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résumé de la page

Enseignement décrivant le caractère dépourvu d’en soi de toute chose.

(2e des 2 parties)

anatta (2)

Un monde vide de substance

Ce que le moine Gotama a découvert

Voici ce que le moine Gotama a découvert : Ce monde est totalement vide de substance. Il n’y a pas de Bouddha dans notre cœur ou dans notre esprit pas plus qu’il n’y a de Brahmâ ou de Dieu. Il n’y a pas de dualité, il n’y a pas d’âme, il n’y a pas d’ego. Il n’y a pas non plus de non-ego ni de transcendance de l’ego, il n’y a pas les voiles du karma, impurs, qu’il nous faudrait purifier et purifier jusqu’à atteindre enfin ce continuum de conscience, cette conscience primordiale et immuable. Il n’y a rien de tout cela a-t-il dit.

Mais alors, qu’y a-t-il ? Il y a un fait, qui est palpable, visible et expérimentable par chacun d’entre nous. C’est que nous sommes LÀ. En fait, ce n’est pas vraiment Dieu ou la « bouddhéité », qui serait une espèce d’essence, qui serait… là. C’est tout simplement nous dans notre quotidien qui sommes là. Et c’est justement là que se trouve le problème ; que nous le voulons ou non, quel que soit la réflexion que nous portons sur ce monde, il est un fait que nous sommes dedans et que nous y sommes empêtrés jusqu’au cou !

Y a-t-il une porte de sortie ?

Mais alors, quelle peut être la porte de sortie, quelle peut être la libération ? Y a-t-il une porte de sortie à ce monde ? Non. Le monde est comme une prison. Il y a des barreaux aux fenêtres. Même si d’aventures nous pouvions avoir par quelques expériences des traits de lumière, en attendant, ce sont des barreaux qu’il y a aux fenêtres. On ne peut pas s’évader du monde, il n’y a pas de porte de sortie, il tourne en vase clos. Il tourne car c’est nous qui le faisons tourner. Si nous le faisons tourner, c’est parce que nous imaginons des conceptions qui sont fausses. Nous le faisons tourner car nous passons notre temps à courir après des aboutissements, des réalisations, des accomplissements, des expériences qui, bien entendu sont toujours décrites comme sublimes, merveilleuses, pleines de félicité, de bonheur et de joie (que ce soit à travers les expériences matérielles ou avec les expériences spirituelles).

Dans le pire des cas, ce qui peut nous arriver est justement de vivre véritablement une de ces expériences d’unité, de fusion avec le divin ou avec la « bouddhéité ». Car à moins d’avoir une solide connaissance de ce que le tathāgata Bouddha a enseigné, il est vraiment très difficile de se rendre compte que c’est justement ÇA, le piège définitif, l’illusion totale.

Bien sûr que non le monde n’est pas une illusion car si tel est le cas, alors comment serait-il ici ? Bien sûr que non, nos douleurs, nos peines, nos difficultés ne sont pas des illusions. Le fait est qu’elles sont là, qu’il y a quelque chose qui se passe, que nous en sommes conscients et que nous en retirons une certaine insatisfaction. Nous sommes plus ou moins conscients qu’elles sont constamment en mouvement. Bien sûr, au-delà de ce que nous percevons, il n’existe RIEN.

Il n’y a rien

Ainsi, ce que Bouddha a découvert, ce n’est pas une essence ou une substance cachée derrière le monde. Ce qu’il a découvert, lui, et c’est là où l’enseignement du theravāda se trouve être sérieusement opposé à toutes les traditions spirituelles de l’humanité, c’est que justement, il n’y a RIEN !

C’est la raison pour laquelle lorsqu’on lui demande : « Dans ce concert de maîtres spirituels, dans ce concert d’écoles, dans ce concert d’êtres éveillés, de bouddhas pleinement illuminés qui enseignent tout un tas de choses, vous, qu’est-ce que vous enseignez, au fond ? » Bouddha répond : « J’enseigne la souffrance et la fin de la souffrance. » En disant cela, il nous laisse quand même entrevoir qu’il y a la possibilité de parvenir à la fin de cette insatisfaction. Il y a donc la possibilité de parvenir à la fin de la souffrance, mais pas en passant par la porte, ni en passant par la fenêtre, ni par le grenier, ni en enlevant les tuiles du toit. Ça n’est pas en passant par quelque chose ou en essayant d’échapper à la gravité qui nous attire tout le temps, inéluctablement dans ce monde, que nous parviendrons à la fin de la souffrance.

Alors comment faire ? Que se passe-t-il lorsqu’un être parvient à la cessation, à la fin de cette insatisfaction et de cette souffrance ? Cela arrive précisément lorsque CESSE le monde, lorsque les phénomènes qui constituent le monde CESSENT d’apparaître, de se produire. C’est aussi simple que cela. C’est bête comme chou, mais fallait-il encore y penser, fallait-il encore en faire l’expérience.

L’expérience du moine Gotama

C’est justement cette expérience que le moine Gotama a faite, et nul autre (avant lui). Il a vu, il a expérimenté quelque chose de complètement nouveau, qui est justement la CESSATION. La cessation de ces états de conscience transcendants. Car comme il était ignorant et qu’il était en quête de « vérité », qu’il cherchait « quelque chose », comme beaucoup d’entre nous, il a bien entendu commencé par pratiquer tous ces yogas, tous ces exercices mystiques. Et il est arrivé au bout (cela est bien précisé dans les écritures canoniques), avec son maître spirituel, il a atteint la « bouddhéité », la divinité, appelons ça comme on veut.

À la différence de son maître, il n’a pas cru que cela était le but. Il a eu l’intuition, qui est en fait naturelle pour un être comme lui, que c’était encore « quelque chose », qu’il avait atteint quelque chose et que le problème résidait précisément dans ce fait. Ça n’était donc que quelque chose, ça n’était encore qu’un phénomène constitutif du monde, même si on prétend que ce genre d’expérience est au-delà du samsāra.

Ainsi, par lui-même, par son intuition, par son intelligence, sa patience, a-t-il réussi à voir ce qui se passe pour que cela cesse d’apparaître. Pour ce faire, il a pris comme objet, de son observation et de son attention, précisément ces états de divinité, de « bouddhéité ». Quand il a vu que ces états ne font qu’apparaître et disparaître, lorsqu’il a développé à ce moment une vision directe dans cette réalité, qui est LA réalité, mais qui n’est PAS la « vérité », il a expérimenté par lui-même quelque chose de complètement nouveau dont il ne se serait naturellement jamais douté. Il a expérimenté la cessation complète de cet état et la cessation complète de la conscience qui en fait l’expérience. À ce moment, il a expérimenté nibbāna.

Ça n’est pas une annihilation, ni un anéantissement, ni une disparition. Lorsque le cycle des phénomènes cesse de se produire, le fait est qu’il y a nibbāna. C’est comme ça, c’est dans la nature. C’est comme ça que fonctionne le monde. Le monde apparaît, et il a la possibilité de ne plus apparaître. Lorsque le monde n’apparaît plus, c’est nibbāna.

C’est cela, que le moine Gotama a enseigné. Aussi paradoxal et incroyable que cela puisse paraître, on peut dire que l’enseignement du theravāda, l’enseignement de ces moines, de ces renonçants, élèves du moine Gotama, commence là où ceux des autres s’arrêtent.

Pour certains, le but est la « bouddhéité » totale, la divinité totale, « l’êtreté » totale. Pour nous, fils des Sākhya, élèves du moine Gotama, c’est précisément LÀ que commence le problème.

Conclusion

J’ai essayé d’expliquer succinctement cette doctrine (peut-être pas nécessairement avec l’habileté et l’adresse qu’un tel sujet aurait requises), ce fait avéré, testé, expérimenté et éprouvé, par le moine Gotama, dont nous pouvons tous aussi faire l’expérience, que nous pouvons tous voir. Nous pouvons aussi tous réfléchir dessus, nous mettre à l’évidence qu’effectivement il en est ainsi. C’est-à-dire le fait qu’il n’y a absolument RIEN, je dis bien : Absolument RIEN, ni dans le monde matériel, ni dans le monde immatériel, qui puisse exister, qui puisse être, qui puisse demeurer en soi, par soi, de façon éternelle et immuable.

Ayant lu cela, espérant sincèrement que cela vous donne envie de faire cette expérience et de vérifier par vous-mêmes une affirmation aussi incroyable et aussi contradictoire avec tout ce que nous entendons habituellement, je souhaite sincèrement que vous parveniez à nibbāna le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions possibles.

Questions et réponses sur anatta

Peut-on expérimenter le « atta » ?

Tout l’enseignement qui précède ne fait qu’expliquer qu’il n’y a PAS de « atta ». Donc, on ne peut pas découvrir « atta », de quelle manière que ce soit.

On peut le figurer, on peut l’imaginer, on peut le concevoir, on peut s’y attacher, on peut s’y identifier, mais en RÉALITÉ, il n’y en a pas.

C’est ça tout l’objet de l’enseignement du theravāda. Non seulement le dire, mais surtout, amener chacun à en faire l’expérience.

Quoi que vous fassiez, vous ne courrez pas de risque d’atteindre « atta » ni de rentrer dans « atta » puisqu’il n’y a pas de « atta ».

C’est ça le dilemme : Les gens, très souvent, sont confrontés à la problématique de l’ego, ou du soi, en croyant qu’ils sont victimes de l’ego, alors qu’en fait, il n’y a pas d’ego. Donc, ils ne sont pas victimes de l’ego. En fait, quoi que vous fassiez, vous ne courrez pas de risques.

Les religions, les systèmes religieux, les philosophies religieuses nous entretiennent dans l’idée que nous sommes aujourd’hui des êtres ordinaires qui vivent dans un monde conditionné. Un monde d’ignorance dans lequel ce que nous faisons, nous le faisons sous l’emprise du pêché dont il faudrait se laver. Ou nous le faisons sous l’emprise des voiles du karma (vous avez entendu de telles expressions) qu’il faudrait purifier et transcender.

Bouddha, à l’origine, dit : « Non. C’est FAUX. » Ce problème n’existe PAS. La seule chose dont nous soyons victimes tout au plus, c’est de nos désirs, de nos conceptions erronées. Toute cette problématique de l’ego et de sa transcendance est absente, dans l’enseignement du theravāda. Rien que le fait d’entendre ça, on a déjà l’impression d’avoir atteint un certain degré de libération.

Les êtres qui vivent dans les mondes célestes (deva) peuvent-ils faire l’expérience de nibbāna ou seuls les humains peuvent-ils saisir cette opportunité ?

C’est plus difficile pour eux que pour nous. Dans le monde humain, nous vivons dans un monde qui est partagé entre peine, douleurs et désir, satisfaction. Nous avons donc plus d’opportunité qu’eux de saisir l’urgence de s’engager dans une telle démarche et dans une telle voie. Il y a quelques avantages inhérents aussi au fait de vivre dans les mondes célestes, c’est que justement on a beaucoup moins de peine et de souffrance. En règle générale, c’est assez difficile pour eux de parvenir à nibbāna.

Sauf quand il y a un bouddha omniscient, qui lui, sait trouver les mots, a le talent pour arriver à attirer leur attention et à leur enseigner. Quant à ceux qui vivent dans les sphères les plus élevées, qui sont les brahma, pour eux c’est par définition impossible puisque justement vivent dans ces sphères ceux qui ont atteint ce que l’on nous présente comme étant la « bouddhéité », comme étant la divinité.

Ces religieux n’ont pas tout à fait tort dans ce qu’ils nous enseignent. En ce sens qu’il est vrai, qu’après la mort, il est possible de rester, de demeurer, dans une sorte d’état d’être, de pure félicité, de pure jouissance, sans être assujettis aux tracas et aux embarras d’un corps. De ce qu’on nous présente alors comme étant la panacée, Bouddha nous dit que ça n’est pas du tout le cas. Lui a vu, précisément au moyen de sa science, au moyen de son omniscience, que même si ce sont effectivement des états extrêmement jubilatoires, extrêmement purs, et surtout des états qui durent incommensurablement longtemps, il n’empêche que c’est encore être dans le cycle des morts et dans le cycle des naissances que de vivre dans ces sphères divines.

Par nature, nous avons tous une certaine mémoire, une certaine capacité à nous rappeler notre vie depuis son commencement. Néanmoins, chacun l’aura remarqué, dans le monde humain, nous n’arrivons pas à nous rappeler les tout premiers instants de notre vie, qui se passent au moment de notre fécondation. Nous n’arrivons d’ailleurs même pas à se souvenir des mois et des toutes premières années qui suivent notre naissance (quand le bébé sort du ventre).

De la même manière, ces êtres ne se souviennent pas quand ils sont entrés, quand ils ont pris naissance dans ce monde ou dans cette sphère. Ils sont intimement convaincus qu’ils y sont depuis l’éternité, qu’ils sont des êtres éternels. Or, ce n’est pas du tout le cas. Parvenir à faire comprendre à ces êtres l’enseignement de Gotama, c’est franchement très difficile.

Sachons aussi qu’il est possible d’avoir atteint nibbāna dans le monde humain, et de renaître par la suite dans ces sphères « divines ». Il y a d’ailleurs dans ces sphères quantité d’êtres qui ont déjà atteint nibbāna dans le monde humain et qui ont la possibilité s’ils le souhaitent d’expérimenter nibbāna autant qu’ils le veulent. Avec d’autant plus de possibilités étant donné qu’ils n’ont pas nos contraintes. Remarquons qu’il s’agit là d’êtres qui ont atteint nibbāna dans le monde humain.

Cependant, pour celui qui n’a pas encore expérimenté nibbāna, une fois qu’il est arrivé « là-haut », le fait d’écouter l’enseignement, pratiquer l’enseignement et atteindre nibbāna, c’est impossible.

Si on a atteint nibbāna, est-il possible de voyager de monde en monde ?

C’est possible même si on n’a pas atteint nibbāna. Beaucoup d’êtres ont la capacité de voir tous les mondes, de s’y déplacer sans avoir jamais atteint nibbāna. C’est ce qu’explique Bouddha, il dit que certains ont cette capacité et les utilisent. Malheureusement, ils en déduisent certaines conceptions du monde qui sont erronées.

On peut arriver à faire ça même si on n’a jamais atteint nibbāna et le fait de l’avoir atteint n’est pas une aide propice à faire ce genre de choses. C’est indépendant, ce sont simplement des facultés que nous appelons parfois pouvoirs psychiques.

On pourrait croire que le fait de se déplacer librement de monde en monde, c’est le fait de s’affranchir de diverses barrières, on atteint une certaine maîtrise, c’est déjà un état d’avancement.

C’est le problème. Plus on avance dans une voie quelle qu’elle soit, plus on est avancé, ce qui justement est un problème. Plus on avance, plus on arrive à la conclusion qu’on a atteint quelque chose, qu’on a abouti à quelque chose, voire qu’on est arrivé à la réalisation complète.

Quelqu’un peut croire qu’il est important dans ce monde, qu’il a atteint une hiérarchie sociale plus élevée que les autres parce qu’il a le pouvoir de se déplacer de continent en continent dans son jet privé. Cela ne fait pas de lui un être libéré, parce qu’il a beau se déplacer dans son jet privé, il continue toujours de tourner autour de la terre.

De la même manière, ces êtres qui ont développé ce pouvoir de se promener de monde en monde, ne font rien d’autre que de se promener, dans LE monde.

J’entrevoyais la possibilité de mission, de « bodhisattva », qui se déplacent pour aider les autres qui sont dans la souffrance.

Une sorte de mission caritative spirituelle ? Un « bodhisatva » (bodhisatta) n’est, par définition, pas très bien placé pour amener les autres à la libération. Parce que s’il est « bodhisatva », c’est qu’il n’y est pas parvenu par lui-même. Un bouddha est beaucoup plus efficace pour ça.

Effectivement, une fois qu’il a atteint l’éveil complet, Bouddha a beaucoup voyagé, il s’est beaucoup promené de monde en monde (hormis, bien entendu, les mondes inférieurs, les mondes animaux, là où il n’y a pas grand-chose à faire) pour faire connaître son enseignement au plus grand nombre possible. Avant qu’il ait expérimenté lui-même cette cessation, il ne pouvait forcément pas être très utile aux êtres.

Une action dont les intentions sont sans état d’être, est-ce que c’est primordial ? Peut-on appeler cela nibbāna ?

Aucune intention ne peut avoir d’état d’être. nibbāna, c’est quand il n’y a plus d’intention et plus d’action. C’est la cessation complète de tout le processus, de toute la « machine ». Tant qu’il y a une action, tant qu’il y a une intention, quelles que soient les spéculations philosophiques que l’on peut élaborer sur celles-ci, ça n’est pas nibbāna. C’est ce qu’on appelle samsāra.

On ne peut pas rester sans action !

Absolument. On ne peut pas rester sans rien faire, c’est inconcevable. On ne peut pas faire autrement que faire, ou laisser faire, subir ou agir. C’est la nature du monde, c’est comme ça qu’il fonctionne. Un magnétoscope ne peut rien faire d’autre que de lire ou enregistrer des cassettes vidéo, jamais un magnétoscope n’arrivera à moudre le café ou à chauffer le lait. De la même manière, le monde ne pourra jamais rien faire d’autre que de se perpétuer lui-même. Les êtres ne pourront jamais rien faire d’autre que, comme vous dites, des actions, des intentions.

Pourquoi un moine se cache le visage pendant qu’il enseigne ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La raison essentielle est qu’il est mieux pour l’auditoire de ne pas regarder celui qui fait son exposé afin de ne pas élaborer de jugements personnels sur sa beauté, sa laideur ou sur les expressions qui pourraient éventuellement naître sur son visage.

L’idée est que chacun reçoive l’enseignement, la parole de Bouddha, brut. Tel quel. Un peu comme si ça sortait d’un magnétophone. C’est la raison pour laquelle Bouddha insiste pour que les moines n’extériorisent, n’expriment absolument rien sur leur visage pendant qu’ils exposent et qu’ils parlent d’une manière parfaitement monocorde et monotone car ce qui est important, c’est uniquement ce qui est dit. Pas du tout l’environnement. L’une des manières de faire pour cela consiste donc à cacher l’orateur.

La meilleure manière d’écouter un enseignement c’est de fermer soi-même les yeux afin d’être plus concentré à ce qu’on entend. Ou éventuellement de poser son regard sur le sol, d’éviter de regarder autour de soi, pour ne pas réfléchir sur l’esthétique de ce que l’on voit.

Où trouve-t-on le sourire dans sa nature humaine ?

D’abord il n’y a pas de nature donc il serait vain d’en trouver une, c’est en tout cas ce qui est enseigné dans le theravāda, et le sourire, qu’entendez-vous par le « sourire » dans sa nature humaine ?

La joie d’être.

On a tendance à confondre certains moments de plaisir intense avec justement une certaine joie d’être. On a du mal à se rendre compte que c’est seulement un moment de plaisir intense, fut-il très abstrait, fut-il très spirituel, purement mental, ça reste encore un moment de plaisir intense. Et nous sommes, bien entendu, à la recherche de ce genre d’expériences.

C’est dur à avaler tout ça !

Absolument ! Ça a valu d’ailleurs au premier moine qui a exposé cela des tentatives d’assassinat. Car vous pensez bien que les (prétendus) grands bouddhas incarnés qui vivaient de son temps, quand ils ont vu en masse leurs disciples les quitter et aller vers le moine Gotama pour écouter « ça » n’ont pas apprécié.

Le problème qu’avaient les moines à cette époque était lié au fait qu’ils attiraient beaucoup de monde. Le problème qu’ont les moines aujourd’hui est que nous avons plutôt tendance à faire FUIR tout le monde ! (Rires)

L’enseignement d’un tathāgata, par certains aspects, c’est insupportable. Si vous regardez bien, si vous cherchez bien, il n’y a aucun autre enseignement quel qu’il soit, qui amène à l’inconfort. Tout autre enseignement cherche immédiatement à apporter un certain réconfort, un certain confort intellectuel, au prime abord. L’enseignement d’un tathāgata, a ceci d’assez particulier, c’est qu’il est très inconfortable. Il est très inconfortable justement parce qu’il nous pointe, il nous fait buter sur les écailles, les échardes, les aspérités, les cailloux qui sont dans le monde, alors qu’on a souvent tendance à essayer de les oublier, de les ignorer.

C’est un enseignement qui est réaliste, c’est l’enseignement de la réalité. La réalité, c’est justement que ce monde est insatisfaisant. Dès lors que nous approchons de la réalité, il est nécessaire que nous éprouvions beaucoup de dérangement. Sinon, c’est qu’on n’y est pas !

Est-ce que vous continuez d’être dérangé par cette « interrogation » ?

Me concernant ça va mieux. Parce qu’il arrive quand même un moment où ça va mieux. En fait, dans la voie, il y a trois phases, plus une conclusion, une « cerise sur le gâteau ». La première phase, c’est justement ce dérangement, cela peut parfois être douloureux, pénible, on peut expérimenter des choses très dérangeantes. Après, quand on a un petit peu avancé, on arrive dans un deuxième obstacle, qui est peut-être même pire que le premier, c’est qu’on arrive à un certain degré de contentement et de confort, de bien être, un certain degré de plénitude. C’est encore un piège. En troisième lieu, on arrive à quelque chose qui est encore plus vicieux, encore plus insidieux, encore plus efficace, par son effet anesthésiant, c’est ce qu’on appelle les expériences d’équanimité ou de neutralité. Cela est traître car on n’est pas encore arrivé au bout. On est arrivé au bout seulement quand on est arrivé à la cessation complète de toute expérience.

Les fous sont-ils plus heureux que nous ? Car ils ne réfléchissent pas, alors que nous, nous passons notre temps à réfléchir, fabriquer, imaginer.

C’est un peu facile de montrer du doigt certaines catégories, de dire : « Eux, ce sont les fous ». À bien regarder autour de soi, la question qu’on peut se poser n’est pas : « Où sont les fous ? » mais plutôt : « Où sont ceux qui ne le sont pas ? » Car après tout, est-ce que la folie n’est pas la condition universelle, la condition naturelle de l’homme ? Certes, il y a des degrés de folie plus poussés chez certains et moins poussés chez d’autres. Finalement est-ce que nous ne sommes pas tous fous ? Fous de supporter cette vie. Fous de continuer d’errer et de tourner en rond dans cette vie qui ne peut absolument rien nous apporter.

C’est vrai qu’il y a des personnes pour diverses raisons, pathologiques, médicales ou psychologiques, qui nous donnent l’impression d’être totalement inconscientes. Disons qu’elles n’expriment pas. Parce qu’il y a comme on dit des dérangements mentaux. Leur mental est un petit plus désordonné que le nôtre. Toutefois, chacun à sa manière est un fou pour arriver à supporter la souffrance qu’il endure, sans vraiment se rendre compte dans quel état il est. Bien entendu, il y a toujours plus fou que nous. Alors celui-là on le montrera du doigt en disant : « Lui, c’est vraiment un aliéné fini ! Il passe sa journée à se prendre pour Napoléon, il est irrécupérable ! » Quelque part, nous, nous nous prenons pour Pierre, nous nous prenons pour Jasmina, nous nous prenons pour un homme, pour une femme. En fait, nous sommes exactement autant fous que lui. Comme Freud disait si bien : « L’humanité tout entière est ma clientèle. »

Il ne faut pas croire que les « aliénés » ne souffrent pas. J’ai personnellement eu l’occasion d’approcher l’univers psychiatrique ; c’est assez abominable la souffrance de ces êtres, seulement ils ne l’extériorisent pas de la même manière que nous, c’est-à-dire qu’ils ne se plaignent pas, ils ne se posent pas de grandes questions métaphysiques, mais dans leur tête, c’est très obscur. Ils passent par des phases de souffrances parfois terribles, il s’agit d’une souffrance mentale. Physiquement, il faudrait comparer la chose à quelqu’un qui souffre parce qu’il est dans un métro, il est serré, il est étouffé, il fait très chaud, les banquettes sont en bois, ça lui fait mal aux fesses. Et bien parfois, ceux que vous appelez les fous, c’est comme si on leur rentrait littéralement un fer chauffé au rouge dans la chair, dans leur corps. C’est ce qu’ils expérimentent dans leur mental.

Nous sommes relativement libres, nous pouvons faire ce que nous voulons, aller où nous voulons, quand nous voulons, comparé à des criminels qu’on enferme. S’ils ont fait des choses abominables, c’est qu’il y a un malaise en eux. Pourquoi est-ce que les moines ne vont pas dans les prisons ou dans les établissements psychiatriques pour enseigner à ces gens la cause de la souffrance ?

Ce que vous dites amène plusieurs réflexions. Tout est relatif. Un prisonnier est enfermé dans une prison, il a un espace réduit, mais nous aussi nous sommes enfermés dans une prison. Notre espace de liberté est très réduit. Si pour vous la liberté est de pouvoir choisir entre New York et Hong Kong, on peut dire que « vous êtes libre ». En tout cas, au-delà de la surface de la terre, vous n’avez pas la liberté aujourd’hui d’aller vraiment OÙ vous voulez. Si vous vouliez aller sur la lune ou sur la planète mars, vous n’y arriverez pas. Quelque part, un prisonnier est quelqu’un qui a un certain degré de liberté ; il peut aller de la cuisine à la bibliothèque, de la bibliothèque aux douches (parfois, il peut même accéder à l’Internet !) Néanmoins, il y a des endroits auxquels il ne peut pas accéder pour des raisons de contraintes : Il y a des portes blindées, il y a des barreaux aux fenêtres, tout est très relatif.

Lorsqu’un moine enseigne la parole d’un tathāgata, c’est toujours à des prisonniers qu’il enseigne en fait. Après c’est une question d’ordre. S’il existe l’opportunité qu’on puisse faire entendre l’enseignement d’un moine dans ce que nous appelons dans notre société un centre carcéral, de détention, il le fera. Cependant, le moine n’aura pas l’impression d’enseigner à des gens plus emprisonnés, parce qu’il y a une certaine unité de lieu. Il enseignera à d’autres gens qui eux, seront aussi sont bien emprisonnés dans la cage du monde, dans la cage de la vie qu’ils mènent, à travers leurs obligations, leurs nécessités sociales, professionnelles. C’est une prison la vie. Quelqu’un qui a un travail, qui a fondé une famille… Dans notre existence, nous sommes remplis d’obligations, et quelque part, quelqu’un qui est en prison n’est pas plus emprisonné par ses obligations que nous.

Après il y a une question de valeur dans notre société, nous avons certains idéaux de liberté qui nous font penser qu’un détenu est plus emprisonné que nous, que vivre dans un centre carcéral, c’est déshonorant, c’est humiliant, cela est peut-être très douloureux d’ailleurs. Par contre, vivre en ayant le choix entre Saint-Tropez et Avoriaz pour ses prochaines vacances, dans nos conventions sociales on peut dire qu’on est plus « libre ». Toutefois, il n’y a pas vraiment de différence. Comme je vous le disais, on ne choisit pas vraiment ce qu’on fait, on ne contrôle pas vraiment la « machine ».

Même s’ils ont beaucoup d’inconvénients, les détenus ont quand même certains avantages, ils ont le temps, de réfléchir un peu à ce qu’il les a amenés là, à ce qu’ils font, alors que très souvent, dans la vie active, on ne s’en donne même pas le temps car on est très occupé à faire tout un tas de choses. Ils ont un certain isolement, une certaine solitude corporelle qui n’est peut-être pas une mauvaise chose pour s’engager sur une voie, et, ne riez pas je suis sérieux, ils sont nourris logés, ils n’ont pas vraiment de travail, d’effort à faire pour trouver leur nourriture, pour entretenir leur espace de vie ce qui quelque part, leur donne certaines libertés que, à l’extérieur nous n’avons pas. Nous devons faire les commissions, faire la cuisine, nous soucier constamment de notre nourriture, de notre logement, payer le loyer.

Le problème d’un détenu est peut-être qu’il est emprisonné, qu’il aimerait bien sortir. Dans mon expérience personnelle, je peux vous dire que je me suis retrouvé une fois avec un problème qui était exactement le problème inverse, c’est que je risquai de me faire expulser de mon logement et que je n’en avais pas du tout envie !

Le moine, le bhikkhu, est celui qui, dans une certaine mesure, n’est pas dans la situation du prisonnier détenu dans un centre carcéral et n’est pas non plus dans la situation du prisonnier, celui qui se croit en liberté. C’est une situation encore un peu différente. Mais en fait, il n’y a une véritable liberté que dans l’émancipation, c’est-à-dire arriver à mettre un terme définitif à cette croyance que nous avons dans la « vérité » arriver à mettre un terme définitif à notre attachement, à notre fixation aux plaisirs des sens et, arriver à mettre un terme définitif à notre orgueil.

Une fois qu’on est arrivé à cela, on est arrivé vraiment à la liberté, à l’émancipation complète de ce monde. Après, que notre corps soit dans un centre carcéral, dans un monastère ou dans la rue, il ne fait plus aucune différence.

Un jeune enfant qui voit le monde d’une manière poétique, écrit un texte, fait un dessin, et après se détache de l’œuvre pour laquelle il a passé un moment heureux. Peut-on dire que ce jeune enfant (ou cet adulte) est engagé dans une voie heureuse. Si plus tard il la prolonge par des séances de méditation, par un mode de vie équilibré, est-ce un bon départ ?

J’ai du mal à comprendre ce que les notions de poésie et d’enfance viennent faire dans votre question.

On a tendance à penser que les enfants ont un regard sur le monde plus simple que les adultes. Ce regard détaché, ce regard qui n’a pas d’emprise. Peut-on déjà considérer cet état comme un état de liberté ?

Je ne suis pas du tout un spécialiste de la psychologie enfantine mais ce que je me souviens des enfants qui m’ont été donnés de voir dans ma vie d’adulte et surtout ce dont je me souviens de l’enfant que j’ai été, ne m’incite pas du tout à penser que les enfants sont des êtres beaucoup plus libres et beaucoup plus naturels que les adultes. Certes, les adultes se font une image de l’enfance, mais il me semble que la vie d’enfant est une abomination quelque part ! Ils extériorisent une spontanéité très forte, ils ont une capacité à jouir meilleure que nous. Un enfant qui va dans un parc d’attractions va croquer ça à pleines dents, il va jouir pleinement de la situation. Nous avons peut-être moins cette capacité de faire ce genre d’expérience une fois devenus adultes, mais pour le reste, la vie d’un enfant est abominable, c’est des règles, quand ce ne sont pas carrément des coups ou des humiliations.

En tout cas, c’est tout un tas de principes qu’on leur inculque qui sont complètement saugrenus, auxquels ils ne comprennent rien, une discipline à laquelle ils sont obligés de se tenir. Et n’oublions pas que nous sommes arrivés en France, il n’y a d’ailleurs pas qu’en France que c’est le cas, à une situation où les enfants travaillent plus que les adultes. Il faut savoir qu’à l’école, un enfant fournit plus d’heures de travail qu’un adulte. Sans parler des enfants qui ne travaillent pas à l’école mais carrément dans des usines ou autre.

Il y a des moments d’éclats de rire, de spontanéité, que nous adultes nous aimons voir chez les enfants. Mais est-ce que nos moments d’extase « béatifiques » que nous pouvons ressentir en écoutant une cantate de Bach ne sont pas similaire ? Même si nous n’extériorisons pas notre plénitude de la même manière que les enfants. Après tout, quelle différence y a-t-il entre un enfant et un adulte ?

Je voulais simplement parler de cet état naturel de vivre en pleine conscience.

Mais les enfants sont-ils dans un état naturel où ils vivent vraiment en pleine conscience ? Plus que nous ?

J’imagine qu’on attribue aux enfants qui n’ont pas d’esprit encombré de systèmes philosophiques, qui perçoivent le monde, le bruit d’une rivière d’une manière évidente. Ce sentiment de paix, vivre l’instant présent, avec une certaine pureté mentale.

Oui. Au niveau de toute cette pensée récurrente que nous avons, ces réflexions intenses que nous avons, ces questions que nous nous posons là où les enfants ne se posent pas de questions. On peut effectivement dire qu’il y a une forme de souffrance que les enfants ne connaissent pas. Il faudrait arrêter la comparaison ici. Il y a aussi d’autres formes de souffrances inhérentes à l’enfance que les adultes ne connaissent pas, notamment la privation totale de liberté. Lorsqu’ils entrent dans le monde adulte, beaucoup de jeunes gens font l’expérience d’une recherche de ce qu’on appelle la liberté : « Enfin maintenant je suis un grand, je conduis ma voiture, je vais où je veux ! »

Nous avons donc des libertés que n’ont pas les enfants et ces derniers ont certaines formes de souffrance qui sont moins marquées chez eux. Pour autant qu’il me semble savoir, n’ayant jamais été particulièrement un enfant surdoué, je me souviens avoir eu des moments d’intenses réflexions et de cogitations qui amenaient en moi des moments de malaise intenses. Néanmoins, il est vrai qu’un enfant peut se faire plaisir d’un rien, mais il ne faut pas idéaliser et surtout ne pas essayer de chercher cet état d’esprit.

Je voulais aussi parler de cet état de communion, simple, avec l’ensemble du monde. Comme les aborigènes, qui vivent en harmonie.

On est censé retrouver, comme vous employez le terme, de communion, c’est-à-dire une relation simple et spontanée dans la communauté des moines. Cependant, l’expérience montre qu’on en est très loin. Par contre, celui qui est arrivé à perdre certaines de ces pollutions, certains de ces déviants, qu’on appelle en pāḷi les kilesā, plus il aura perdu ses pollutions et plus il aura un contact assez spontané, assez neutre, assez adulte, assez simple et assez sain avec son environnement. On peut imaginer dans une communauté de moines tous émancipés, que c’est là un modèle de perfection.

Effectivement il y a certaines communautés, certaines civilisations, tribus primitives comme on ose encore les appeler, qui donnent l’impression d’une plus grande spontanéité, d’une plus grande facilité d’échanges, il est vrai. Mais une fois de plus, faisons très attention aux apparences ; quelqu’un qui est tout nu, avec juste un pagne autour de la taille, le corps dessiné de traits de couleurs et qui vit pieds-nus dans sa jungle n’a pas nécessairement plus de communication et de spontanéité que certains adultes « civilisés », modernes comme on dit, avec téléphone cellulaire, voiture. Parmi ces derniers, on en rencontre qui, visiblement, sont des gens assez simples, assez clairs dans leur mental et qui ont une communication avec leur environnement qui semble être assez libre, assez spontanée.

Il faut faire très attention à ces notions, à ces clichés, et surtout à ne pas se fabriquer un personnage, émancipé, « cool », « relax », « peace and love », je t’aime, je t’aime, on est tous frères dans la même humanité. Il y a d’ailleurs quelque chose de très malsain dans ces attitudes. Surtout quand elles deviennent collectives et qu’elles se font autour d’un maître, d’un maître charismatique, soi-disant rayonnant, etc.

En fait, notre démarche n’est pas de chercher à arriver à une société émancipée, une société aboutie, une communauté humaine, spontanée, claire, limpide. Notre démarche est d’arriver à la cessation de la souffrance. Il y a fort à parier que plus il y aura des êtres qui seront arrivés au but ou qui auront marqué sur la voie qui mène au but des étapes significatives plus le résultat, même si ça n’était pas le but initial, serait une société effectivement assez équilibrée, assez émancipée où il y aura comme vous dites ces instants de vérité, ces instants de plénitude.

Le plus difficile des obstacles à se débarrasser est cette conception que nous avons qu’il existe une substance sur laquelle sont basées toutes les religions du monde.

Malheureusement, même dans le theravāda on peut parfois entendre certains moines tomber dans le piège. Alors qu’il est clair dans les écritures (canoniques) que Bouddha considère cette conception comme justement la première des pollutions du mental et la première des causes qui nous amènent à continuer d’endurer toutes les peines dans ce monde.

Si vous vous entraînez au satipaṭṭhāna, à vipassanā, vous arriverez par vous-même, sans même parler d’atteindre l’éveil ou quoi que ce soit, mais déjà vous arriverez après quelques semaines d’entraînement à entrevoir effectivement que tout cela est bien vide ! Qu’il n’y a pas une telle substance, une telle nature.

S’il n’y a pas d’ego, l’envie d’une personne qui veut devenir meilleure, qui veut chercher la libération, cette envie-là, c’est quoi ?

C’est EXACTEMENT la même envie que celle qui vous fait aller aux toilettes quand vous avez envie d’uriner. En réalité, c’est la même chose que ça. Il y a, certes, une différence : Tous les êtres vont aux toilettes ou derrière un arbre pour uriner et malheureusement tous les êtres ne s’engagent pas sur la voie qui mène à la fin de la souffrance. En tout cas, tous les êtres ont une envie d’une manière ou d’une autre d’arriver à un certain bien être, un certain bonheur. Chacun en fonction de ses affinités, de sa maturité, s’engagera dans une voie plutôt que dans une autre. Les possibilités des animaux sont bien sûr très limitées mais quelque part, un animal aussi a cette envie, a ce besoin, ce désir d’arriver à un certain état de satisfaction. Pour lui, ce sera limité ; Ce sera trouver sa nourriture, trouver un endroit pour dormir, etc. Pour un humain, il y a beaucoup plus de possibilités qui lui sont offertes mais cette idée, cette impulsion qui nous incite à entreprendre une certaine démarche pour arriver à mieux être, reste quelque chose de tout à fait naturel.

Quand on arrive à voir cela, on se rend compte que c’est la même chose. Que c’est exactement le même mécanisme qui se passe quand on va aux toilettes. C’est pour se débarrasser d’une sensation gênante. Quand on va aux toilettes, ce n’est pas en connaissance de cause qu’il y a un cycle biologique qui se passe, que naturellement le corps élimine les toxines. Ce n’est même pas pour uriner qu’on va aux toilettes, c’est pour se soulager.

De la même manière, lorsqu’on s’engage sur une voie, en particulier sur celle qui a été ouverte par Bouddha, c’est avec cette idée. Donc, il n’y a pas d’ego, c’est juste la nature qui fonctionne. Même si effectivement on a plus le temps de réfléchir, parce qu’on n’est pas pris par l’urgence, on se pose beaucoup de questions, il y a des hauts et des bas, on se dit : « Quelque part, je ne suis qu’un petit égoïste, je fais ma petite méditation pendant qu’autour de moi il y a beaucoup de souffrance et de misère ». Quand on est assis sur le « trône » en train de faire ses besoins on ne se dit pas : « Je ne suis qu’un petit égoïste, je suis en train de me soulager alors qu’autour de moi il y a toute cette misère. »

Seulement cela se passe dans un laps de temps qui est tellement court qu’on n’a pas le temps de se poser toutes ces questions. Lorsqu’on s’engage dans une voie qui doit nous amener à la libération complète de tout le fardeau que représente la vie, c’est beaucoup plus long. On a effectivement le temps de se poser beaucoup plus de questions. En fait, c’est le même processus, c’est la même chose qui se passe. C’est-à-dire qu’on ressent un certain besoin d’arriver à se soulager, à se libérer complètement de quelque chose qu’on perçoit comme étant une gêne, un poids, quelque chose qui nous oppresse. C’est tout à fait naturel de s’engager à ce moment dans une voie, qui nous amènera, en tout cas le souhaitons-nous, à nous débarrasser de cette gêne.

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Origine : Enseignement délivré en France

Auteur : Moine Sāsana

Date : 1999

Mise à jour : 14 juin 2005

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