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L’itinéraire d’un renonçant

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Vol de son propre zèle

Dès la fin du XXe siècle, le vol est une chose qui devient banale en France : « Vas-y ! Vole ça ! Sinon t’es un dégonflé ! » Quand on a envie de posséder plein de belles choses, qu’on ne bénéficie que de peu d’argent de poche, et que ses copains volent avec facilité et sans problème des stylos, des bandes dessinées ou du chocolat, on se dit un jour : « Pourquoi pas moi ? » Je n’aimais pas cette désagréable sensation de se sentir l’esprit entaché, souillé par la malhonnêteté, mais le désir de me procurer facilement des affaires fut plus fort. À quatorze ans, j’ai donc commencé à voler des petites choses dans les grands magasins, comme du matériel pour le dessin ou des gadgets divers tels que des petites fusées de feu d’artifice. On a beau être malhonnête, on n’aime pas l’admettre. Afin d’adoucir le mauvais état de ma conscience, je me répétais : « Cela ne fait presque pas de tort. Ces choses appartiennent à des grandes sociétés qui ne voient pas la différence. Jamais il ne me viendrait à l’idée de dérober un stylo dans la trousse d’un camarade de classe, comme on me l’a souvent fait. » Il m’est cependant arrivé de voler quelques sous à papa. À cette époque, il m’attribuait trente francs d’argent de poche hebdomadaire. Il pouvait arriver qu’il me les refuse, prétextant que je n’avais pas été « sage » pendant la semaine. Si j’estimais que cela était justifié, je ne disais rien. Une fois, je n’étais pas d’accord du tout. Comme je trouvais cela exagéré, je suis tout simplement allé me servir dans la poche de la veste qu’il laissait toujours traîner au dossier d’une chaise et qui était la plupart du temps remplie de billets et de pièces. J’ai juste pris ce que je considérais m’être dû : trente francs.

En volant dans les grands magasins, on m’attrapera trois fois. La première fois, nous sommes deux, les responsables nous font nettoyer à mains nues le quai de réception des marchandises encrassé de répugnantes ordures, en échange de leur silence, pour les stylos que nous avons pris. La seconde fois, nous sommes quatre et on se contente de nous faire restituer le chocolat que nous avons glissé sous nos blousons. La troisième fois, je suis seul. Lorsque deux vendeuses me surprennent, elles se battent comme des vautours affamés qui veulent me manger : « Non, il est pour moi, celui-là ! Laisse-le-moi ! » Ma mère doit venir me récupérer dans le bureau du directeur du centre commercial. J’en pleure de honte. Je cesserai alors le vol à l’étalage jusqu’à l’âge de vingt ans, où je me laisserai encore aller à ce genre de vice.

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