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L’itinéraire d’un renonçant

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Lentement, mais sûrement

Un centre d’hébergement pour sans-logis m’accueille en m’offrant un vrai lit pour deux belles nuits réparatrices. On me donne une feuille qui répertorie quelques adresses de lieux aidant les SDF, telles qu’une cantine gratuite pour les pauvres où seule une participation à la vaisselle est demandée, et un centre médical où un médecin consulte et soigne gratuitement, mais seulement le mercredi matin. Si le hasard existait, ce serait un dieu très habile, car c’est précisément demain !

Au jour nouveau, en boîtant encore un peu, je pars donc voir le jeune médecin, que ses collègues grondent sévèrement de m’avoir fait attendre si longtemps, lorsqu’il arrive en toute hâte, presque une heure en retard. Cela m’aura néanmoins laissé le temps de méditer un peu et de me faire servir un thé. Il me laisse une feuille signée et tamponnée que j’échange dans une pharmacie contre un remède conçu pour combattre le « rhume des foins ». Il est si efficace que ses effets sont immédiats, et que plus jamais cette année là, je ne serai en proie à ce fléau. Après un excellent repas pris à la cantine, je savoure tranquillement un jour de repos consacré à visiter la ville de l’auteur de « Le tour du monde en quatre-vingts jours » (cependant né à Nantes) et sa majestueuse cathédrale, le plus vaste édifice médiéval de France. Devant le bureau de poste principal, je mendie un timbre-poste pour raconter mon parcours à Irène. Il m’aura été facile de trouver du papier et un stylo au centre d’hébergement et de demander une enveloppe au médecin.

« — Bonjour, excusez-moi, est-ce que j’ose vous demander un timbre ?
   — Si vous me demandez un timbre, je vous donne un timbre ! Non, je rigole. Tenez, voilà cinq francs !
   — Si ça ne vous fait rien, j’aurais préféré un timbre, je vois que vous en avez. Il y a une si longue file d’attente à la poste…
   — Ah mais c’est sérieux ? Vous voulez vraiment un timbre ? »

Le mensonge est devenu si naturel dans notre société que tout est toujours interprété de travers. Les choses seraient si simples si nous étions tous honnêtes.

Cette journée de repos me redonne la motivation de poursuivre au moins jusqu’à Paris. Dès le lendemain, je ne me fixe plus de limite, me contentant d’aller à mon rythme ; lentement, mais sûrement, comme on dit. Grâce à l’entraînement des premiers jours, je parviens maintenant à dévorer plus facilement et plus rapidement les kilomètres.

Comme j’ai tout mon temps pour méditer, je ne m’en prive pas. Les assises sont rares, plutôt limitées à l’heure qui précède le sommeil, si toutefois je ne tombe pas avant comme une mouche. Du matin au soir, c’est donc surtout la méditation de marche que je développe, et par conséquent une excellente énergie qui me fait me sentir de mieux en mieux et à l’aise en toute situation. Si la concentration reste assez moyenne, elle n’est pas si mauvaise, car je demeure malgré tout très attentif à mes pas.

Après le département de la Somme, je traverse celui de l’Oise. Je passe par Beauvais, où je ne stoppe que pour prendre le repas de midi et entrer un instant dans la cathédrale. Cette charmante ville était trop loin pour constituer l’étape de la veille et trop proche pour constituer celle de ce soir. Comme il est généralement plus facile de trouver où dormir dans les villes que dans les villages, j’essaie dans la mesure du possible de faire des plus grandes localités les étapes de nuit.

Il y aurait largement de quoi écrire un livre entier sur cette longue randonnée, mais là n’est pas l’intérêt de celui-ci. Nous allons donc nous concentrer sur les aspects qui se rapportent plus au renoncement et aux avantages qui lui sont inhérents.

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