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L’itinéraire d’un renonçant

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Un climat invivable

Les mois qui suivront la période militaire seront très difficiles. Je trouverai un emploi dans un petit restaurant tenu par un couple, où le mari fait la cuisine et la femme se charge du service en salle. Pour ma part, je serai affecté à la plonge et à la préparation de divers aliments, dont la composition des salades. Les conditions de travail sont très dures et le salaire est au plus bas. Au terme de deux mois d’épuisement complet, je jette l’éponge et me heurte au pénible parcours de la recherche d’emploi. J’ai vingt et un ans et pratiquement encore aucune expérience professionnelle. En conséquence, les postes qui me sont proposés sont totalement inintéressants, physiquement éprouvants et sous-payés. L’obtention de postes qui sont passionnants et que j’estime correspondre à mes aptitudes exige un diplôme, donc des années d’études. Mes dispositions mentales ne se prêtent pas du tout à un tel type de parcours. Ainsi, en allant dans les agences fournisseuses d’emplois, je ne récolte que du découragement et beaucoup de désespoir quant à mon avenir.

Je commence alors à me douter que je ne mènerai pas une vie de milliardaire dans une somptueuse maison et que je ne conduirai pas une splendide Rolls-Royce des années 1950. En même temps, je sais que je ne mènerai pas une vie de rude labeur, à remplir une fonction que j’exècre, pour un salaire minable. Je préfère mourir plutôt que de vivre dans des conditions aussi misérables. Que vais-je donc faire ? Je n’en ai pas la moindre idée ! Le chemin se sépare en deux voies. L’une est beaucoup trop haute, l’autre est beaucoup trop caillouteuse. Je reste donc sur place, immobile au milieu du croisement. Comme je ne trouve rien de satisfaisant dans la société où je suis alors, je me crée tout un monde artificiel, plaisant et rassurant. Je m’y enferme autant que possible afin d’échapper à une existence où tout me paraît impitoyable et où personne ne semble me comprendre.

Cependant, rien ni personne n’accepte mon petit monde fait de pensées et de rêves. Je me laisse prendre dans un cercle vicieux. Plus les choses vont mal, plus je me réfugie dans mon monde et plus je m’y réfugie, plus les choses s’aggravent. De gros orages éclatent tous les jours à la maison. Papa a de plus en plus de mal à accepter sous son toit une personne qui n’exerce pas d’emploi et qui paraît ne pas fournir beaucoup d’effort pour en obtenir un. Incapable de résoudre le problème, il usera régulièrement de colère de sorte à rendre le climat du foyer invivable. Bien que sa violence soit rarement physique, elle m’est psychologiquement très douloureuse. Je ne songe qu’à quitter la maison, mais n’ai aucune idée d’où aller. Je continue d’éprouver les oppressions de papa. En attendant, j’ai un domicile, de la nourriture et de quoi alimenter mes rêves avec la télévision. Si on approche une flamme d’un bidon d’essence, il explose. Il en est de même avec mon père et moi. Il est l’essence et moi la flamme. Nos mentalités et nos motivations sont si opposées qu’une bonne entente entre nous n’est qu’utopie. Le matin quand il part à son magasin, il me tire du lit. Il le fait sans douceur, mais pas avant de quitter la maison, car il veut prendre son petit déjeuner et se préparer sans avoir à me croiser. Le soir, il est rare qu’il prenne son repas dans la même pièce que moi.

Le mois de mars 1992 est particulièrement douloureux. Il n’y a plus de place pour le rêve. Papa est de plus en plus violent, il hurle de plus en plus souvent. Un soir, il me tourmente longuement et avec une brutalité accrue. Je ne parviens pas à apaiser mes sanglots. Je suis plus perturbé que jamais, en tout cas assez pour refuser de vivre plus longtemps dans de telles conditions. Je décide le soir même de partir pour la Suisse, auprès de ma tante, dans un premier temps. Quand papa prend connaissance de mon projet, il me rit au nez : « Tu es incapable de trouver du travail ici, tu t’imagines que là-bas, tu vas trouver un emploi, plus de quoi te loger ? Tu rêves ! » Cette phrase narquoise me fait prendre la forte détermination de trouver travail et logement au plus vite, une fois arrivé en Suisse.

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