Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Accueil dhammadana.org ; lien direct vers le début du texte
Vous êtes ici : accueil > livres > l’itinéraire d’un renonçant > la vie serait-elle une énigme à résoudre ?

L’itinéraire d’un renonçant

<- retour

La vie serait-elle une énigme à résoudre ?

Le 6 novembre 1993, je suis au rendez-vous, tout comme les D.J. et les sons de leurs disques, pour lesquels, en partie, j’ai trouvé une raison de vivre. J’achète une demi-douzaine de buvards au vendeur qui se trouve sous les escaliers métalliques. À l’aide d’une bonne gorgée d’eau, je propulse l’un d’eux dans mon estomac et cache les autres dans la doublure d’un paquet de cigarettes. Je le glisse dans ma veste, que je confie au vestiaire. Me voilà tranquille pour la soirée. Pour la première fois, je prête attention au processus de montée et de descente du LSD. Je remarque alors que le schéma de ce processus est semblable à tous les trip, avec des durées de phases et des intensités proportionnelles à la dose absorbée. Durant la montée, je constate que quelque chose semble se mettre en place. Cela ressemble à une espèce de préparation chimique durant laquelle on se sent quelque peu déstabilisé, chamboulé, anxieux, voire mal à l’aise. C’est comme un ascenseur qui monte une très haute tour avec une vitesse vertigineuse ; l’organisme doit s’habituer progressivement à la nouvelle altitude. Pour laisser cette « préparation » s’opérer au mieux, je considère que la meilleure attitude à adopter est de demeurer immobile, en laissant l’esprit neutre face à tout ce qui peut se passer. Afin que se déroule sans gêne cette phase préliminaire, où l’énergie est au plus bas et les perceptions embrouillées, je m’assieds dans un coin où je risque le moins d’être bousculé. Il n’y a plus qu’à attendre que monsieur LSD s’installe convenablement dans ses appartements.

Le seul fait de demeurer immobile sans occuper ses pensées à quelque chose en particulier permet naturellement d’être très conscient de ce qui se passe autour de soi. Le trip se développe alors en conséquence, dévoilant une dimension supplémentaire, infiniment plus profonde que celle des sensations et des hallucinations. Cette vigilance me permet d’avoir une vision incroyablement profonde sur tout ce qui m’environne. Grâce à une vision panoramique, mon regard est partout à la fois, bien que les yeux restent fixes. Je vois avec une netteté impressionnante les déplacements de chaque danseur, de chaque barman et de chaque membre de la sécurité. Je perçois tout ce qui se passe avec une acuité extraordinaire. Malheureusement, je ne connais pas encore l’intérêt du développement de la concentration ; je ne soupçonne même pas que ce type d’entraînement existe. Je ne tarde donc pas à me lever pour parcourir les lieux à la chasse aux hallucinations. J’ai toutefois – probablement pour la première fois de mon existence – le pressentiment très fort qu’« il existe quelque chose derrière tout ça », quelque chose qui soit une compréhension intégrale sur tout le mystère de l’existence, comme si la vie n’était qu’un gigantesque jeu dont il fallait résoudre l’énigme. Si cela devait être le cas, le moyen d’y parvenir, en tout cas, m’échappait totalement. De ce fait et pour l’heure, je n’avais rien à faire d’autre que continuer à satisfaire mes désirs d’halluciné. Toutefois, des clichés d’ordre spirituel – provenant de contes de fées ou de bandes dessinées – défilent dans ma tête, exacerbés par toutes les images et symboles mystiques qui envahissent la décoration et les affiches des soirées techno, telles qu’un yogi en lévitation, un œil dans une pyramide, une divinité aux mille bras…

Faute de pouvoir trouver une hypothétique clef de la perfection, de la solution à tous les problèmes de la vie, je décide de partir en quête d’expériences d’ordre paranormal. Dans la relative tranquillité des toilettes, assis en tailleur sur la cuvette fermée des w.-c., je m’entraîne à la lévitation. Je ferme les yeux et tente de m’élever en douceur dans le vide, par simple persuasion. Rien ne se passe. Je décide alors de réduire la barre à un centimètre. Quelques échecs plus tard, peu convaincu par l’efficacité de la méthode, je quitte les toilettes pour me plonger dans les subtiles sensations offertes par les effets du LSD, telles qu’une appréciation multidimensionnelle du son et une fluidité tellement précise dans mes propres mouvements à travers les éléments que j’ai la conviction de maîtriser ces derniers.

Je suis persuadé de faire des découvertes de plus en plus profondes. Le fait est que je ne fais rien d’autre que courir après des expériences pleines de sensations physiques ou mentales.

haut de page

suite ->