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L’itinéraire d’un renonçant

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Rencontre avec la religion

Nous avons à peu près sept ans. Notre maîtresse nous emmène tous à l’église, où nous devons fermer les yeux, joindre les mains et rester en silence de nombreuses minutes dans l’obscurité du majestueux édifice. Je ne comprends ni la procédure ni le but de cet exercice. Certains élèves prennent la parole. Une petite fille dit : « La flamme de cette bougie, c’est Dieu qui nous parle. » J’essaie de saisir le sens de ses propos, mais n’y parviens pas. Je ne vois qu’une flamme et n’entends personne parler. Ces moments sont étranges, car chacun se comporte singulièrement différemment de ses habitudes. Chacun s’efforce d’être doux, calme et s’exprime dans un langage qui me semble très abstrait. De retour à la maison, lorsque je raconte cela à maman, elle sursaute et, comme si je lui avais parlé d’une maladie dangereuse, l’air effrayé, elle me dit : « Oublie tout ce que tu as entendu là-bas ; ce ne sont que des bêtises ! Je vais voir ta maîtresse pour qu’on ne t’y emmène plus jamais. » Quelque chose m’échappe : pourquoi notre maîtresse qui nous enseigne tout ce qu’il est juste et utile de savoir nous emmènerait-elle en un lieu où l’on apprendrait des bêtises ? Comme chacun le sait, papa et maman détiennent la vérité. Il n’est donc pas la peine de remettre en question leurs dires.

Beaucoup plus tard, à l’âge de seize ou dix-sept ans, où l’on sait remettre en question les dires de papa et maman, j’accepte une invitation de mes cousins à me rendre avec eux dans une communauté religieuse. J’étais essentiellement poussé par la curiosité. Ce sera une semaine très agréable, pendant laquelle je ne verrai pas de religion, ni de dieu. Je ne rencontrerai que des gens qui chantent en cœur des chants latins, qui demeurent dans leurs pensées, les yeux fermés, en silence, qui allument des bougies et qui effectuent des activités tout à fait ordinaires telles que manger, faire la vaisselle, discuter, etc. Chaque fois que je demande « où est Dieu ? », on me donne une réponse très abstraite. Je suis un peu déçu de ne jamais parvenir à Le rencontrer. Par exemple, certains me disent qu’Il est partout, mais qu’on ne peut pas Le voir.

Lorsque mon cousin Nathan m’indique que qui le veut peut entendre Dieu, je garde encore un espoir d’entrer en contact avec Lui. Il m’explique que tous les gens qui sont devant nous, en silence, immobiles, les yeux fermés, sont en train de communiquer avec Lui. Il m’expose alors la procédure : « Tu fermes les yeux, tu restes paisible, tu ouvres ton cœur et tu l’appelles par ta pensée. Si tu sais être attentif, tu distingueras une petite voix en toi. C’est Lui qui te parle ». J’ai beau suivre scrupuleusement ces instructions, je n’entends rien du tout. Cependant, j’ai tellement envie de faire comme les autres, de « faire partie du club », que je finis par me fabriquer inconsciemment des voix. Je trouve cette idée de « croire » plaisante, rassurante, et même fascinante. Alors, je décide de « croire ». Comme je ne trouverai rien de vraiment stable dans cette croyance, je l’abandonnerai assez rapidement. Très peu séduit par ce type de philosophie, je ne ferai pas l’effort d’aller chercher plus loin une voie à suivre au sein d’une religion monothéiste, ni dans une autre d’ailleurs. Lassé par ces croyances vides de pratique, où rien n’est palpable, où aucun véritable but n’est proposé, je ne prendrai même pas le temps d’étudier des textes dits être la source de l’une d’entre elles, sinon de manière superficielle. Dans ces croyances, beaucoup de choses me paraissent très insensées. Entre autres, je n’accepte pas cette idée d’un être suprême qui a créé tout ce qui se trouve en cet univers. S’Il a tout créé, qui l’a Lui-même créé ? On Le prétend parfait. J’imagine que personne ne pense que notre monde et nous-mêmes sommes parfaits. Comment celui qui est parfait peut-il créer de toutes pièces un monde imparfait et des êtres imparfaits ? Et comme je le dirais plus tard : « Pourquoi diable Dieu a-t-il créé l’enfer ? »

Ce qui me plaît, en revanche, dans ces religions, c’est l’accent qu’on met sur les notions de vertu, de bienveillance, d’aide au plus pauvre que soi. Néanmoins, la vertu n’est pas de la religion, la bienveillance n’en est pas plus. La vertu est juste de la vertu, la bienveillance est juste de la bienveillance. Faut-il être religieux – ou même croyant –, pour être vertueux ou bienveillant ?

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