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L’itinéraire d’un renonçant

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Une grande naïveté

En juin 1977, nous quittons la Suisse pour nous installer en France, à Lyon, où papa devient directeur d’un magasin de vêtements, abandonnant ainsi son métier d’imprimeur. C’est dommage, car il aurait pu imprimer lui-même ce livre ! Maman voulait aussi que Victoria et moi-même suivions une scolarité en français.

J’avais beau avoir atteint « l’âge de raison », j’étais si naïf que je croyais au mot et au sens propre tout ce que j’entendais. Un jour, comme nous allions voir une dame très cultivée, ma mère me dit : « Cette femme sait tout ». J’étais extrêmement surpris, car cette idée de tout savoir me tenait à cœur, je disais souvent : « Quand je serai grand, je saurai tout », et on me répondait : « C’est impossible de tout savoir ». Je me demandais alors comment se faisait-il que cette dame sache tout sur tout. Mais puisque ma mère me l’avait dit, il n’était pas question de mettre en doute son affirmation. J’étais alors content et impressionné de rencontrer une dame qui détient une connaissance intégrale de tout, qui a réponse à toutes les questions imaginables sur les sciences, sur l’histoire, et sur toutes les autres matières. J’étais en admiration pour cette dame omnisciente.

Je suis si naïf que beaucoup en profitent pour me faire avaler les choses les plus insensées. Une fois, alors que j’ai sept ans, j’ai l’intention de me marier avec une petite fille de ma classe.

« — Quand on sera grand, tous les deux, on va se marier, hein ?
   — C’est pas nous qui choisissons, tu sais.
   — C’est qui ?
   — C’est le président de la République. Lui seul décide de qui se met avec qui. »

Je fus alors très attristé, car je pensais que Valéry Giscard D’Estaing n’aurait jamais l’idée de me marier avec cette petite fille, dont j’ai oublié le prénom. Un jour, je me suis montré très agressif envers cette fillette, j’ignore pour quelle raison. Tout ce dont je me souviens, c’est que sa mère était venue chez nous pour montrer à la mienne toutes les griffures que je lui avais infligées au visage. J’ai cessé d’être agressif dès huit ou neuf ans, mis à part une chaise lancée en pleine classe sur une fille qui s’était moquée de moi, vers l’âge de douze ou treize ans.

Lorsque, dans un supermarché, je vois pour la première fois une photocopieuse à l’œuvre, je m’exclame : « Pourquoi a-t-elle aussi copié les ratures ? » Je songe alors : « Cette machine a la capacité de copier de longs textes en un temps record, mais elle a la stupidité de copier aussi toutes les fautes ». En ce temps, je crois aussi que les personnages des dessins animés existent réellement. La plupart des enfants ont certainement la même croyance, mais on oublie facilement ces choses lorsqu’on prend de l’âge. Il me semble même reconnaître un décor de dessin animé dans le paysage perçu par une des fenêtres de la maison de mon arrière-grand-mère. L’enfant que je suis alors n’a aucune notion de la célébrité. Je ne vois pas le rapport entre le fait d’être connu et celui d’avoir beaucoup d’argent. Lorsque maman me dit que les chanteurs sont riches, je ne comprends pas.

« — Tu sais Daniel, Claude François gagne beaucoup d’argent.
   — Pourquoi ?
   — Parce que c’est un chanteur, et les chanteurs gagnent beaucoup, beaucoup d’argent. »

Je ne conçois pas pourquoi un chanteur gagne nettement plus d’argent qu’un plombier ou qu’un coiffeur, par exemple, alors que ces derniers ne fournissent certainement pas moins d’effort dans leur travail. On m’a toujours dit qu’il fallait beaucoup travailler pour être riche, et qu’en travaillant peu, on n’obtenait que peu d’argent. Mon esprit a toujours été très logique, peut-être trop, pour cette société où rien ne l’est.

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