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L’itinéraire d’un renonçant

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Un guerrier de la discipline

Après que nous soyons restés quelques jours sur Pagan, le moine Samādhi s’envole pour Kalau, tandis que je m’envole pour Sagaing. Là, je découvre avec passion les treize pratiques ascétiques enseignées par Bouddha. Aussitôt, je décide d’en adopter quelques-unes, comme le fait de ne consommer que la nourriture acceptée à l’aide du bol – par le biais de la collecte –, de s’arrêter devant toutes les maisons qui se suivent, sans choisir, de se contenter d’un seul repas par jour, de ne manger que la nourriture qui se trouve dans son bol – le salé avec le sucré –, de ne plus rien accepter une fois prise la première bouchée du repas, et de se satisfaire de robes usagées ramassées parmi les déchets, habitude que malgré moi, j’ai déjà adoptée depuis le premier jour. Pour vivre encore plus simplement, pour se défaire d’innombrables petites tâches inutiles, ces pratiques sont remarquables. D’une part, elles me permettent d’améliorer considérablement la qualité de ma discipline ; d’autre part, elles me confèrent un esprit clair et vif, qui demeure naturellement vigilant.

Ici, je vis dans un petit monastère tranquille, perché sur la plus haute colline de Sagaing. Un endroit idéal pour travailler en toute quiétude sur mon petit portable. Malheureusement, en cette fin d’année, le climat est bien trop froid pour le frileux que je suis. En dépit des huit couvertures épaisses sous lesquelles je dors, je claque des dents en tremblant des pieds à la tête, jusqu’à ce que le soleil prenne de la hauteur, et mon nez coule en permanence. Dans de telles conditions, je refuse de rester.

Le 1er janvier 2000, un autocar me conduit sur Yangon. Quand je retrouve la nonne Nanda, elle m’amène voir le Vénérable Kusala, un vieux moine à corpulence imposante, qu’elle m’avait déjà présenté un jour. Il m’observe un moment de son regard sévère, puis, d’un air rieur, il me demande comment s’est déroulé mon séjour à Sagaing. Ensuite, il nous invite – la nonne Nanda et moi – à venir séjourner dans son monastère, situé à l’écart d’une petite ville à l’ouest du pays. En arrivant là-bas, je poursuis sans attendre mon apprentissage du birman, et en parallèle, commence un fastidieux travail de traduction de l’essentiel de la discipline monastique, tenant compte des principales règles des moines et des procédures monastiques les plus courantes. Mon amie Nanda me sera d’une aide précieuse pour cette longue besogne qui, environ deux années plus tard, fera l’objet de mon premier livre ; un manuel pour les moines qui présente en clair tout ce à quoi ils sont tenus. J’apprendrai alors que Bouddha n’a jamais établi d’office le moindre point de discipline. Ce n’est qu’au fur et à mesure que des moines développèrent des attitudes déplaisantes, voire nuisibles, que, Bouddha mis au courant, convoquait le fautif en le sermonnant, établissant ensuite que désormais, un moine ne devra plus agir ainsi.

Durant les premiers temps de ma vie monacale, je m’intéresse de très près à la discipline monastique, presque trop. Je n’étudie que cet aspect, et de manière très approfondie. Moi qui fus autrefois un indiscipliné de premier ordre, je me fais aujourd’hui un véritable guerrier de la discipline, un seigneur de la vertu. Je suis épris d’un tel souci de bien faire que je pratique la discipline à l’état brut, voire brutal, sans considération. Je suis alors perçu comme un forcené qui applique des règles aveuglément. Ce qui me manque, c’est la souplesse ! La souplesse du serpent qui, tout en tournant avec grâce autour des obstacles qui se dressent devant lui, demeure digne et puissant comme le sabre quand besoin est. Le « moine souple » n’est pas celui « qui s’adapte », comme trop nombreux peuvent l’interpréter. Il est celui qui sait considérer avec sagesse chaque situation, avant d’agir ou de s’abstenir. Autrement dit, il n’est pas aussi important de prendre garde à ne commettre aucun manquement à une règle de la discipline monastique que d’entretenir un état d’esprit pur tout en respectant les habitudes des uns et des autres.

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