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L’itinéraire d’un renonçant

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Alcool obligatoire

Non loin de franchir le huit centième kilomètre, je parviens à la moitié de mon parcours, au cœur de la France. Je passe la nuit à Montluçon, dans un très sympathique petit centre d’hébergement pour SDF, où je me régale d’un succulent repas en mangeant comme un ogre. Pour la seule fois de tout le voyage, j’ai l’occasion de faire tourner mon pantalon dans une machine à laver. Après une journée de cinquante kilomètres de marche, j’arrive le soir sur Clermont-Ferrand. Les pieds et les jambes en compote, souhaitant faire une pause et me procurer un peu de nourriture dans une association distribuant vivres et produits d’hygiène aux pauvres, je décide d’y rester deux nuits. Sur tout mon parcours, c’est la seconde et dernière fois que je prends une journée sans faire d’étape.

À Issoire, celui qui semble être le curé d’une magnifique petite chapelle datant du XIIe siècle me donne une pièce de cinq francs, en précisant : « Tenez, parce que vous ne m’avez rien demandé ». Je l’avais seulement interrogé sur un lieu où passer la nuit. Hormis l’individu qui me donna trente francs près de Paris, c’est la route qui m’a donné le plus d’argent. Il m’est arrivé deux fois, au beau milieu d’une route de campagne, de trouver une pièce de dix francs, et plusieurs fois des petites pièces. Outre de l’argent, la route m’a donné toutes sortes de choses utiles : un bon petit couteau de cuisine qui m’a bien servi dans la préparation de mes sandwichs, et de la nourriture, comme du pain de mie, des biscuits, des chips, etc.

Je parcours l’Auvergne sur des petits chemins qui sont un enchantement pour les randonneurs. À Saint-Flour, joliment perché sur son rocher, je me retrouve dans une petite maison, seul avec un monsieur usé par l’existence, chargé d’héberger les sans-logis de passage. Il paraît aussi étonné que déçu lorsque je refuse de goûter la bouteille de rouge qu’il semble avoir ouvert en mon occasion. Après Saint-Flour, j’arrive dans le non moins charmant village d’Aigues-Mortes, caractéristique par ses toits en ardoises, et connu pour ses sources d’eau chaude. Je prends place dans une petite église. Soudain, un ravissement envahit mes oreilles. Pour une répétition, on joue à l’orgue de belles partitions. L’association caritative du coin m’offre un repas dans une modeste brasserie. Un verre de vin est inclus dans le menu, mais il est impossible de le changer contre une autre boisson même moins chère, comme une limonade ou un sirop ; c’est ça ou rien. Alors ce sera rien, ou plutôt de l’eau, qui heureusement, est incluse.

Pendant ce voyage, il arrive quelques fois qu’on m’invite à prendre un verre. Quand je précise que je ne veux pas d’alcool, on insiste, comme si l’on fut persuadé que je plaisantai. Chaque fois, c’est à contrecœur qu’on me commande une boisson non alcoolisée, comme s’il s’agissait d’un pur gaspillage d’argent. Une fois, je fais bien comprendre à quelqu’un qui semble avoir le porte-feuille plein que mon ventre est vide et que je souffre de faim, mais tout ce qu’il veut m’offrir, c’est un verre de blanc. Si dans une cantine pour sans-ressources, il est servi du baba au rhum, il est hors de question de jouer aux difficiles, prétendant qu’on ne consomme pas d’alcool. Alors, on se prive de dessert. Dans certains pays, il sera bientôt interdit de ne pas boire d’alcool.

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