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L’itinéraire d’un renonçant

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Un monde aussi gai que gai

Ce vendredi, je décide d’entrer en contact avec le milieu gai. Bien qu’étant complètement hétérosexuel, je souhaite faire la connaissance d’homosexuels dans l’espoir qu’on m’aide à trouver un emploi facile dans le genre dont Ricky faisait mention. Pour ce faire, j’envisage de me rendre dans une discothèque gaie avec ma plus belle tenue ; une chemise blanche, une belle veste bleu marine, les cheveux proprement attachés. Je me réjouis de découvrir le monde nocturne parisien. Devant l’entrée de la discothèque brillante de paillettes, j’ai du mal à croire les paroles qui me sont adressées :

« — Vous pouvez me présenter votre carte ?
   — Mais… les trois personnes qui viennent d’entrer n’en avaient pas.
   — Désolée, vous n’entrez pas. Au revoir. »

Vexé, je me dirige vers un autre club de clientèle similaire, où, cette fois, je suis accepté. Placé au cœur de la piste de danse, je me contente de danser sur le rythme régulier des basses et des cymbales synthétiques des morceaux diffusés. Un homme s’approche de moi en m’adressant des petits clins d’œil, il a entre quarante et cinquante ans. Prenant à peine le temps de m’offrir une vodka orange, il n’attend pas pour se coller à moi. Déterminé à jouer le jeu jusqu’au bout, je me laisse embrasser. Je suis particulièrement dégoûté par cette grosse langue pâteuse, ce menton piquant et cette haleine fétide. À tel point que je me demande comment les femmes peuvent apprécier de telles horreurs ! La vodka m’aide à faire passer cette mauvaise sensation. Cet homme, qui ne cesse plus de m’offrir son sourire, se nomme Claude. Quand il me demande mon prénom, je lui donne un pseudonyme, comme pour m’aider à mettre de la distance entre ce que je suis et le rôle que je joue. Au terme de la soirée, Claude m’invite chez lui : j’ai réussi ma mission. Je n’ai pas l’impression d’être un simple profiteur, car ma présence lui procure une immense joie. Il me fera connaître les lieux gais les plus en vogue de la capitale. J’y découvre un monde de fête intense, de bonne humeur constante. Si j’éprouve un frisson de répulsion lorsqu’un garçon glisse sa main sur moi, je suis en revanche très séduit par la merveilleuse ambiance qui règne dans ces soirées. Quelle que soit leur classe sociale, tous ces hommes savent, la nuit venue, oublier la misère de leur existence quotidienne d’une façon remarquable. Chaque soir, les déguisements les plus extravagants, les tenues les plus osées, les spectacles – professionnels ou improvisés – les plus fous, les danses les plus chaudes, les chants les plus vivants et les rires les plus gais sont de mise. Ces lieux sont de tous les styles, des bars feutrés les plus sobres jusqu’à des discothèques aux ambiances chaudes où sont diffusés sur grand écran des extraits de films pornographiques montrant des sodomies entre hommes en très gros plan.

Malchanceux avec les filles, je n’en reviens pas d’être autant courtisé. Le sentiment d’être désiré m’est si agréable que je prends un plaisir particulier à séduire. J’ai parfois l’impression d’être dans la peau d’une femme et comprends ainsi ce que l’une d’entre elles peut ressentir lorsqu’elle est désirée. Bien que me permettant de bénéficier de quelques consommations, mon jeu de séduction ne va jamais très loin, car je ne supporte pas l’idée de prendre quelqu’un pour un imbécile ; j’ai mal pour lui, comme si je me faisais souffrir directement. Je reste donc toujours vigilant à respecter ceux qui m’aident ou qui m’offrent un verre. Ces personnes sont si gentilles et attentionnées à mon égard que je finirai presque par me persuader d’avoir en moi une part d’homosexualité, comme cela avait été le cas pour mon auto conviction monothéiste lors de mon séjour dans la communauté religieuse. Cette inclination à l’auto persuasion est moins due à l’influence du milieu dans lequel je me trouve qu’à un souhait de m’imprégner pleinement, voire intensément, de l’idéologie ou de la mentalité qui caractérise ce milieu.

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Pour mieux me fondre dans les environnements dans lesquels je navigue, je serai souvent amené à me déguiser. Soucieux d’entretenir une apparence à la hauteur des endroits que je fréquente alors, je me procure une chemise moulante à fermeture éclair, un gilet de cuir, et me fais percer trois trous à l’oreille droite. À présent, je suis le bienvenu dans le célèbre et fameux club qui me refusa l’entrée la première fois.

J’ai conscience que ce type d’existence n’est pas celui auquel j’aspire et que cela ne durera pas, mais pour le moment, je n’ai pas d’autre endroit où aller. Tant que je trouve des fruits sur l’arbre, je n’éprouve pas le besoin d’en chercher un autre.

Claude est amoureux d’un autre garçon qui refuse de vivre sous le même toit que lui. Il apprécie toutefois beaucoup ma compagnie, et il est adorable avec moi. Comme je veux lui faire plaisir, je le laisse me caresser le dos avec sa main râpeuse et poilue, bien que cela me répugne. Je le sens frémir de plaisir et je suis heureux pour lui. Il ne me cache pas qu’il est marié et a des enfants. D’ailleurs, à la fin du mois de juillet, il doit les retrouver pour partir en vacances avec eux. Je profite de cette occasion pour aller rendre visite à mes parents, que je n’ai pas revus depuis plusieurs mois.

Comme tous les gamins de vingt-deux ans, j’ai des caprices divers, tels que des accessoires vestimentaires, qui bien sûr, ne sont pas gratuits. Pour les réaliser, il faut que je me résigne à un travail, n’importe lequel et au plus vite. Après un bref séjour à Grenoble, je parviens à me faire réembaucher à Yverdon-les-Bains, dans le même pub ! On m’offre de loger dans une chambre située au-dessus de l’établissement. Je vide mon porte-monnaie de ses toiles d’araignées et retrouve non sans une profonde joie les sensations des soirées techno de la région.

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