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L’itinéraire d’un renonçant

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Un bébé pour susciter de l’attachement

Irène et moi sommes un couple très libre. Je refuse de lui appartenir et les choses sont claires depuis le jour de notre rencontre. Chaque fois que nous avons des discussions à ce propos, je lui rappelle également mon intention de partir pour l’Asie dans le but de m’investir pleinement dans la méditation. Hélas, croyant à un caprice passager de ma part, elle n’accorde pas beaucoup de crédit à mon projet. Au lieu de cela, elle développe toujours plus d’attachement à mon égard, refusant toute idée de séparation.

Un jour, elle me demande de lui donner un bébé. Je lui rappelle alors mes projets et lui indique que la vie de père de famille n’est ni dans mes souhaits, ni dans mes aptitudes. C’est même la dernière chose à laquelle j’aspire ; à mes yeux, cela n’est qu’un emprisonnement de plus. Il est donc hors de question de se lancer dans une telle aventure. Depuis ce jour, elle ne cesse cependant plus d’insister :

« — Pourquoi tu ne veux pas ? Tu ne m’aimes pas, c’est ça ?
   — Je te rappelle qu’il existe également d’autres garçons que moi et qu’ils sont même très nombreux.
   — Mais c’est avec toi que je veux un bébé.
   — Je ne sais plus comment te le dire… D’ici un an ou deux, je ne serai plus là !
   — Ça ne fait rien, j’ai toujours rêvé d’avoir un bébé et de vivre toute seule avec !
   — Si tu es vraiment sérieuse, je t’en donne un tout de suite ; c’est facile et pas cher ! »

À la suite de moult conversations de ce type, une fois que je me suis assuré qu’Irène était sûre de ce qu’elle voulait, nous avons arrêté tout moyen de contraception. L’ennui est qu’elle a fait ce choix dans l’espoir que l’arrivée d’un bébé me fasse radicalement changer d’avis. Si un bébé devait arriver, et qu’elle ne veuille pas l’élever sans moi, ce serait donc à elle d’assumer son erreur.

Une fois, en plaisantant, nous parlons « d’aller voir ailleurs ». Comme elle m’encourage vivement à tenter une aventure avec une blonde bien galbée qui me courtise, je n’hésite pas même si elle n’est pas mon genre. Après coup, je me rends compte qu’elle le prend plutôt mal. Je lui confie que j’étais plutôt très déçu de cette expérience et lui demande pourquoi elle m’a elle-même incité à faire une chose qui la contrarie. Un grand sourire anime soudainement son visage. Elle m’en avoue la raison :

« — C’est exactement ce que je voulais : que tu te rendes compte que je ne suis pas si mal que ça. Je suis trop contente que ça ne t’ait pas plu.
   — C’est vrai. Elle est comme une belle pomme, mais complètement fade et pourrie à l’intérieur. Tandis que toi, tu es comme une pomme cabossée, mais délicieuse à l’intérieur. »

Je voulais lui faire un gentil compliment, mais elle ne semble pas du tout l’apprécier. Comme la plupart des humains, elle s’attache trop à l’apparence physique, ce qui bien entendu, n’apporte que de la souffrance.

Ressentant malgré tout un certain désir de vengeance, Irène fait la même chose avec un jeune garçon. Je suis ravi pour elle, et cela ne semble pas lui plaire. On dirait qu’elle cherche à tout faire pour me rendre jaloux, et elle ne comprend pas que je n’ai aucune raison de l’être. Elle sombre dans la colère et une scène de ménage finit par éclater entre nous. Elle part vivre chez son nouveau petit ami, et nous ne nous voyons plus.

Un jour, alors que je vends mes journaux, Irène vient à ma rencontre. Nous ne nous sommes plus aperçus depuis des semaines. Elle affiche un air très gentil et me déclare, sur un ton très timide :

« — Il faut que je te dise un truc.
   — Je t’écoute.
   — Je suis enceinte.
   — C’est super !
   — Ça ne t’embête pas ?
   — C’est ce que tu voulais non ? Je suis content pour toi ! Nous avons tout fait pour ça l’été passé, c’est donc normal qu’il y ait un bébé dans ton ventre maintenant, non ? »

Le soir même, Irène revient habiter à Saint-Prex.

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