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L’itinéraire d’un renonçant

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Du calvaire à l’extase

Ce jour-là, je craque. Pendant les entrevues de méditation, je me plains auprès de l’instructeur : « Voilà plus d’un mois que je suis ici, que je m’efforce de mon mieux à chaque instant, et rien ne se passe, pas le moindre signe de progrès en vue. » Mes états d’âme déclenchent un grand sourire sur le visage de mon vieil ami le moine Samādhi, qui se transmet sur les visages des moines Satipatthāna et Jātaka, en même temps que la traduction. Une fois la réponse de l’instructeur passée du birman à l’anglais, le moine Samādhi me la transmet en français : « Il dit que tu ne t’en rends pas compte, mais tu as déjà acquis une très grande concentration. » Je ne saurais dire pourquoi, mais cette phrase ne sonne pas comme un encouragement ; je sens que je peux le croire bien que je ne « vois rien ». Ce qui est certain, c’est que ma concentration ne produit aucun effet perceptible, mais plus pour longtemps…

À peine suis-je sorti de l’entrevue, dès les premiers pas sur la petite montée qui conduit à ma chambre, une violente bouffée d’extase m’envahit de part en part. Tout se fait tout seul, sans que le moindre effort ne soit nécessaire. C’est un peu comme si c’est le fait d’observer le mouvement des pas qui les génère. Outre une indescriptible sensation de légèreté, une très forte lucidité me permet de porter mon attention sur tous les phénomènes avec une incroyable précision. Ces effets sont les mêmes que sous LSD, sauf que pendant les expériences faites à l’aide de cette substance, j’étais inévitablement plongé dans une salade de concepts qui me voilait totalement la réalité. En tout cas, n’ayant auparavant jamais éprouvé ce type de sensations autrement qu’après avoir absorbé des buvards ou des champignons, j’ai du mal à réaliser que j’en suis arrivé là uniquement à l’aide de la méditation. Cela m’apparaît si incroyable que je prends même le temps de me demander ce qu’il y avait eu dans le repas de midi, comme si quelqu’un pouvait s’amuser à insérer des substances hallucinogènes dans les plats servis aux méditants. En arrivant dans ma chambre, je m’assois en semi-lotus sur mon lit, et aussitôt que je ferme les yeux, je suis complètement plongé dans la vision directe, l’attention en parfaite phase avec tous les phénomènes qui composent le mouvement abdominal. Maintenant, les heures défilent à toute allure. Chaque événement du quotidien arrive juste à point, en parfaite coïncidence avec mes pensées. À l’instant où mes yeux se posent sur l’horloge, celle-ci indique l’heure pile, à la seconde même où je prends place dans la file, le tambour se fait entendre, quand je pense qu’un jus de fruits serait bienvenu, la porte s’ouvre et quelqu’un m’en offre un. Si les sensations de légèreté ne sont pas toujours présentes, l’attention est toujours de mise.

Lors de l’entrevue suivante, je fais part de mes expériences extatiques comme si cela était la seule chose qui comptait à mes yeux. L’instructeur me fait rapidement redescendre sur terre : « Tout ça ne sont que des effets de la concentration. Ce n’est pas du tout ce qu’on cherche dans la vision directe, faites bien attention ! Ces expériences sont un piège dans lequel on tombe trop facilement, parce qu’elles sont tellement plaisantes que dès qu’on relâche l’attention quelques instants, on s’y attache complètement. De ce fait, on stagne. Vous devez redoubler de vigilance et observer soigneusement toutes ces sensations et toutes les réflexions susceptibles d’apparaître, sans les suivre. » Fort de cette mise en garde, je demeure très prudent et me contente d’observer tout ce qui se passe, en ne dérapant presque plus dans un piège ou un dans un autre. Plus rien ne me perturbe dans mon entraînement, sinon quelques désirs et quelques peurs…

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