Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Accueil dhammadana.org ; lien direct vers le début du texte
Vous êtes ici : accueil > livres > l’itinéraire d’un renonçant > au bout de la france

L’itinéraire d’un renonçant

<- retour

Au bout de la France

Rapidement, j’arrive à Lamanère, où un panneau précise : « la commune la plus au sud de France ». Après une nuit de trois heures dans une cabine téléphonique, dès quatre heures le matin, j’attaque la dernière étape, qui s’avère la plus difficile de toutes. D’après la carte, le point le plus au sud du pays est le Mont Nègre (dont je n’ai plus souvenir de l’altitude). Outre la raideur de la pente, l’inconvénient réside dans le sentier. Il ne cesse de se diviser en d’innombrables petits chemins sans issue ou stoppe net, en pleine nature. Dans de telles conditions, la navigation à travers l’épaisse forêt pentue est aussi aléatoire que de gouverner un navire sans boussole ni sextant. Par endroits, la forêt est impénétrable. Il me faut donc effectuer un long détour, parfois très long, pour éviter les nombreux ravins qui bordent cette montagne. Je l’apprendrai plus tard, il n’est pas rare que des randonneurs qui s’aventurent par ici soient portés disparus.

Brusquement, je glisse et roule une dizaine de mètres sur une pente trop raide pour espérer s’arrêter. En cet instant, je n’ai qu’une pensée : « Ravin ou pas ? Pourvu que je ne glisse pas dans un ravin ! C’est trop bête de finir comme ça ! » Je heurte quelques arbustes morts qui craquent à mon passage, et un autre, un peu plus robuste, qui parvient à faire entrave à ma périlleuse roulade. Effrayé, avec une prudence de Caméléon, je continue ma grimpée sur cette montagne hostile. Sans le moindre repère, je tente de monter autant que possible, espérant tomber sur une crête praticable. Après de longs et pénibles efforts, je parviens en haut, en tombant pile en face d’un rocher plat. Ce n’est qu’après une exploration dans les deux sens que je réalise que le rocher se situe au plus haut de la crête. Le but est parfois moins loin qu’on ne le croit.

Je suis donc parvenu au terme de mon voyage, après près de mille cinq cent cinquante kilomètres parcourus en quarante et un jours, soit une moyenne quotidienne de trente-sept kilomètres. Sans tenir compte des deux journées de repos (à Amiens et à Clermont-Ferrand), cela revient à près de quarante kilomètres par jour. L’étape la plus courte devait à peine dépasser les vingt kilomètres. La plus longue totalise les soixante kilomètres, il s’agit de la dernière, en comptant la descente, qui s’achèvera à onze heures le soir.

Je m’assieds sur le rocher, en posture de méditation, la France dans mon dos. En face de moi, la vue est presque irréelle : ce qu’on voit de l’Espagne est recouvert d’une mer de nuages, seule la France émerge. Elle semble se finir là, et tout avec ; après, il n’y a plus rien. Ici est le bout de la France. Ma première pensée est : « Voilà, t’as traversé la France à pied. Et après ? » Outre la vanité de pouvoir se dire « je l’ai fait », il n’en résulte pas moins une excellente expérience à bien des niveaux, dont le but, finalement, était la traversée elle-même.

haut de page

suite ->