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L’itinéraire d’un renonçant

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Seconde déchéance au même endroit

Qui l’aurait cru ? Je finirai par expérimenter une seconde déchéance, un an plus tard, dans la même petite ville vaudoise, en me faisant licencier du même établissement ! Cela montre combien l’on peut persister sur une mauvaise voie, même après y avoir essuyé une grosse défaite.

En ce temps-là, je ne fais pas grand-chose de mes dix doigts, sinon servir des bières, des cafés, et rouler des joints. Comme pour leur donner une certaine importance, je leur mets une bague à chacun. Ces parures futiles sont plus larges et d’un style plus excentrique les unes que les autres, et comme si cela ne suffisait pas, un collier indonésien viendra m’orner le cou.

Je vis tranquillement ma petite vie de barman et de raver, lorsqu’un jour, monsieur Cressot, le gérant du pub, disparaît. On apprendra ensuite qu’il subissait de fortes pressions de la part du « gros patron » – gros dans les deux sens du terme – et qu’il n’avait pas le courage d’annoncer sa démission. Le « gros patron » me fait appeler dans son bureau. Il me fixe de ses yeux gris et durs comme l’acier :

« — Dites-moi où s’en est allé monsieur Cressot !
   — Je n’en sais rien, Monsieur.
   — …
   — Je vous assure, je ne sais absolument pas.
   — Je sais très bien que vous savez exactement où il se trouve ! »

Comme suite à ce monologue de sourd, le gros méchant loup me met le jour même à la porte de la chambre que j’occupais au-dessus du pub, et m’invite lourdement à démissionner. Comme la loi interdit de me congédier avant le terme d’un mois supplémentaire, je resterai encore tout le mois de septembre à travailler dans son pub. Durant ce mois, mon souci sera de savoir où dormir. Les premiers jours, une jeune fille me loge chez elle, en me précisant qu’« entre jeunes, rien n’est plus naturel que de se dépanner. » La moindre des choses que je lui dois est de respecter sa tranquillité. Ainsi, je n’essaie même pas de la toucher, bien que nous dormions dans le même lit. Une semaine après, elle me met à la porte dès qu’elle me voit flirter avec une fille. Elle aura tout de même la gentillesse de me laisser la clef de sa cave, car les parents de l’autre fille ne veulent pas héberger « quelqu’un qui est à la rue ». Même en compagnie de monsieur Cannabis, il fait trop froid pour dormir dans cette cave.

Je parviendrai à me laisser enfermer deux ou trois nuits dans la cave du pub, où la température est meilleure. Je ne trouve rien à redire de cette chambre improvisée. Bien que quelques cartons vides ne constituent pas le plus confortable des matelas, j’ai à ma disposition tous les alcools du bar, les meilleurs jus de fruits, du lait à volonté, du cacao à gogo, des cartons entiers de crème à café, et bien d’autres choses. En servant mes clients, qui sont pour la plupart les jeunes habitués du coin, je me renseigne pour trouver de quoi dormir au chaud. Les plus gentils sont ceux qui n’ont pas les moyens de m’aider, les autres trouvent toujours une bonne excuse de ne pas le faire. Je suis déçu de constater que tout le monde n’est pas aussi accueillant que je pouvais l’être quand j’avais encore mon appartement. Deux ou trois personnes finissent par m’héberger, mais seulement pour une nuit chacune. Une fois de plus, je suis complètement délaissé. Tout contribue à me dire que je n’ai vraiment plus rien à faire ici. Finalement, je rencontre Constantino, qui m’accueille dans sa ferme, à 6 kilomètres de la ville. Son humour de bon vivant me redonne un peu de joie de vivre. Il me propose un investissement intéressant : une belle quantité de cocaïne pour quatre cents francs (environ deux cent soixante euros). Je consens sans discuter à cette offre alléchante. Constantino ne reviendra pas, les quatre cents francs non plus, et la « coco » encore moins. Je ne fais que subir ce que j’ai causé. Sous prétexte que le pub appartenait à un gros méchant riche intraitable avec ses employés, j’y ai dérobé des doseurs, des verres, des cendriers, des kilogrammes de cacao en poudre et des cartons de crème à café en petits pots. Comme ces vols finiront par être découverts, je ne pourrai retourner dans les lieux où se trouvent les personnes qui me connaissent sans une certaine honte et un certain malaise. Je comprendrai alors les ennuis causés par de telles actions, à commencer par une réputation indésirable pour soi et une conséquence désagréable pour la victime, à la place de qui l’on pourrait être un jour. Sur ce plan, je veux rester clair.

Je commence à prendre conscience de l’importance de l’honnêteté en toutes situations. Désormais, je ne pratiquerai plus jamais le vol d’objets, hormis dans une situation particulière, deux mois plus tard… Il m’arrivera néanmoins d’emprunter des bus et des trains sans payer, estimant – à tort évidemment – qu’une personne sans argent doit bien se débrouiller comme elle peut pour voyager à l’aide de tels transports, et que cela ne cause de perte à personne.

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