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L’itinéraire d’un renonçant

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Le piège des symboles

Je croise une jolie vendeuse de Macadams qui se nomme Victoria, comme ma sœur. Au terme de cinq minutes de discussion, elle m’invite à partager son lit dans le squat qu’elle habite, afin de m’alléger les frais de l’hôtel où je dors chaque nuit. En tant qu’honnête homme qui se respecte, je prends sa proposition au mot, en dormant à ses côtés, sans la toucher, ni même la regarder. Ce qui m’a immédiatement plu chez cette fille, est un petit bouddha en pendentif qu’elle porte autour du cou. Je me suis alors dit : « Elle ne peut qu’être une bonne personne. » En arrivant au squat, elle me sermonne, précisant à maintes reprises qu’il ne faut surtout pas consommer de drogues dans ce squat, ni en posséder, ni y entrer sous l’effet d’une drogue, car ici, on ne veut pas d’histoires. Pour la rassurer, je lui dis bien qu’il n’y a rien à craindre de ce côté-là avec moi, et que j’irai ailleurs les rares fois où je voudrai fumer un joint. Il est l’heure de dormir, elle éteint la lumière.

Au milieu de la nuit, je suis réveillé par un bruit de briquet tout près de mes oreilles. Je crois deviner qu’elle tente d’allumer une bougie, mais lorsque j’entends un petit bruit d’aspiration et que mon nez reconnaît une odeur très particulière déjà flairée deux années auparavant, je sais qu’il ne s’agit pas d’une bougie. Je me retourne et vois Victoria en train de fumer une belle quantité d’opium. Tandis que je la regarde d’un air blasé, elle me chuchote, l’air terriblement embarrassé : « Je croyais que tu dormais. Jure-moi que tu ne le diras à personne ! Ici, personne ne le sait. Ce n’est pas tout le temps, mais des fois, je ne peux pas m’en passer. Ça reste entre nous, hein ? »

J’apprendrai aussi qu’elle touche à la poudre, et constaterai qu’elle est la cause d’un nombre inimaginable de conflits dans ce squat, où les occupants sont pourtant d’une gentillesse exemplaire. Il me faudra néanmoins trois jours avant de comprendre que Victoria est une fille pourvue de tous les vices, ne s’intéressant qu’à elle. Je reprendrai donc sans attendre ma valise pour aller retrouver la tranquillité de ma petite chambre d’hôtel. En resongeant au petit bouddha qu’elle porte, je souris de ma bêtise et prends alors conscience du piège que représentent les symboles. Malgré tout, je me laisserai encore avoir par le puissant vice des symboles, qui plus est, encore par des petits bouddhas !

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