent pas.

Remarque : Aujourd'hui encore, il existe quatre grands lieux représentant les instants clés de la vie de Bouddha, destinés à lui rendre hommage, et à susciter une certaine motivation dans sa propre pratique du dhamma : 1) le lieu de sa naissance, à Lumbini ; 2) le lieu de son éveil, au bord de la rivière Nerañjará, près du village Sená (Bodh Gaya) ; 3) le lieu de son premier sermon, dans le bois de Migávana, également connu sous le nom d'Isipatana (Sarnath) ; 4) le lieu de son parinibbána, à Kusináráma (Kusinaga).

La crémation

Le lendemain matin, le Vénérable Anuruddhá interpella le Vénérable Ánandá :

« avuso Ánandá ! Allez prévenir le gouverneur Mallá de l'extinction de Bouddha ! Demandez-lui de bien vouloir prendre en charge l'incinération. »

Quand le gouverneur Mallá arriva, à l'instar des autres, il sanglota de façon inconsolable. Il prévint tous les habitants de Kusináráma, qui se rendirent sans tarder auprès du corps éteint du Bienheureux. Tous apportèrent des fleurs et diverses offrandes destinées à rendre hommage à Bouddha. Les dévotions des gens de Kusináráma durèrent deux jours entiers, suivies de celles de gens en provenance d'autres contrées. Alors que les hommages n'avaient toujours pas cessé, commença le traitement du corps de Bouddha, selon les instructions qu'il laissa à son cousin Ánandá. Le corps fut donc enroulé dans cinq cents tissus de haute qualité, avant d'être placé dans un cercueil en or. Un grand bûcher fait de bois odorant fut dressé. Quand le temps était venu de mettre le cercueil sur le bûcher, il fut impossible de le soulever. Le gouverneur Mallá en demanda la raison au Vénérable Anuruddhá, qui lui expliqua :

« dáyaka ! Les deva ne lui ont pas encore rendu hommage. C'est pourquoi ils vous empêchent de mettre le cercueil sur le bûcher. »

Selon la volonté des deva (que le Vénérable Anuruddhá leur fit connaître), les gens firent circuler le cercueil – qui se trouvait au sud de Kusináráma – selon un grand parcours, afin que tout le monde puisse convenablement lui rendre hommage. C'est ainsi que le cercueil fut transporté vers l'intérieur de la ville, avant d'en être ressorti par l'ouest, d'avoir été contourné autour de la ville jusqu'au nord, d'où il fut rentré de nouveau dans la ville, et enfin, ressorti par l'est, où il fut déposé. Là, les deva arrivèrent pour faire leurs dévotions. Ces nouveaux hommages durèrent les sept jours suivants.

La menace pour le sásana

Pendant que le corps de Bouddha était vénéré à Kusináráma, le Vénérable Mahá Kassapa était à Pává. Là, il apprit que Bouddha s'était éteint. Comme il voulut voir son corps, il se mit immédiatement en route pour Kusináráma. Sur le chemin, il aperçut un ascète en provenance de Kusináráma, muni d'une fleur géante. Afin de se protéger du soleil, il portait, en guise d'ombrelle, l'une des gigantesques fleurs lancées par les deva pour rendre hommage au Bienheureux. En la voyant, le noble moine réfléchit, avant de questionner l'ascète :

« Ce type de fleurs est inexistant dans le monde humain. Celle-ci ne peut que provenir du monde des deva. Je vais interroger cet ascète...

Ô ascète ! D'où venez-vous ?

— Je viens de Kusináráma.

— Connaissez-vous Bouddha ?

— Certainement, il vient de s'éteindre en parinibbána, il y a sept jours à peine. D'ailleurs, la fleur que voici, je l'ai ramassée là-bas. »

En entendant l'ascète leur raconter l'extinction de Bouddha, tous les disciples du Vénérable Mahá Kassapa se mirent à sangloter, hormis les arahanta, les anágámi et un vieux moine puthujana, nommé Subhada (à ne pas confondre avec le dernier moine entré dans la communauté, portant le même nom) qui lança aux moines, l'air joyeux :

« Cessez de pleurer ! Bouddha nous disait tout le temps “ faites ainsi ! ”, “ ne faites pas cela ! ”. Maintenant, qu'il n'est plus là, nous sommes libre de faire comme bon nous semble, nous n'avons plus à faire ce qui nous contraint. »

Entendant ces paroles, le Vénérable Mahá Kassapa songea :

« Voilà à peine sept jours que Bouddha s'est éteint, il y a déjà une menace pour le sásana au sein du saµgha. Si d'autres moines tels que ce moine Subhada devaient apparaître, le sásana disparaîtrait rapidement. Pour éviter un tel désastre, je vais réunir un concile. »

Le dernier hommage à la dépouille mortelle

À Kusináráma, une fois que les deva et les gens eurent tout le loisir de rendre hommage au corps trépassé de Bouddha, ils tentèrent d'allumer le bûcher. En dépit de nombreuses tentatives, pas une seule flamme ne prit. Le gouverneur Mallá demanda pourquoi au Vénérable Anuruddhá, qui lui expliqua :

« dáyaka ! Le Vénérable Mahá Kassapa, ne lui a pas encore rendu hommage. C'est pourquoi les deva empêchent le bûcher de prendre feu, car ils ont une immense vénération pour ce noble moine. »

Entendant cela, les gens n'attendaient plus que le Vénérable Mahá Kassapa. À ce moment précis, tout le monde se retourna pour le voir arriver. S'approchant du bûcher de santal, il en fit lentement le tour. Comme la dépouille mortelle du Bienheureux était solidement entourée de cinq cents pièces de tissu et enfermé dans son cercueil d'or, il ne pouvait plus le voir. Il s'assit au bout du noble cercueil, côté pieds, et eut une intense détermination :

« Je ne peux plus apercevoir Bouddha. J'aurais cependant souhaité le revoir une dernière fois pour lui rendre hommage avant qu'il ne soit brûlé. Puissé-je apercevoir au moins ses pieds une dernière fois ! »

Après que le Vénérable Mahá Kassapa soit entré dans le quatrième jhána, les pieds du Bienheureux défunt passèrent au travers et à l'extérieur du cercueil, puis vinrent se poser sur la tête du grand moine. Le Vénérable Mahá Kassapa se prosterna respectueusement devant le corps, appliquant ses mains sur les pieds du Bienheureux. Ses cinq cents disciples eurent ainsi l'occasion de lui rendre semblablement hommage. En voyant ce fait extraordinaire, les gens furent remplis de joie. Cet instant fut l'occasion d'un nombre considérable d'offrandes supplémentaires. Quand tout le monde eut terminé d'honorer la dépouille mortelle du Bienheureux, les pieds reprirent d'eux-mêmes place dans le cercueil. Le bûcher s'enflamma de lui-même, sans qu'il ne fût nécessaire de l'allumer. Dans les cendres du bûcher ne subsistèrent que les reliques du Bienheureux, intactes : ses quatre canines ; ses deux clavicules ; son os crânien du front ; des dhátu de trois tailles, certaines étaient grandes comme des pois, d'autres comme des grains de riz – non cuit –, et les autres comme des grains de sésame. Il se mit à pleuvoir une pluie fine, juste le temps de refroidir les cendres. Lorsque les reliques furent extraites, les gens purent leur rendre hommage sept jours durant.

Le choc du roi Ajátasatu

Dans le royaume de Rájágaha, les gens apprirent peu à peu l'extinction de Bouddha. Quand les ministres du roi Ajátasatu prirent connaissance de la nouvelle, ils n'osaient pas l'annoncer à leur monarque, qui avait développé une vénération sans bornes pour le Bienheureux depuis huit ans. Craignant que son cœur ne pût résister à la chaleur causée par le choc en apprenant la nouvelle, ils ne surent comment s'y prendre. Finalement, ils trouvèrent une solution qu'ils mirent aussitôt en application... Ils enjoignirent un des hommes du palais à préparer un mélange de mélasse et de divers produits médicinaux, de sorte à obtenir un liquide froid dont ils remplirent trois baignoires. Les ministres n'eurent qu'à prétexter au roi un traitement pour l'entretien de sa santé. Ravi de cette idée, le roi s'allongea dans l'une de ces trois baignoires et accepta d'y dormir d'un profond sommeil. Une fois qu'il fut bien détendu, le corps complètement apaisé et frais, l'un de ses ministres s'approcha de lui et lui glissa dans l'oreille :

« Bouddha s'est éteint en parinibbána, Sire. »

Quand il entendit ça, il eut un tel choc que son corps devint instantanément bouillant. Le liquide médical de la baignoire vite devenue très chaude, on fit mettre le roi dans la seconde baignoire. Quelques instants après, alors que le liquide médical de la seconde baignoire devint chaud à son tour, on le mit dans celui de la troisième baignoire qui, bien que devenue tiède en peu de temps, parvint à absorber tout le reste de la chaleur provoquée par le choc du roi. Sans ce triple bain, son cœur aurait lâché sous le choc. Alors que le roi Ajátasatu se faisait rincer à sa sortie du bain, des larmes roulèrent sur son visage. Quand il se faisait rhabiller, les larmes devinrent un flot non maîtrisable. Une fois revêtu, il sortit à l'extérieur, courant comme un fou et hurlant de toutes ses forces. On aurait dit qu'il avait perdu la raison. Il courut ainsi jusqu'au jardin de manguiers que le docteur Jívaka avait offert à Bouddha. Regardant autour de lui, sans cesser ses sanglots, il balbutia, en se rappelant du Bienheureux :

« Ici est l'endroit où il dormait. Ici est l'endroit où je lui apportais son repas. Ici est l'endroit où il m'enseignait le dhamma lorsque je venais lui rendre visite. »

Le partage des reliques

Une fois que les lourds sanglots du roi Ajátasatu commencèrent à s'apaiser, il pensa :

« Je dois récupérer quelque chose de ce noble Bouddha afin que l'on puisse lui rendre hommage dans notre royaume. Il faut que j'obtienne quelques-unes de ses reliques. »

Il rentra aussitôt au palais pour écrire au gouverneur de Kusináráma une lettre dans laquelle il revendiqua des reliques de Bouddha. Il dépêcha alors un messager pour faire rapidement connaître sa réclamation au gouverneur Mallá. Le roi Licchaví, du royaume de Vesálí, demanda également sa part de reliques au gouverneur Mallá, tout comme le roi Mahánáma du royaume de Sávatthi, et d'autres rois et gouverneurs. Le roi Ajátasatu pensa :

« Si le gouverneur Mallá me remet des reliques du noble Bouddha, tout ira bien. Autrement, je lui déclare la guerre et lui prendrai par la force ! »

Les autres rois et gouverneurs revendiquant les reliques du Bienheureux avaient les mêmes pensées, avides de les avoir pour eux. Sept jours après l'incinération de Bouddha, tous se retrouvèrent à Kusináráma, où ils tinrent réunion. Quand le gouverneur Mallá arriva parmi les grands dirigeants, ces derniers lui lancèrent, d'une voix :

« Allez-vous nous donner les reliques de Bouddha, ou devrons-nous vous faire la guerre ? »

Blessé dans son orgueil, le gouverneur Mallá entra dans une vive colère. Il cria à l'adresse de tous les dirigeants réunis :

« Pour qui me prenez-vous donc ? Vous ne me faites pas peur ! Nous allons voir qui est le plus courageux ! Puisque vous voulez la guerre, faisons la guerre ! »

Alors que tous les rois et gouverneurs commencèrent à se dresser contre le gouverneur Mallá, le brahmane Doša, qui fut le professeur de tous les rois et gouverneurs présents, arriva sur les lieux. Tous le craignaient et le respectaient. Dès son apparition, un grand silence s'était subitement imposé. Le brahmane s'exprima d'une voix grave, sermonnant tous les rois qui l'écoutèrent dans un respectueux silence :

« Je vais me charger moi-même d'effectuer le partage. Bouddha n'a jamais toléré la guerre. Vous étiez tous ses disciples. Soyez plutôt solidaires !

— (Tous les dirigeants) Oui, maître ! Partagez pour nous ! »

S'emparant de la coupe en or contenant les reliques de Bouddha que lui remit en mains le gouverneur Mallá, le brahmane Doša fit asseoir tout le monde en cercle, et se mit au milieu. Ouvrant le couvercle de la coupe devant les yeux ébahis des dirigeants, le vieux brahmane plaça la coupe au milieu du cercle, de sorte qu'elle soit bien visible. Là, tous prirent conscience que Bouddha n'était plus là. Ils fondirent alors tous en larmes. Profitant de l'inattention causée par leur chagrin, le brahmane se saisit de la canine supérieure droite du Bienheureux, de peur qu'il ne lui restât rien de Bouddha pour lui rendre hommage, et la cacha dans son chignon. Ensuite, il partagea toutes les reliques entre les rois et les gouverneurs. Le roi deva Sakka, qui observait le partage des nobles reliques, remarqua l'absence de la canine :

« Où est passée l'incisive supérieure droite de Bouddha ? »

Comme il la trouva aisément dans les cheveux du brahmane Doša, il se demanda si celui-ci avait les moyens d'honorer convenablement la relique dont il s'était emparée. Comme il vit qu'il était pauvre, il retira la dent de son chignon à son insu, avant de l'enchâsser dans le monde des deva, dans un cetiya appelé Cú¦ámaši, pour l'honorer dignement. Quand le vieux brahmane voulut tâter sa dent qu'il croyait toujours dans son chignon, il s'aperçut avec effroi qu'elle avait disparu. Honteux de son escamotage, il n'osa rien en dire. En guise de consolation, il demanda simplement qu'on lui laisse la coupe d'or ayant contenu toutes les reliques, néanmoins vide. Heureux d'avoir obtenu leur part de reliques, les rois et les gouverneurs ne lui refusèrent pas cette modeste faveur.

Le gouverneur Moriya, de la ville Pippalivana, arriva après le partage, auprès du gouverneur Mallá, pour réclamer des reliques du Bienheureux. Comme il venait trop tard, il se contenta de récupérer les cendres, mélange de bois du bûcher et du corps de Bouddha. Ainsi, toutes les reliques et les cendres de Bouddha furent partagées le vingt et unième jour après son parinibbána.

Remarque : On distingue quatre types de cetiya : 1) dhátu cetiya. Reliquaire dans lequel sont enchâssées une ou plusieurs reliques, qui peuvent d'être de deux types. A) Reliques de type « dhátu ». Elles se présentent sous la forme de petites boules irrégulières, dans des tons divers, possèdent de nombreuses particularités, comme celle de se multiplier avec le temps ou celle d'émettre les six couleurs propres aux bouddhas omniscients. Ces reliques restent dans les cendres (après incinération) des bouddhas ou des arahanta qui font une détermination particulière avant leur parinibbána. B) Reliques de type corporel. Les os, les cheveux et les dents. (Sur les quatre dents laissées par Bouddha, seulement deux demeurent sur Terre. L'une est dans le monde des deva, une est dans le monde des nága, une autre est en Chine, et la dernière est à Sri Lanka. Les autres, qui sont cependant appelées « dents de Bouddha », ne sont en fait que des fausses, qui n'ont qu'été attachées durant un certain temps avec une vraie). 2) dhamma cetiya. Reliquaire dans lequel sont enchâssés des textes sur le dhamma (livres, feuilles de palme, gravures, etc.). 3) pariboga cetiya. Reliquaire dans lequel sont enchâssés des affaires qui furent utilisées par un bouddha (un bol, une robe, un éventail, un bâton, etc.). 4) uddissa cetiya. Reliquaire dans lequel rien n'est enchâssé, mais qui a été consacré dans le but de lui conférer le même rôle que tous les autres cetiya : se rappeler Bouddha, son sásana, et ainsi, ne pas oublier sa pratique quotidienne du dhamma. En ce sens, un cetiya tient lieu de rappel.

(D) Dhamma Dána, dhammadana.org


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Origine : ouvrage français

Auteur : Moine Dhamma Sámi

Date : janvier 2004

Mise à jour : 14 juin 2005