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L’itinéraire d’un renonçant

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La folie des grandeurs

Depuis toujours, j’ai pensé que l’existence était une drôle de chose, où nous ne pouvons jamais pleinement faire ce qui nous plaît, où toutes les bonnes choses sont interdites. Comment faire pour sortir de ce piège où pleuvent les désirs qui nous font avancer comme un âne devant lequel on a attaché une carotte et où nous n’aboutissons qu’à une succession de frustrations sans fin ? « Puisque tout le monde s’accommode de cela, c’est qu’il ne doit rien exister d’autre » me dis-je. C’est alors que je décide moi aussi, de faire avec, en tentant de bénéficier au maximum de choses agréables, tout en évitant au maximum les désagréments.

La période de mon existence qui commence à mon adolescence et qui s’étendra jusqu’à mes vingt-deux ou vingt-trois ans n’a rien de particulièrement intéressant. Il y sera question d’un investissement corps et âme dans un matérialisme pur et dur. Une grande partie de ce temps sera consacrée à la recherche de la satisfaction des plaisirs érotiques.

Pendant mon enfance, et jusqu’à la fin de mon adolescence, je resterai persuadé que je deviendrai milliardaire, que je conduirai une somptueuse Rolls-Royce de 1953, que je posséderai une immense maison pourvue d’une grande mezzanine avec des chambres et salles de bains pour les invités à l’étage, une vaste bibliothèque ornée d’épais tapis et de tapisseries anciennes, une salle de billard, une immense cage de verre avec des singes vivants dans un échantillon de forêt jungle, une belle cuisine dotée de nombreux espaces de travail et de luxueuses chambres pour mes enfants et notre couple, ainsi que des jacuzzis, une piscine intérieure et de nombreux autres délires d’un genre similaire. J’ignorais totalement comment je m’y prendrais pour parvenir à obtenir une telle richesse, mais une chose n’a jamais fait aucun doute : cela se passerait ainsi ! Je n’ai jamais voulu me poser la question du comment. Je m’en étais convaincu et cela me suffisait. Je n’avais qu’à être un dessinateur célèbre, un architecte célèbre ou un cinéaste célèbre et tout irait pour le mieux. Hormis ma Rolls-Royce et ma luxueuse demeure, j’ignorais totalement quel type d’existence j’allais vivre et quel chemin j’allais adopter. Je ne me posais pas ces questions à vrai dire. Je préférais me contenter de satisfaire au mieux mon existence à très court terme, quitte à évoluer dans du rêve.

En observant comment vivent la plupart des gens dans notre société, j’en éprouve une intense répulsion. Je constate que chacun se contente d’une existence misérable – au sens profond du terme, et non pas dans le sens physique –, totalement dépourvue d’intérêt, où aucun horizon ne s’ouvre sur quoi que soit. Travailler chaque jour dans un lieu où ne conviennent de manière satisfaisante, ni les chefs, ni le travail, ni les horaires, ni l’atmosphère ; s’alimenter de nourritures pas chères à base de produits chimiques sans goût ; perdre son argent dans des loisirs si mal organisés que l’on passe son temps à attendre et à rouspéter ; payer chaque mois des crédits pour des choses dont on ne profite déjà plus, car elles ont été endommagées ou délaissées ; se fatiguer avec des enfants jamais satisfaits de tout ce que l’on essaie de leur offrir malgré les innombrables difficultés de l’existence ; se pourrir la santé d’alcool et de nicotine ; s’enfermer le soir dans des lieux remplis de gens malsains et malhonnêtes, croyant n’avoir rien de mieux à faire ; passer son temps à courir à gauche et à droite pour tenter de régler des problèmes qui se multiplient avant d’avoir eu le temps de se résorber ; être continuellement accablés par des ennuis qui apparaissent avec le voisinage, quand ce n’est pas au sein de la famille ; taxes, impôts et amendes toujours plus nombreuses que les bonnes surprises ; vacances ratées ; etc. L’idée de vivre moi aussi dans des conditions aussi lamentables où le stress est continuellement présent, provoque en moi une forte mélancolie et une grande nausée.

Une chose est alors certaine : je ne suivrai pas cette voie-là. Là est probablement ma seule véritable conviction. N’importe quoi, mais pas ça !

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