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L’itinéraire d’un renonçant

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La plus parfaite sensation de paix

En juillet 1994, je fais la connaissance de Julien, qui me vend dix buvards de LSD. Le soir même, il m’invite dans la petite maison qu’il partage avec son amie, complètement perdue au milieu des champs. J’aurai alors l’occasion de me rendre compte que ses « bouts de papier » sont très fortement dosés. Un de ces trip a au moins la puissance de trois. J’en « goûte » un et attends qu’il s’installe tranquillement en moi. Comme à mon habitude durant cette phase, je reste assis, sans bouger. Je suis collé à mon fauteuil comme dans un avion en phase de décollage. Quand j’explique (préalablement) à mes hôtes que durant la montée, je demeure immobile et qu’aucune communication n’est envisageable durant un assez long moment, ils sont très surpris. Leur buvard à peine « croqué », ils commencent à danser. Ils m’expliqueront ensuite qu’ils le gardent sous la langue, pour une montée quasi instantanée, ce qui provoque une extase des plus intenses. L’inconvénient est que le trip ne dure qu’une demi-heure et surtout, l’acide esquinte impitoyablement les dents ; Julien me montrera les impressionnants dégâts causés dans sa mâchoire. En l’avalant tout de suite, les dégâts se font dans l’estomac ; c’est moins visible, mais tout aussi nuisible pour la santé. Malheureusement, l’attachement aux expériences a plus de poids que les mises en garde les plus effrayantes.

Ce soir-là, dans cette petite maison isolée dans la campagne des Hautes-Alpes, je prendrai part à un véritable échantillon de soirée techno. Éclairé par d’énergétiques stroboscopes, enveloppé dans un puissant nuage de décibels de basses et d’aigus au rythme merveilleusement binaire, j’ai véritablement l’impression d’être au sein d’une immense rave, durant un instant où mon attention se fixe sur deux danseurs. L’impression est terriblement extraordinaire. Julien et son amie incarnent le couple de raver le plus parfait qui soit. Leurs mouvements saccadés et ondulés se marient exquisément avec le son. Je resterai longtemps assis, savourant les délicieuses sensations sonores qui m’envahissent corps et âme. Soudainement, je me retrouve de nouveau au cœur de l’univers. Je revis alors ce sentiment de sécurité qui n’a jamais été aussi parfait que dans ce type d’expériences. Momentanément, il n’y a plus de poussière devant mes yeux ; c’est en tout cas mon impression. Je sais plus que jamais qu’il n’y a aucun souci à se faire, tant qu’on essaie de suivre le bon chemin, celui de la vertu, de l’honnêteté, de la purification de l’esprit de toutes ses habitudes nocives et malsaines. Cela n’est pas qu’une impression, car je l’expérimente aussi de manière palpable lorsque monsieur LSD n’est pas là. Quand il est là, ce type de faits prend un aspect phénoménalement schématique.

Peu après, toujours calé dans mon fauteuil, je ne sens toujours pas mon corps, tant le confort est parfait. Je suis envahi par une agréable sensation de sérénité. Là, apparaît une sorte de vision mélangée à la pensée : un endroit parfaitement calme, dans la nature. Il y a un imposant visage taillé dans la roche. Ses traits évoquent la plus parfaite quiétude. De sa bouche, coule de l’eau, le plus paisiblement du monde. Il n’y a plus de son, à part un souffle lent, grave et régulier qui semble exprimer plus de tranquillité que le silence lui-même. Là, je ressens la plus extraordinaire et la plus intense sensation de paix que je n’ai alors jamais éprouvée. Il est absolument impossible d’imaginer cela. Cet instant de paix est court mais me marque profondément. Ce jour-là, je ne réalise pas qu’il ne s’agit là que d’une sensation parmi tant d’autres, qui plus est, conditionnée. De ce fait, je me fixe comme but de retrouver cette sensation, sans l’aide de monsieur LSD, et de manière durable.

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