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L’itinéraire d’un renonçant

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Un cocktail explosif, mais sans alcool

À l’arrivée du mois de décembre, les ventes deviennent excellentes, grâce à l’approche des fêtes de fin d’année. Le climat est froid, mais l’ambiance des rues est si chaleureuse qu’on arrive à l’oublier. Les vendeurs de journaux se voient offrir des petits cadeaux par leurs acheteurs, comme des boîtes de chocolats ou des écharpes. Noël est bientôt là, avec toutes ses guirlandes, ses joies du palais, et ses odeurs de sapins, bien que beaucoup soient synthétiques.

Le 21 décembre 1994, un groupe de lycéens m’invite à boire un chocolat chaud. Parmi eux, il y a Irène, dont je sens le regard me fixer intensément et avec insistance. Elle n’est pas belle, mais son sourire est si rayonnant qu’il lui confère un charme plaisant. En sortant de la brasserie, elle m’aide à vendre mes derniers journaux, tandis que les autres lycéens rentrent chez eux. Ensuite, nous allons dans ma chambre, dans l’hôtel le moins cher de Lausanne, afin de faire profondément connaissance. La simplicité du lieu offre un grand changement à Irène, elle qui est réceptionniste dans l’unique palace du centre-ville, l’hôtel le plus cher de Lausanne. Nous nous retrouvons tous les jours, comme deux lapins avides d’assouvir leurs désirs amoureux.

Dans l’hôtel où je vis alors, je loue une chambre plus grande, avec deux lits, une cuisine et une salle d’eau, afin d’accueillir Paul qui me rejoint. Je le présente à Carmen, qui l’intègre dans l’équipe des vendeurs du Macadam. Irène, lui et moi, formons un véritable cocktail explosif. Chaque soir, après le travail, nous nous abandonnons sans retenue au monde de la fête, en riant de tout et de tous, parfois en ville, parfois dans notre chambre. Dans un cas comme dans l’autre, l’alcool coule à flot. Nous utilisons les cadavres de nos bouteilles comme des bougeoirs. De ce fait, notre chambre ressemble plus au temple d’une secte mystique qu’à une chambre d’hôtel. Avec nos orgies de vin et de Champagne, nous sommes loin de mes petites soirées tisane en solitaire.

Paul et moi, avons bien conscience des inconvénients innombrables de l’alcool. Nous ruinons notre santé autant que le porte-monnaie pour quelques sensations minables, à l’aide d’une substance qui nous écarte franchement de la voie de la vertu. Nous trouvons cela tellement idiot que nous nous résolvons à nous prendre en mains. L’alcool est la pire de toutes les drogues, car elle est la seule dont on peut mourir de manque ! Malheureusement, il est légal. Irène, quant à elle, ne veut pas faire le choix de nous suivre dans cette sage résolution.

C’est ainsi qu’un jour, nous achetons une dernière bouteille de vin. Pour finir en beauté, nous avons cassé la tirelire pour un Gevrey-Chambertin de 1978, que nous savourons lampée après lampée. Depuis, nous n’aurons plus jamais bu une seule goutte d’alcool. Cela ne nous empêchera pas de jouer à nouveau les cocktails explosifs partout où nous irons. L’avantage est que nous aurons l’esprit beaucoup plus clair.

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