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L’itinéraire d’un renonçant

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Les premières croyances

Il y a quelque chose qui m’intriguait énormément, et ce, dès mon plus jeune âge. Je me demandais simplement : « Pourquoi la vie existe-t-elle ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas “rien”, ni êtres, ni univers, ni espace, ni vide ? Pourquoi n’y a-t-il pas “rien du tout” ? Pourquoi y a-t-il tout ça ? Et s’il n’y avait-il absolument rien eu ? » Cette idée me donnait le vertige, un peu comme, quelques années après, lorsque pour la première fois, j’ai entendu parler du concept de l’infini. Je me demandais alors comment il pouvait y avoir quelque chose et derrière cela, encore quelque chose, et ainsi de suite, sans que cela ne cesse jamais — dans l’espace comme dans le temps.

J’ai eu la chance d’avoir des parents partisans de l’agnosticisme, ce qui néanmoins constitue encore une croyance. Cela m’a toutefois permis d’avoir toujours l’esprit libre de tout endoctrinement, et ainsi de fonder mes convictions par moi-même, par mes propres réflexions.

Dès l’âge de cinq ans, je réfléchissais ainsi : « Où que j’aille, quoi que je fasse, je suis toujours à ma place, je suis toujours “en moi”, jamais à la place des autres. Je ne vois que ce qu’il y a autour de moi. Quand les autres ne sont pas près de moi, je ne vois pas ce qu’ils font. Rien ne me dit qu’ils existent lorsqu’ils ne sont pas là. Quand je me blesse, je ressens la douleur. Quand un autre se blesse, je ne perçois pas la douleur. En ressent-il vraiment ? Quand les autres se moquent de moi, ils semblent être tous unis en un seul esprit, alors que moi, je suis en dehors de cela. » J’aboutissais donc à cette grande question : « Les autres existent-ils vraiment ou suis-je le seul à exister, et tout le reste n’est qu’une entité qui me manipule en créant tout ce que j’expérimente ? » Cette pensée aura contribué à me rendre quelque peu paranoïaque. Je pensais que tous les êtres étaient complices contre moi, car ils étaient bien intégrés les uns avec les autres, ils parlaient la même langue, tandis que moi, qui ne comprenait rien à ce qu’il était “bien de faire” ou “mal de faire”, je me faisais réprimander ou étais mis à l’écart pour tout ce que je faisais. Ainsi, je songeais souvent à cette idée, sans toutefois l’adopter complètement.

Je n’ai pas vraiment de souvenirs quant aux croyances que j’avais à propos de la mort. Probablement que je ne posais pas ce type de questions. J’ai néanmoins en mémoire un rêve qui m’avait intrigué, et qui peut laisser deviner que je devais imaginer une nouvelle forme de vie après la mort. Dans ce rêve, fait peut-être à l’âge de sept ou huit ans, j’ai reçu la visite de mes grands-parents – cependant vivants – et d’ancêtres dont je n’avais jamais entendu parler. Ces derniers, qui étaient les parents, les grands-parents et arrière-grands-parents de mes grands-parents, étaient semblables à des mannequins de vitrines, tout noirs, du velours en guise de peau, sans yeux, sans oreilles et sans bouche. Malgré leur apparence, ils étaient pleinement conscients et vivants. Je ne saurais dire si, à cette époque, cette croyance d’une existence au-delà de la mort était due à une intuition personnelle – comme j’en aurai eu beaucoup plus tard – ou aux enfants chrétiens qui fabulent sur le paradis.

En tout cas, depuis ces premières grandes interrogations, je ne cesserai plus de me demander ce que c’est que la vie, pourquoi je suis là, quelle est la meilleure chose à y faire, et s’il y a un moyen de comprendre clairement tout cela, bien que ces questions seront remplacées par des questions plus scientifiques que philosophiques pendant l’adolescence. Les matières à caractère philosophique ou religieux étant absentes des écoles que j’ai fréquentées et du milieu familial, je croyais être le seul à me poser ce type de questions. Pour cette raison, je gardais toujours mes réflexions pour moi-même.

En dehors de ces croyances de type philosophique, quand on a cinq ou six ans, on adhère à de nombreuses croyances qui font sourire les adultes, mais qui sont cependant exactement du même ordre que les croyances imposées par les plus grandes religions. Quelle différence y a-t-il entre croire au père Noël et croire en un dieu tout puissant qui contrôle tout l’univers ? En dehors du fait qu’il est beaucoup plus humain, le père Noël est exactement comme un dieu : on est rassuré de penser qu’il existe. Il nous fait rêver. C’est quelqu’un qui arrive du ciel pour nous apporter du bonheur si l’on a été bien gentil. On s’attache tellement à cette belle croyance que même si l’on commence à avoir des doutes, on rejette vite cette pensée. En quelque sorte, on se force à croire.

J’étais fasciné par le père Noël : je voulais tellement pouvoir, tout comme lui, monter au ciel. J’aurais au moins voulu voir comment il s’y prend. Alors un jour, j’ai décidé de devenir père Noël. J’ai demandé à papa comment faire. Il a prétendu que j’étais trop jeune pour le comprendre, mais que je saurais tout ça, une fois plus grand.

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Comme beaucoup d’enfants, j’étais persuadé qu’un loup se cachait sous mon lit durant la nuit, et n’osait pas poser un pied par terre de peur qu’il m’attrape pour me dévorer. Quand ma sœur, encore bébé, parlait à peine, je voulais pouvoir lui communiquer mes pensées sans avoir à parler. Je me contentais seulement de lui demander « Hein ? » à la fin de chaque pensée que je lui adressais. Comme elle me disait toujours « Oui Daniel, oui Daniel », je finissais par être persuadé qu’elle arrivait à lire mes pensées. J’étais si orgueilleux que je n’interprétais pas cela comme une capacité de sa part à connaître mes pensées, mais plutôt comme une capacité de ma part à les lui faire connaître sans avoir à parler. Marc m’apprit qu’une fois adultes, nous serions si grands que notre taille atteindrait le ciel. Depuis ce jour, je me réjouissais de grandir. Une chose qui me captivait beaucoup était les marionnettes. Comme le spectacle était en suisse-allemand, je ne comprenais pas l’histoire, mais les décors féeriques, les éclairages, la musique et les marionnettes elles-mêmes me suffisaient amplement. Je voyais les marionnettistes entrer les uns après les autres dans le petit théâtre, et voyais apparaître une marionnette à la place. Ce qui me persuadait que les marionnettistes se transformaient eux-mêmes en marionnettes. Fasciné, je me demandais à quoi je pourrais ressembler, si moi aussi, je me transformais en marionnette en entrant dans le petit théâtre.

Pour moi, les clowns étaient une espèce à part. On naît clown et on reste clown à vie. Un jour, j’assiste à un spectacle où un ami de mon père est déguisé en clown. Je m’interroge alors : « Comment celui qui était un monsieur peut-il être un clown maintenant ? » J’en conclus donc qu’il y avait des vrais clowns et des faux clowns.

Je croyais aussi que les adultes avaient leur propre langue et qu’ils en employaient une autre lorsqu’ils s’adressaient aux enfants, car naturellement, je les comprenais seulement lorsqu’ils me parlaient à l’aide de mots simples. J’étais convaincu que papa était l’homme le plus fort de la planète. Grande fut ma déception lorsque j’appris qu’il existait plus costaud que lui.

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