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L’itinéraire d’un renonçant

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L’éveil sous LSD

Le 9 janvier 1994, je suis à Lyon et tout va pour le mieux : je suis dans une soirée techno, en compagnie de monsieur LSD, c’est mon anniversaire et, cerise sur le gâteau, j’atteins l’éveil !

Jérôme, un jeune ami, est avec moi. Nous pénétrons dans une discothèque au cœur de Lyon où, à l’aide de leurs talents de mélangeurs de sons, des D.J. connus de la région font vibrer d’allégresse tous les raver qui s’y sont donné rendez-vous. J’avale un buvard et souris quand Jérôme me demande : « Quel goût ça a ? » Assis dans un coin sombre de la salle, j’attends tranquillement la mise en place adéquate du trip. Jérôme sympathise et reste avec un groupe de jeunes avec qui il restera jusqu’à la fin de la soirée ; ainsi, je serai tranquille pour mon voyage au pays des grands états d’esprit. Après un extrême affaiblissement et une série de bâillements excessifs, me voilà maître de la situation, retrouvant non sans un intense plaisir la pureté des sensations et la lucidité propres à ce type d’expériences. Curieusement, je n’ai pas la moindre hallucination. Les couleurs sont ultra vives, les personnages caricaturés, et les visions schématisées. Cependant, il n’y a pas d’hallucination à proprement dit ; les surfaces ne sont pas couvertes de petits motifs qui tournent ou qui bougent, les objets ne changent pas de forme, et il n’y a pas d’apparition visuelle là où il n’y a rien. Désormais, je n’aurais plus jamais d’hallucinations visuelles, quelle que soit la dose ingérée, et quel que soit mon souhait. De toute manière, Philippe avait bien raison : ça ne sert à rien du tout d’halluciner ! Une étape a été franchie ; d’autres portes peuvent s’ouvrir…

Venant de découvrir la prétendue recette de l’éveil, j’ai bien naturellement le réflexe d’adopter la posture du lotus et d’entamer une séance de méditation. Bien que tout soit permis dans ces soirées, certains paraissent cependant très intrigués en voyant dans quelle posture je me tiens. De toute façon, il n’y a plus de place dans ma tête pour me préoccuper de ce que chacun peut penser. Je me contente de rayonner de bienveillance envers tous les êtres qui m’entourent, ce qui provoque en moi une indescriptible sensation de quiétude. Empli d’une intense compassion, je tente de me vider de toute pensée. Néanmoins, aussi pures soient-elles, celles-ci trouvent toujours un moyen de s’imposer. Je glisse alors inévitablement dans un flot de réflexions qui véhiculent de grands états de satisfaction et qui me paraissent d’une subtilité vertigineuse. Il me semble comprendre de manière expérimentale et parfaite tous les concepts qui m’ont été donnés de lire dans le seul ouvrage qui trône sur mon chevet. Il me revient alors un concept clef dont traite le livre, c’est celui du « juste milieu ». Aussitôt que je perçois cet équilibre, ce juste dosage, où rien n’est forcé, dans un sens comme dans l’autre, c’est une impression de perfection absolue qui apparaît brusquement, tel un déclic. Dès cet instant, tout est parfaitement à sa place, je n’éprouve pas le moindre inconfort, ni même la moindre démangeaison. Je suis au cœur de l’univers et rien ni personne ne peut me déranger. Tous les éléments tournent autour de moi comme les planètes autour du soleil. J’ai la sensation de pouvoir palper les causes et effets des situations comme on assemblerait des dominos. Je perçois les choses avec une telle clarté que je ne laisse aucune place au doute. Je suis convaincu de vivre l’expérience de la perfection. Plus ce type d’état est élevé, plus les effets se lient instantanément aux causes. À ce niveau-là, je ne perçois ni causes ni effets, c’est comme si mon esprit flottait au milieu de l’univers.

Quand l’expérience est ainsi poussée à un si haut degré, il n’est plus possible d’avoir des relations avec les autres, ou en tout cas pas de la même manière qu’eux. Je suis plongé dans une dimension tellement subtile que celle du « commun des mortels » me devient inaccessible. Elle me paraît en tout cas si inintéressante que je ne m’en préoccupe même pas. Je vis là une expérience où tout est si équilibré, et où le confort mental est si sublime et si léger, que non seulement je ne veux d’aucune sensation supplémentaire, aussi merveilleuse soit-elle, mais je souhaite que cette expérience dure indéfiniment. Et c’est précisément là que réside le problème : j’éprouve de l’attachement pour cette expérience. J’ai le désir de la voir durer, mais naturellement, elle ne dure pas, et des sensations moins plaisantes reprennent peu à peu place. Cette expérience a donc – encore et toujours – la nature de l’insatisfaction, de la souffrance.

Au moment où je vis cette expérience, je suis si aveuglé par mon attachement que je ne vois que la sensation de compréhension parfaite engendrée par la pureté de cet instant. Même quand cet instant est terminé, j’y repense avec un tel désir que je ne réalise même pas qu’il n’est rien d’autre qu’un état conditionné. De ce fait, je développe la conviction d’avoir atteint l’éveil ! Les jours suivants, il m’arrive de me fâcher, d’avoir peur, d’éprouver de la frustration, mais je me prends pour un être réalisé !

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