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L’itinéraire d’un renonçant

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Un enfant comme tous les autres

Vers huit ans, je ne suis guère différent des autres enfants. J’ai de grandes ambitions ; je veux devenir l’homme-araignée afin de pouvoir m’accrocher au sommet des immeubles, l’homme invisible pour traverser tous les murs en me rendant sur tous les lieux qui me sont interdits, et l’homme qui valait trois milliards pour apprendre par cœur mes devoirs d’école en quelques secondes et neutraliser en un tour de main tous ceux qui m’embêtent, parce que les séances de judo ne suffisent pas. J’ai peur que la police me mette en prison si je ne suis pas sage. Manuel, un petit garçon me dit une fois que son père policier va m’emprisonner, sous prétexte que je l’ai embêté. Je cours alors me cacher derrière un muret, en fondant en larmes, effrayé de me retrouver en prison.

Je suis amoureux d’Élisa et ne manque jamais une occasion de me retrouver avec elle. Je crois que nos sentiments sont réciproques, même si nous n’en avons jamais franchement parlé, ni même joué au papa et à la maman. Quand nous allons au supermarché avec sa mère, notre jeu favori est de sauter sur la pointe des pieds d’un carreau à l’autre, toujours de la même couleur. Il ne faut pas marcher sur les autres, autrement nous sommes instantanément volatilisés par la lave.

La première fois que je crus mourir, c’était en chutant d’un arbre planté tout près d’un immeuble, sur lequel j’étais monté très haut, entre le premier et le second étage. J’avais la passion de grimper le plus haut possible sur les arbres. Ce jour-là, une branche casse, et je tombe jusqu’au sol, amorti toutefois par de nombreuses branches, le corps basculé d’un côté et de l’autre. Pendant cette chute, qui me paraît durer une éternité, j’ai droit, comme cela arrive dans ce type de situations, au défilement de toutes les images de ma vie, pensant alors être arrivé au terme de celle-ci. Je suis si surpris par cette expérience que je ne pleure pas, malgré mes nombreux bobos.

Après trois années passées à Lyon, nous partons nous installer, le 30 juin 1980, dans un village de la région grenobloise. Le motif du déménagement est encore la profession de papa, qui prend la direction d’un magasin de vêtements deux fois plus grand, au centre-ville de Grenoble. Quelques mois après notre arrivée dans cette campagne bordée par les Alpes, je fête mes dix ans. Autour de notre petite villa, nous avons un bout de terrain avec un noyer et deux cerisiers. Rapidement, ils n’ont plus de secret pour moi, tout comme les trous du haut mur de pierres qui nous sépare de la propriété des voisins.

Ayant parfois du mal à m’adapter aux exigences de notre société, je suis, comme beaucoup d’enfants, en conflit avec les autres, notamment avec papa et maman. Ces frictions sont souvent provoquées par le désordre continuel qui règne dans ma chambre. Naturellement, il s’agit d’un désordre organisé où chaque chose est à sa place, mais je suis le seul à le voir ainsi. Quand papa m’inflige une punition, telle qu’une privation de télévision ou d’inviter un copain, je m’efforce de masquer ou déplacer les choses susceptibles de présenter une apparence de désordre, et lorsque la bonne humeur réinvestit papa, ces choses reprennent peu à peu leur place.

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