Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Accueil dhammadana.org ; lien direct vers le début du texte
Vous êtes ici : accueil > livres > l’itinéraire d’un renonçant > le renoncement aux cheveux

L’itinéraire d’un renonçant

<- retour

Le renoncement aux cheveux

Je suis tellement déterminé à progresser et si bien absorbé que rien ne peut me distraire. Le jour de mes vingt-sept ans me serait passé inaperçu, si mes yeux n’étaient pas, par inadvertance, tombés sur la date du journal quotidien qu’on venait de lancer par terre, devant la porte d’un moine. Au fil du temps, je commence à ressentir que ma chevelure, à laquelle je tenais presque comme à mes yeux, m’encombre plus qu’autre chose. J’y suis encore un peu attaché, mais il me semble que je serais tellement plus à l’aise de méditer la tête nue.

Le 1er février 1998, j’achète au coiffeur qui vient raser les moines du centre l’un de ses couteaux. J’en fais cadeau au moine Samādhi, qui l’inaugure sur mon crâne, juste après avoir – non sans peine – fait voltiger une à une mes dreadlocks à l’aide de gros ciseaux. À cet instant, je me rappelle la tradition des rastas. Lorsqu’un d’eux meurt, on lui rase la tête, afin de le débarrasser de toutes les impuretés accumulées symboliquement dans les cheveux tout au long de son existence.

Quand je vais devant le miroir, je prends peur tant la différence est frappante. J’ai l’impression de voir un extra-terrestre ou un oisillon tout déplumé. À l’entrevue suivante, l’instructeur me prend pour un nouveau méditant. Naturellement, tout le monde croit que j’ai décidé de prendre la robe, mais tant que rien ne m’y pousse, il n’en est pas question. Même si l’idée me traverse l’esprit, je ne vois pas pourquoi je ferais ce choix à la légère, comme ce doit trop souvent être le cas : « Tiens, et si je me faisais moine ? Ce serait chouette ! » Si je devais être moine, ce serait seulement parce qu’il n’y aurait plus d’autre issue possible. On dit qu’être moine permet de développer un mérite considérable. Il va de soi qu’on entend par « être moine » la pratique censée être suivie par un tel individu. En ce qui me concerne, ma pratique se passe pour le mieux et je ne ressens nullement le besoin de troquer mon longyi contre une robe monacale et prendre mes repas dans un bol plutôt que dans une assiette.

Une fois, alors que je suis comme chaque jour vêtu de mon longyi vert et de mon tee-shirt orange, et que je reviens de la salle à manger, il arrive quelque chose qui me réjouit au plus haut point. Comme toujours, je marche extrêmement lentement, parfaitement attentif et concentré sur le mouvement de mes pas, abrité de l’agression solaire par mon ombrelle. Tout le monde ayant déjà regagné sa chambre, l’allée est vide. Sur le côté, se tient une personne seule qui, à mon lent passage, s’agenouille et se prosterne à trois reprises, marquant ainsi son humble respect envers ma noble pratique. Ce qui me plaît n’est évidemment pas qu’on se courbe devant moi, mais qu’on marque son respect en pur hommage à mes efforts dirigés sur la bonne voie. Les habits que je porte me prouvent bien que ça n’est pas pour eux.

haut de page

suite ->