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L’itinéraire d’un renonçant

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Des passions et des projets très divers

Dès mes dix ans, je m’adonnerai à de très nombreuses passions, sans jamais m’investir à long terme dans l’une d’entre elles, contrairement à ce que je pouvais m’imaginer chaque fois que je commençais à m’intéresser à quelque chose de nouveau. Aussi bien sur le plan des loisirs, que sur celui du sport ou du travail, je suis toujours resté très solitaire. De caractère plutôt asocial, je préfère m’amuser seul, faire du sport seul et travailler seul, même si paradoxalement, je recherche toujours la compagnie. Sans en avoir vraiment conscience, l’un des passe-temps que j’affectionne le plus est de me mettre dans un coin tranquille, à l’écart des autres, et de méditer de longues heures durant sur la merveilleuse et luxueuse existence que j’espère vivre une fois adulte.

Entre dix et vingt ans, mes loisirs préférés sont les jeux de réflexion, en particulier les Legos, pour lesquels je consacrerai une grande partie de mon temps de libre. J’adore cette idée de construire aussi bien des maisons, des voitures, des navettes spatiales ou des moteurs complexes à l’aide de quelques bouts de plastique. J’ai aussi un culte pour les jeux de société avec pions, dés et billets de banque. Je consacre d’ailleurs une grande partie de mon argent de poche en matériaux divers pour élaborer mes propres jeux de société. La maladie des collections ne m’épargne pas, elle non plus. Avant de créer des jeux, tous mes sous se sont métamorphosés en voitures des années 1930 au 1/43e et en timbres-poste, en particulier sur le thème des poissons. Plus tard, j’amasserai également d’autres bêtises, comme des anciennes pièces de monnaie, des sous-verre à bière en carton, et des mélangeurs en plastique. Une autre grande passion est le cinéma, qui débute surtout après mes quatorze ans, époque où nous déménageons à Grenoble, ville aux nombreux grands écrans. J’irai voir autant de films que mes moyens me le permettront. Quand j’ai un caméscope dans les mains, je tourne autant de courts-métrages que possible, dont « Rançon », réalisé en janvier 1990, dans lequel ma sœur est ravie par des malfaiteurs. Ceux-là exigent une rançon de cinquante-mille francs à son mari, joué par Ricky, mon meilleur ami du moment, qui paye la rançon à sa façon, dans un parking souterrain, sous une célèbre mélodie de Johann Strauss.

Sur la question du sport, mes choix sont aussi très solitaires. Les sports d’équipe ont toujours été ma hantise. N’étant pas du tout sportif de nature et incapable de comprendre correctement les règles de tels sports, je ne reste jamais longtemps sur le terrain. Je ne parviens pas à toucher la balle. Si par hasard cela arrive, je ne sais absolument pas quoi en faire, ce qui me vaut d’être catégoriquement rejeté par mes camarades. Comme les sports pratiqués à l’école et au collège sont systématiquement des sports d’équipe, je finis toujours les cours d’éducation sportive à cueillir des fleurs ou à observer l’organisation d’une fourmilière. Tant et si bien que, refusant de perdre inutilement du temps, je finis par prendre l’habitude de rentrer chez moi durant les cours d’éducation physique. Au terme du premier trimestre, notre professeur d’éducation physique, à qui l’on demande, parmi les autres professeurs, de mettre une annotation sur le carnet, écrira simplement : « Je ne connais pas cet élève ». Sur le plan sportif, je m’épanouis donc plutôt dans des disciplines solitaires telles que le ski, la plongée sous-marine ou le vélo.

Partir seul avec un masque et une paire de palmes pour aller toujours plus profond dans les eaux turquoise de la Méditerranée à la recherche d’oursins et d’étoiles de mer constituent de merveilleux souvenirs. Comme j’ai la chance de me retrouver chaque été de mon enfance, avec mes parents et ma sœur, dans la maison qu’ont encore à l’époque mes grands-parents, à seulement quelques centaines de mètres de la plage, j’assouvis à loisir tout l’amour que j’ai pour la mer. Sans savoir nager, je pratique déjà la plongée. Pour ce faire, après être descendu à quelques mètres de profondeur, papa m’attrape dès que je refais surface. Dès onze ou douze ans, je vais pêcher des oursins jusqu’à huit mètres de profondeur. Depuis ce temps, je rêve souvent que je respire sous l’eau. Cela est aussi agréable que de voler dans les airs. Quand les vacances d’été approchent, je m’entraîne déjà à l’apnée, en pleine classe. Une fois, je m’empêcherai de respirer pendant une longue durée. En reprenant ma respiration, je vois plein d’étoiles, et pour récupérer de ce record stupide, je me laisse glisser sous ma table, la tête posée sur la chaise, sous l’œil inquiet de ma voisine.

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Mes projets professionnels sont certainement les plus divers. Le tout premier grand projet professionnel que j’adopte est d’être un grand chef cuisinier possédant le plus grand restaurant du monde, si grand qu’on peut le voir depuis le hublot d’une fusée évoluant dans l’espace. Je dessine souvent mon futur restaurant, avec une gigantesque couronne dorée sur son toit. Les cuisines des restaurants me fascinent et cette idée de devenir un grand chef de la gastronomie restera très longtemps ancrée dans mon petit esprit. Quand je replonge dans ce souvenir aujourd’hui, j’ignore vraiment pourquoi j’ai développé une telle ambition, alors que je n’avais que sept ans et n’ai jamais su cuire le moindre œuf au plat avant l’âge de treize ans tout au moins.

Dès mon plus jeune âge, je consacre beaucoup de temps au dessin. À l’âge de dix ans et demi, je me lance dans la bande dessinée, en mettant en images, le 10 août 1981, mon petit singe en peluche Pouf. Le 6 septembre de la même année, je crée mon personnage principal, Froc, au pelage de la couleur du chocolat, toujours le sourire en coin, et la tête en forme de huit (resserrée au milieu). Le 2 juillet 1982, je lance mon propre journal : « Froc magazine », un petit livret en petit format, comportant deux douzaines de pages photocopiées de jeux, d’histoires à suivre, de recettes, etc. Alors âgé de seulement onze ans, malgré ma gigantesque timidité, je me fabrique un petit présentoir en carton et pars faire du porte à porte dans les quartiers voisins, en assenant à tous ceux qui m’ouvrent leur porte : « Bonjour monsieur (madame) ! Achetez le nouveau journal de Froc magazine pour huit francs seulement ! » Je parviens à en vendre suffisamment pour photocopier de nombreux exemplaires. Peu à peu, les numéros suivants deviendront plus épais et leur format s’agrandira. Hormis ce petit magazine, qui me vaudra un petit article sur le quotidien de la région, je commencerai de nombreuses bandes dessinées. Elles seront toutes laissées inachevées dès les premières pages, en raison d’une imagination fulgurante et de projets nouveaux qui détruisent systématiquement toute motivation de finir ce qui a été commencé.

Bien que ce goût pour les matières graphiques me restera longtemps et qu’il me poussera, à dix-huit ans, à préparer durant deux ans un BTS de graphiste maquettiste, j’aurais eu de nombreux autres projets professionnels. La géographie occupera aussi une grande place dans mes intérêts. Je réunirai une impressionnante collection de cartes au 25 000e, toute la France au 200 000e, et une carte du monde de deux mètres sur quatre qui couvrira tout le mur de ma chambre. Je rêve donc tout naturellement de devenir cartographe pour l’institut géographique national. Au jour où j’écris ces lignes, j’ai un niveau plutôt médiocre en anglais, car j’ai passé de nombreux cours d’anglais, de biologie, de maths, etc. à apprendre par cœur pour chaque pays du monde son emplacement et sa capitale. Ensuite, je me suis préoccupé de connaître l’emplacement, la préfecture et les sous-préfectures de chacun des cent départements du territoire français. D’autres passions et projets prendront le relais, comme la création de jeux de logique, de labyrinthes, de logos, la photographie, la magie, le métier de détective privé, la réalisation de films cinématographiques, ou le pilotage de Boeing 747, voire le souhait de devenir l’ingénieur qui créerait le modèle 777, aujourd’hui existant.

Depuis les Legos, je me suis intéressé à la construction de maisons. Quand je prétendrais vouloir devenir maçon, mon père me donnera une précision :

« — Un maçon ne fait qu’exécuter une tâche physiquement difficile où il ne décide rien. Le métier d’architecte est certainement beaucoup plus intéressant.
   — Archi quoi ? Ça veut dire quoi ?
   — Architecte. C’est celui qui fait les plans de la maison, il décide quelles formes elle aura. »

D’une minute à l’autre, je passerai alors de maçon à architecte. J’aurai pendant longtemps le projet de construire une grande maquette de la maison de mes rêves. Toutefois, je réfléchirai tant à chaque détail que je n’aurai jamais le temps de passer à l’ouvrage.

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