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Le terme pali « susānika » signifie « celui qui a l’habitude de demeurer dans les charniers ».
« susāna » = « charnier » ; « susānika » = « individu qui demeure dans un charnier »
Lorsque cette pratique est convenablement appliquée, avec constance et diligence, avec la détermination de ne pas la rompre, on dit qu’il y a « susānikaṅga » (état d’esprit de la résidence dans les charniers).
Selon les textes du « visuddhi magga », on peut considérer comme « charnier » tout endroit où des cadavres humains y sont enterrés ou brûlés depuis au moins douze ans.
Pour adopter ce dhutaṅga, il convient de prononcer la phrase suivante soit en pali, soit dans la langue de son choix…
« na susānaṃ paṭikkhipāmi, sosānikaṅgaṃ samādhiyāmi. »
« Je renonce aux lieux où il n’y a pas de cadavres, je m’entraînerai à demeurer dans les charniers. »
Selon les restrictions, il existe trois sortes de pratiquants du dhutaṅga susānika :
Le bhikkhu pratiquant noble du dhutaṅga susānika demeure dans un charnier qui possède les trois caractéristiques suivantes :
Le bhikkhu pratiquant intermédiaire du dhutaṅga susānika demeure dans un charnier qui possède au moins l’une des trois caractéristiques précitées.
Le bhikkhu pratiquant ordinaire du dhutaṅga susānika demeure à une place où un mort a déjà été enterré ou brûlé auparavant.
En pratiquant le dhutaṅga susānika, on peut bénéficier des avantages suivants…
Remarque : seule la pratique d’un dhutaṅga permet d’en comprendre véritablement les avantages.
Dès qu’un pratiquant du dhutaṅga susānika s’installe dans un endroit avec l’intention d’y demeurer, ne serait-ce qu’un instant, il brise son dhutaṅga.
Dans les textes de l’« aṅguttaranikaya », il est dit que le pratiquant du dhutaṅga susānika peut sortir de son charnier juste après l’aube sans briser son dhutaṅga. Néanmoins, il le brise dès le jour où il ne se rend pas dans un charnier. De la même façon, s’il sort du charnier avant l’aube, il brise son dhutaṅga.
Selon le « visuddhi magga », le bhikkhu pratiquant du dhutaṅga susānika « doit avoir peu d’activités et des moyens de subsistance légers (peu d’affaires) ». Ainsi, il n’est pas bien qu’un tel bhikkhu demeure dans un tel endroit en faisant des choses très visibles, comme : faire une allée spécifique pour la marche, construire un abri, utiliser un lit, un grand tapis, installer un large entrepôt d’eau pour boire ou pour divers besoins, enseigner le dhamma, donner des instructions de méditation, délivrer un cours, etc.
Il est très bien, en revanche, de demeurer dans un charnier comme le mahāthera Mahāsu, qui demeura soixante ans durant dans un charnier sans que personne ne l’eût jamais su.
Ce dhutaṅga est très difficile à mettre en pratique. La plupart des individus ne sont pas en mesure d’adopter une telle pratique.
Pour pratiquer ce dhutaṅga, il est indispensable de ne pas craindre le dégoût et d’avoir peur, il est nécessaire d’avoir beaucoup de courage et d’intrépidité et de ténacité. Pour cette raison, avant de commencer la pratique d’un tel dhutaṅga, il convient de se rendre pendant le jour dans un charnier et d’y étudier soigneusement toutes les caractéristiques qui constituent un tel lieu. Ensuite, il convient d’y retourner encore, mais de nuit, pour y étudier les mêmes caractéristiques. Le jour diffère nettement de la nuit dans un charnier, car bien que l’endroit reste le même, il devient pour la plupart des individus beaucoup plus effrayant durant la nuit que durant le jour. Des pensées effrayantes peuvent facilement apparaître à cause de visions déformées par la nuit. En voyant un homme ou un chien, par exemple, on ne sait pas de quoi il s’agit et on imagine facilement des choses ou des êtres dangereux. Une étude soigneuse d’un charnier durant le jour a l’avantage d’en connaître tous les éléments ; de ce fait, la nuit venue, ces éléments n’ont plus de raison d’être effrayants.
Ainsi, il convient pour un bhikkhu d’adopter le dhutaṅga susānika seulement une fois qu’il s’est assuré d’être parfaitement débarrassé de toute frayeur susceptible d’apparaître en demeurant la nuit dans un charnier.
Étant donné que l’on est constamment confronté aux morts, dans la pratique de ce dhutaṅga, on n’est plus effrayé par la mort. Bouddha disait :
« appamādo amataṃ padaṃ pamādo maccunopadaṃ »
« ceux qui sont inattentifs meurent constamment ; ceux qui sont attentifs ne meurent jamais. »
Ceux qui savent mettre à profit cette parole peuvent rapidement parvenir à la réalisation de nibbāna.
En demeurant dans un charnier, on est amené à voir fréquemment des cadavres. En voyant cela, on peut aisément se défaire de l’attachement aux plaisirs sensoriels.
« Si vous ne voulez pas mourir, allez tout le temps au cimetière ! N’oubliez pas que vous aussi finirez par mourir ! »
Origine : Ouvrage en birman
Auteur : Moine Devinda
Date : 2001
Traducteur : Moine Dhamma Sāmi
Date de traduction : Janv. 2004
Mise à jour : 18 juin 2005