Cliquez ici pour afficher normalement la page (avec mise en forme et graphisme). Si ça ne fonctionne pas, vérifiez que votre navigateur accepte JavaScript et supporte les CSS. Nous vous recommandons un navigateur respectant les standards, tel que : Google Chrome, Firefox, Safari…

Accueil dhammadana.org ; lien direct vers le début du texte
Vous êtes ici : accueil > livres > l’itinéraire d’un renonçant > des parasites en robe

L’itinéraire d’un renonçant

<- retour

Des parasites en robe

Un matin, nous trouvons la pagode vide. Sans mot dire et en toute discrétion, tous les moines ont déserté les lieux, hormis nous deux. Lorsque nous les voyons enfin rentrer, le moine Samādhi s’enquiert auprès de l’abbé de la pagode :

« — Où étiez-vous, Vénérable ?
   — On était invités chez des gens pour le repas.
   — Vous auriez au moins pu nous avertir ; des gens ont téléphoné pour vous, on n’a pas pu les renseigner. Et là où vous étiez, ils avaient invité seulement les moines originaires de votre pays, pas tous les moines ?
   — Heu… C’est que… c’était mieux que vous ne soyez pas là. Sinon, au moment de remettre les enveloppes, vous auriez encore dit “ non, on n’accepte pas d’argent, parce que les moines ne doivent pas y toucher, et patati et patata ” et les gens ils auraient encore dit que nous on est les mauvais moines.
   — Et ils auraient eu tout à fait raison ! »

Une fois, quelqu’un de très gentil demande à l’abbé très respectueusement : « Vénérable, pourrais-je vous voir un instant ? » D’un air ostensiblement excédé, sur un ton des plus grognon, l’abbé lui lance : « Ouais ! C’est pour quoi ? », suite à quoi le gentil homme déclare : « je souhaiterais faire un chèque pour votre association ». Comme par enchantement, les traits maussades de l’abbé s’envolent subitement, laissant place au plus angélique des visages, la bouche maintenue entrouverte par un sourire aussi bête que béat. Sur le plus doux des tons, il laisse échapper un « d’accord ! » si niais qu’on aurait cru un chien remuant la queue devant un sucre. Lorsqu’il s’agit d’encaisser un chèque, ces gens-là ont toujours un moment à accorder.

Au fil des semaines, dans cette atmosphère malsaine, toujours pour des raisons de discipline, de mensonges et d’hypocrisies, les relations ne cessent de se dégrader. Nous allons donc nous installer dans une autre pagode, dont les moines sont originaires d’un autre pays d’Asie. Nous y serons spectateurs de comportements si déplorables et parfois si scandaleux que nous ne nous y éterniserons guère longtemps. Le plus surprenant n’est pas le fait que ces parasites n’ont absolument rien d’autre de moine que la robe et le crâne rasé, mais c’est la dévotion qu’ils suscitent. Pour eux, la vie monastique n’a rien d’un renoncement, mais tout d’une planque qui leur permet de mener une existence nettement plus confortable que dans leur pays natal. Ils passent leur temps à visionner des clips vidéo sur leurs belles chaînes DVD qu’ils se sont payées avec leurs propres cartes de crédit. Le dimanche, ils se parfument et se réunissent dans la salle principale de la pagode, bondée de fidèles donateurs. À travers des récitations bêtement apprises par cœur, ils entretiennent le public dans de grossières superstitions, les confortant dans leur persuasion de pouvoir s’acheter des renaissances heureuses ou de la chance pour leur existence présente, à l’aide de prières et d’argent. Ensuite peuvent pleuvoir les billets de banque, indispensables au bon déroulement de leur vie de larve.

Nous essayons trois autres pagodes, nous permettant ainsi de découvrir trois autres pays asiatiques. Dans chacune d’elles, les attitudes des moines y sont tout autant lamentables, leurs actes tout autant outrageants. Un recueil de critiques sur la méconduite des moines n’étant pas l’objet du présent ouvrage, nous nous abstiendrons – dans la mesure du possible – de nous étaler sur le sujet.

Avec mon compagnon, nous n’avons plus qu’une idée : retourner dès que possible sur notre bonne vieille terre birmane. Les parasites n’y manquent certes pas, mais au moins, on y trouve encore de vrais moines et des monastères où nous ne sommes pas regardés de travers lorsqu’on s’en tient à ce que notre noble Bouddha nous a enseigné.

Beaucoup de gens nous promettent de nous donner un bel ordinateur tout neuf, qui nous serait très utile. La seule chose qu’ils sauront nous offrir sont de belles promesses. Je regrette donc de devoir repartir sans ce précieux outil pour mon travail. Au prochain qui me dira « Je vais vous offrir un ordinateur », je me promets de répondre : « Non merci ! Je n’accepte pas l’argent, ni l’alcool, ni les promesses ! » Néanmoins, le prochain me téléphone deux jours avant notre vol Paris Yangon, pour me dire : « J’ai un vieux petit PC portable dont je n’ai plus utilité. Si cela vous intéresse, je vous l’apporte cet après-midi même. » Le 31 octobre, je repars donc en Birmanie avec de quoi bâtir le « premier prototype » de dhammadana.org.

haut de page

suite ->