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L’itinéraire d’un renonçant

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Au long de la côte

Quand je distingue au loin, la ligne bleue de la Méditerranée qui se colle sous l’horizon, mes yeux se brouillent d’émotion. Je réalise à peine que je viens de relier à pied la mer du Nord à celle du Sud. Cela m’aura pris à peu près un mois. Il reste encore beaucoup d’étapes jusqu’à la « pointe sud » du pays, mais en voilà déjà une belle. Je prends mon repas sur la plage de Valras, au milieu des vacanciers. En allant aux toilettes, j’enfile mon maillot de bain. Ensuite, comme celui qui, ayant traversé le désert, trouve l’oasis qu’il espérait tant, je me laisse couler dans l’eau verte et salée, avec un plaisir tranquille mais intense. Un instant, j’ai l’impression d’être en vacances à la mer. D’ailleurs, que signifie « être en vacances » ? Après ce bain bien mérité, je pars en prospection d’un abri. Je cherche jusqu’à tard dans la nuit, en vain. Je devrai me satisfaire d’une cabine téléphonique. Avoir le téléphone dans sa chambre, c’est un luxe pour un SDF ! Un peu comme ce jour où l’employée d’une mairie m’a ouvert le vestiaire d’une salle de sport. J’ai bénéficié, cette nuit-là, d’une « chambre » avec une dizaine de douches !

Quelques jours après, je me trouve à Narbonne, où je rencontre un jeune fumeur de haschich. Il me reçoit dans sa petite bastide, mais pas sans avoir fait un tour à la foire qui anime la ville. Lassé et ennuyé des ambiances festives, j’attends patiemment que mon compagnon daigne bien vouloir rentrer à la maison. Le lendemain, j’emprunte un mauvais chemin, qui se transforme vite en dangereux rochers, en bord de mer. J’essaie de me hâter autant que possible, car la nuit arrive à grands pas. Alors que je manque fréquemment et de justesse de déraper pour me fracasser contre les rochers situés dix mètres en dessous de moi, je suis sur le point de paniquer. Je serais trop frustré de mourir sans être parvenu à la pleine sagesse. Lorsque cette course contre la mort finit enfin, il fait nuit noire. Je saute de haut sur une petite plage, où je fais sursauter un gardien équipé d’un émetteur-récepteur portatif et d’une puissante lampe de poche. Alors qu’il se demande avec surprise d’où j’ai bien pu débarquer, encore sous le choc de ma mésaventure, je lui demande le chemin qui rejoint le dessus de la falaise. À peine arrivé en haut, épuisé comme une bête traquée par la mort, je suis accueilli par la gigantesque explosion colorée d’un feu d’artifice. Nous sommes le 14 juillet. À peine arrivé dans Leucate, le bouquet final prend fin. Je croise des milliers de personnes dans leurs voitures qui vont se coucher au chaud, tandis que je vais me coucher au froid.

Les jours qui suivent, la route m’éloigne quelque peu de la mer, pour m’entraîner dans une garrigue à l’état brut. Là, pendant trois jours consécutifs, je me nourris exclusivement de fruits offerts par les arbres sauvages : d’énormes figues divinement juteuses et sucrées, des mûres, des pommes acides… Un jour, j’aperçois tant de mûres que je me mets à remplir un sac en plastique pour faire des confitures une fois de retour à Lausanne. Tout seul, je me mets à rire : « Je traverse juste la France à pied, et comme je passais par-là, tant qu’à faire, hop ! un peu de confiture ! »

En bord de mer, les pauvres ne sont pas les bienvenus. Quand on est sans le sou, il est presque impossible d’y trouver un abri. À Le Cannet, je tends le pouce sur la départementale qui rejoint Perpignan. La première voiture qui passe s’arrête. Le conducteur se rendant précisément dans un centre d’hébergement pour démunis, je pouvais difficilement mieux tomber. Le lendemain, je me fais déposer au même endroit que la veille, et poursuis ma route sous un soleil de plomb. Bientôt, j’arrive à Argelès-sur-Mer, où je passe une nuit très confortable sur le sable de la plage, à l’abri des intempéries, sous une barque retournée. Au lever du jour, je fais mes adieux à la mer et me dirige droit vers les Pyrénées.

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