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L’itinéraire d’un renonçant

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Arrivée dans le Sud

Laissant le Cantal derrière moi, je pénètre dans le département de l’Aveyron. Une fois encore, je suis complètement arrosé quand je parviens au terme de mon parcours journalier. Un jeune curé m’accueille admirablement, il me donne une chambre pour la nuit, dont la porte donne sur la ruelle centrale du village. Pendant qu’une partie de mes vêtements sèche, je partage le dîner avec mon hôte, son assistant et un joyeux groupe de lycéens qui s’apprête à rejoindre le pape à Paris. Le lendemain matin, l’ecclésiastique m’offre le petit-déjeuner dans son appartement, où il me propose de prendre une douche. M’ayant indiqué le départ de la G.R., il me fait cadeau d’un parapluie, que je refuse poliment, craignant qu’il m’embarrasse plus qu’autre chose. Voilà un homme digne, me dis-je, plus enclin à aider son prochain qu’à pondre de beaux sermons.

La couleur de la terre devient un peu plus rouge. L’accent des voix commence à sentir de plus en plus le soleil. Le concert des cigales berce mes nuits. Dans ma marche, je développe une belle concentration dont les effets me donnent de puissantes bouffées d’extase et une lucidité très aiguisée. À présent, me voici à Rodez. Je me sens si bien qu’aussitôt qu’un lit m’est attribué dans le petit centre d’hébergement qui m’accueille, je m’y installe pour méditer. Quand arrive le matin, je médite encore un peu en attendant le petit-déjeuner. Je mange le meilleur pain de ma vie, et lorsque je m’apprête à partir, quelqu’un insiste pour m’en mettre un entier dans le sac, avec du miel cristallisé (également le meilleur de ma vie) pour la suite du voyage. En deux jours, j’effectue à travers le relief caillouteux du Levézou les huitante (quatre-vingts) kilomètres qui séparent Rodez de Millau. À mi-chemin, je passe la nuit dans des vieux pneus entreposés dans la cour d’une école, tandis qu’à Millau, je suis reçu dans une maison pour SDF, perchée au bord du Tarn. Ici, on me donne encore des vivres, de quoi remplir mon sac.

Au jour suivant, je grimpe la falaise qui fait face à Millau, et arrive alors sur le vaste et mystérieux plateau du Larzac. Je bois d’un trait les deux litres de lait entier qui pèsent dans mon dos et ma marche folle ne cesse plus avant onze heures le soir, en dehors d’une petite demi-heure pour casser la croûte. Je passe la nuit dans la modeste demeure d’une petite famille. La maman m’invite, l’enfant me cède son lit. Le lendemain, le papa me prépare le repas matinal, en me racontant avec nostalgie le temps où ils vécurent en Afrique.

Comme ma carte n’indique plus de G.R., je continue sur le bitume. Quand je vois ces galets de carrosserie anonymes et sans âme qui, de nos jours, glissent sur la route aussi vite que l’éclair, je me projette un siècle en arrière, songeant qu’on avait tout le loisir de saluer les gens qui passaient en diligence et d’observer leurs tenues, ainsi que les expressions de chaque visage.

Sans tarder, j’entre dans Béziers, où je ne trouve ni nourriture ni logement. En dépit d’une grande fatigue – en raison d’une nuit blanche pour cause d’absence d’abri –, je continue vers la mer. Sur le bord de la route, des pêches et des brugnons succulents m’adressent des clins d’œil.

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