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L’itinéraire d’un renonçant

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L’oppression n’est pas la bonne voie

J’attends debout, immobile. Le jour se lève lentement, je balaye du regard tous les raver qui sortent, espérant que les Lucernois soient toujours là. Bien que le trip soit encore très présent, je reprends peu à peu mes repères, j’arrive à me concentrer sur des pensées, sans perdre de vue ce qui se passe autour de moi.

La nuit que je viens de passer m’a tant tourmenté que je n’éprouve aucune joie quand je reconnais la tête des petits Lucernois et que l’un d’eux s’empresse d’aller me chercher ma veste pour me la remettre. La merveilleuse sensation qui survient lorsque j’enfile ma veste et mon bonnet noir annonce la fin du cauchemar. Bien évidemment, le vigile n’est plus là pendant le seul moment où j’aurais aimé le voir devant moi ; pour lui montrer que ma veste n’était pas un mensonge.

Un bad trip est une expérience désagréable purement psychologique. Le cauchemar que je viens de vivre n’en est donc pas un, car il a été provoqué par une succession de situations éprouvantes réelles, certes intensifiées de façon terrible par l’effet du LSD.

J’ai perdu mon sourire. Je ne le retrouverai que deux heures plus tard, en arrivant à Lucerne, qui pour beaucoup est la plus charmante ville de Suisse. Ce matin, est tombée la première neige de l’année. Le manteau blanc qui recouvre la campagne environnante montre, avec le lac et les montagnes adjacentes, l’un des paysages les plus idylliques qui m’ont été offerts de voir. L’un des deux Lucernois m’invite à dormir chez ses parents. Après avoir pris un bon repos de quelques heures, nous reprenons le train. Lorsque nous arrivons à la gare, nous n’avons ni à attendre, ni à courir : nous montons dans le dernier wagon juste après que le train ait déjà commencé d’avancer, mais juste avant que les portes ne se soient fermées. Nous retournons à Zurich. Lui pour une nouvelle soirée, moi pour reprendre le train sur Lausanne. Le trip n’est pas encore complètement redescendu. En entendant les douces cymbales transcendantes et berçantes provoquées par le jeu des roues du train sur les rails, je me réjouis de pouvoir écouter les disques achetés la veille. Effectivement, voilà bien longtemps que je n’ai plus eu le loisir d’apprécier tranquillement de la techno.

En repensant à cette tragique soirée, je comprends qu’en bloquant ma respiration pendant la montée du trip, j’ai tiré une manette que je n’aurais jamais dû tirer. Les événements se sont succédé en fonction de mon erreur, sans que je ne puisse maîtriser ni empêcher quoi que ce soit. Sans cette faute, le seul fait d’aller me mettre debout devant les platines pendant un manque de vigilance des vigiles ne m’aurait sans doute jamais conduit à éprouver toutes ces conséquences. Le fait de s’opprimer ne peut qu’engendrer de fâcheuses conséquences, car en agissant ainsi, on administre volontairement de la souffrance à quelqu’un, même si ce quelqu’un est soi-même.

Ce n’est que bien des années plus tard que j’apprendrai que Bouddha, cet être dont on dit qu’il est parvenu par lui-même à découvrir la voie qui mène à la Paix, avait bloqué sa respiration jusqu’à l’évanouissement. En ce temps, il cherchait encore la voie de la « libération », en expérimentant des pratiques aussi diverses que douloureuses. Il a clairement précisé dans ses enseignements, que la voie de l’oppression n’est pas la voie juste, qu’elle ne cause que de la souffrance et entretient l’ignorance.

Plusieurs années après seulement, en guise de clin d’œil, je fais un rapprochement entre cette déplorable soirée et les buvards que j’y ai avalé. Sur les buvards sont habituellement représentées des petites images. Il s’agit parfois de symboles mystiques, parfois de personnages de dessins animés, etc. Ceux du 1er janvier 1995 étaient des « Daffy Duck », le célèbre canard noir à qui il arrive constamment des malheurs.

Malheureusement, on conserve plus facilement en mémoire les expériences plaisantes que les expériences pénibles, ce qui nous pousse à recommencer.

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