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L’itinéraire d’un renonçant

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Une adolescence solitaire

Jusqu’à dix-neuf ans, je serai très esseulé. Adolescent, je ne cesserai de chercher la compagnie des autres, mais presque personne ne s’intéressera à moi autrement que pour m’opprimer. Terriblement mal à l’aise avec les autres et dépourvu de confiance en moi, je vivrai toutes ces années, comme ce fut déjà le cas pendant l’enfance, dans le monde que je m’invente. Très mal dans ma peau, je serai perçu comme un asocial, que ce soit à l’école ou ailleurs. Je tenterai pourtant avec zèle de me faire accepter dans un groupe ou un autre, mais cela finira toujours en conflit. Rejeté par tous, le jeune garçon que je suis devient renfermé sur lui-même, hyper sensible et développe de sérieux handicaps. Entre autres, une effroyable timidité, caractérisée par un grand manque de confiance en soi et une peur de ne jamais être à la hauteur avec les autres, ainsi qu’une incapacité à s’exprimer correctement, en bégayant notamment. Une forte nervosité n’arrange en rien les choses.

Chaque fois qu’il s’agit de faire un pas au sein de la société, c’est une aventure, pour ne pas dire un cauchemar. Le seul fait de devoir aller acheter du pain pour la famille me terrorise. Avant même d’entrer dans la boulangerie, je suis pétrifié de peur. On me regarde entrer, je sens le visage qui chauffe. Je ne parviens pas à me tenir debout tranquillement. Les jambes tremblent. Il y a trois personnes devant moi… maintenant plus que deux : ça va bientôt être à mon tour. Le cœur se met à battre encore plus vite et plus fort. Bon sang ! C’est au tour de la personne qui se trouve juste devant moi dans la queue. Dès qu’elle aura terminé, je devrais parler. En plus, il y a du monde derrière moi. Tous sont silencieux et vont m’écouter parler. Si je rate une phrase, cela sera la catastrophe. Répétons bien la phrase : « Bonjour Madame ! J’aimerai une flûte, s’il vous plaît. Bonjour Madame ! J’aimerais une flûte, s’il vous plaît. Bonjour… » Lorsque mon tour arrive, je me sens comme écrasé par les projecteurs d’un plateau de télévision, où l’on me demanderait de parler en direct d’un sujet que je ne connais absolument pas. Quand je sors de la chaude boulangerie, bien que détestant le froid plus que tout, je suis heureux de me retrouver sous la neige, tant je suis soulagé d’avoir accompli ma mission. Je peux alors enfin me détendre et laisser libre cours à mes pensées.

Le téléphone est un cauchemar du même ordre. Cela durera jusqu’à l’âge de vingt ans, pratiquement. Lorsqu’il s’agit d’appeler quelqu’un d’autre qu’un copain, le cœur fait l’effet d’une explosion à chaque battement et je souhaite très fort que personne ne décroche.

Je n’ai alors qu’un ou deux copains à la fois, des individus rejetés autant que moi des autres. La plupart du temps, je reste seul dans ma chambre, ou devant la télévision. En ce temps-là, j’entretiens une abondante vidéothèque en enregistrant des films de tous genres, ce qui me permet de m’évader facilement. Comme pour le sport, mes goûts musicaux ne sont pas les mêmes que les adolescents de mon âge. Je n’apprécie aucun chanteur moderne. Quand je suis tout seul dans l’appartement, je jubile en jouant les chefs d’orchestre à l’aide d’un crayon en guise de baguette, devant un vieux 33 tours craquant de la 9e symphonie de l’illustre Ludwig Van Beethoven.

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