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L’itinéraire d’un renonçant

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Plus tenace que son ombre : le désir

Comme toujours, lors de chacun de mes déplacements, les yeux demeurent fixés vers le bas. Bien que cela aide considérablement à maintenir son attention, cela ne barre pour autant pas la route à tous les obstacles. Le désir trouve toujours le moyen de s’infiltrer quelque part et de pourrir le mental. Seule une vigilance complète et constante est en mesure de l’épargner d’un tel poison. C’est comme une moustiquaire ; il suffit d’un seul petit trou pour que l’on soit dévoré par les moustiques toute la nuit.

Lorsque des gens viennent faire un don au centre, ils se tiennent juste devant la procession des méditants qui entre en file dans la vaste salle à manger. Ainsi, ils sont tout près, pouvant marquer leur respect en toute liberté. Un jour, en passant ainsi lentement devant une rangée de donateurs, je suis en proie à une puissante pulsion lubrique. Mon regard rencontre seulement les pieds nus d’une jeune fille, mais mon mental reconstitue instantanément le corps dans son entier. Si mon attention était sans faille, je n’aurais vu rien d’autre que deux morceaux de chair. Réussissant son « coup d’état », le désir s’est accaparé le plein pouvoir. Il a propulsé la pensée d’une paire de chevilles bien dessinées – aux yeux d’un mâle de la même espèce –, vers celle d’un corps nu et sans défaut de femme qui ne demande qu’à s’offrir sexuellement. Heureusement, ma concentration est suffisamment développée pour que l’attention reprenne vite le dessus. Pendant le repas, les yeux ont beau rester plantés dans l’assiette, le désir trouve une autre issue : c’est maintenant à travers des chuchotements de jeunes femmes que le mental élabore des pensées enclines à générer les excitations lubriques les plus effrénées. Prend ainsi place un dur combat entre l’attachement et le détachement aux sensations charnelles.

Dans ces phases où les pulsions sexuelles, décuplées par la concentration, envahissent le mental comme un feu dans une forêt d’arbres secs, n’importe quoi peut évoquer les plaisirs du sexe. Une simple paire de sandales féminines, une robe de nonne qui sèche au soleil ou un caillou aux formes à peine évocatrices sont autant d’objets en mesure de façonner dans la tête des formes délicieusement arrondies de femmes. De là, naissent toutes sortes de pensées qui se figent sur les plaisantes sensations qu’il est possible d’éprouver au contact de la douceur de leur peau, de la mollesse de leur chair, de la chaleur de leur corps, et naturellement, de la pénétration sexuelle. Une fois, pour ne pas céder à la masturbation, qui saccagerait complètement la concentration et la pureté mentale déjà acquises, il me faut serrer les dents et empoigner les barreaux de ma moustiquaire en les serrant fort en attendant que cela s’apaise. Quand ces pulsions deviennent plus faibles, je parviens plus facilement à les observer aussitôt qu’elles commencent à se former. Connues pour ce qu’elles sont réellement, c’est-à-dire des concepts enrobés de désir, elles cessent de m’importuner dès l’instant suivant.

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