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L’itinéraire d’un renonçant

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Pratique de l’enseignement

Le 9 janvier 2001 est un jour comme tous les autres, sinon que je passe le cap de la trentaine. À Genève, hormis de Yan, la voie qui mène à la libération de la souffrance ne semble susciter l’intérêt d’aucune des quelques personnes que je rencontre. Probablement qu’il existe des intéressés, mais personne ne sait qu’il y a un moine vivant discrètement dans un coin de la ville. Quoi qu’il en soit, je crois que les choses font qu’on rencontre toujours les bonnes personnes au bon moment. Cependant, comme on réclame ma présence en région parisienne, il n’y a pas à hésiter.

Le 21 janvier, je suis accueilli dans la première pagode où vécut jadis le moine Samādhi, et où l’on ne dédaigna pas, à cause de ma coiffure, me laisser entrer, alors que j’avais le ventre vide. Cette fois, j’aurais beau être le plus pourri des moines, on est aux petits soins ; on me nourrit de bonnes choses, on me donne du thé, du savon, du dentifrice, une belle serviette de bain, on veille à ce que je ne manque de rien. On me traite en pape uniquement parce que j’ai la robe couleur d’écorce. Tant pis, je sais que je mérite de bénéficier facilement de ce dont j’ai besoin, car, renonçant à tous les plaisirs vains de l’existence, je ne me consacre qu’à la pratique, à l’étude et à l’enseignement de la voie de la connaissance juste de la réalité. Je sais aussi que ces gens développent beaucoup de mérite en agissant ainsi. Je rencontre aussi des personnes mûres pour adopter et étudier l’enseignement du Bienheureux, qui savent respecter les moines et leurs enseignements, non leurs robes.

À mon grand étonnement, le plus ancien des moines me demande de diriger une retraite de méditation d’une semaine. C’est alors qu’avec une trentaine d’individus – dont une demi-douzaine d’Occidentaux –, nous inaugurons la salle de méditation qui fut bâtie depuis peu, selon la forme d’un garage, pour faciliter les autorisations de construction. À l’issue de cette retraite, le vieux moine paraît enchanté ; il m’exhorte à organiser une retraite par mois.

À la fin janvier, je décide d’aller rendre visite à mon cousin François, expert en programmation. Quand j’arrive sur son lieu de travail, il me prie d’attendre la fermeture des bureaux. Dans la nuit, alors que nous sommes seuls devant les ordinateurs de l’entreprise, j’effectue mon baptême de l’Internet, qui plus est, avec la fibre optique. Il s’agit d’une connexion infiniment plus rapide que l’PET, qui permet l’affichage complet d’une page avant même que le doigt n’ait eu le temps de relâcher le bouton de la souris ou la touche « Entrée » du clavier. Dans ces conditions, la navigation est un rêve. François me réserve le nom de domaine – dhammadana.org –, me le paye et me trouve un hébergement. Grâce à lui, naît sur le réseau des réseaux, le 12 février 2001, la page d’accueil du site dhammadana.org.

À la pagode, je bénéficie d’un ordinateur de bureau et d’une connexion Internet, toutefois moins rapide que la fibre optique. Maintenant que je suis lié avec le monde, je peux entrer en contact avec des gens de tous les continents sans avoir à quitter ma chambre. De ce fait, des personnes d’autres régions de France viennent participer aux retraites. Au fil des mois, le site prend de l’ampleur. Un jour, je reçois la visite d’un certain Thibault, hindouiste occidental à la barbe si courte qu’on le croirait continuellement mal rasé. Également passionné par l’enseignement de Bouddha, ce Français d’origine libanaise maîtrise l’anglais, comprend un peu l’espagnol et connaît bien une demi-douzaine de langues orientales qu’il parle couramment, même s’il ne les lit pas toutes à la perfection. Il traduit en anglais le manuel pour les moines que je viens de faire imprimer en quelques exemplaires grâce à la donation d’un groupe de gens. Quand je lui parle ensuite de mon idée de faire une version anglaise du site, il accepte d’en être le traducteur. Peu de temps après, je me chargerai de doter le site d’une version birmane.

Lorsque je suis amené à délivrer un enseignement oral en public, je ne suis pas à l’aise, bien qu’étant familiarisé avec le sujet. Pour me paralyser, rien n’est tel qu’une foule silencieuse ayant l’attention braquée sur moi. Mon cœur s’emballe, le trac me chauffe le visage, les mots me manquent. Je ne parviens pas à exposer clairement ce que je connais, mes phrases sont maladroites. Si par miracle, je parviens à exprimer convenablement un propos, je parle malgré moi dans ma barbe, avalant la moitié de mes mots. Tout le monde étant plein de respect et de politesse, personne n’ose m’adresser la moindre remarque. Soit je m’égare dans des explications trop détaillées, soit je dérape sur un autre chapitre au lieu de poursuivre le développement d’un sujet crucial. Au pire et pour mon plus grand malheur, tiraillé par l’angoisse de mal dire, je glisse fatalement dans un trou de mémoire au beau milieu d’une phrase, ne sachant plus du tout ce que j’étais en train de dire. Non, vraiment, je ne suis pas né pour délivrer des sermons face à un public.

En revanche, je m’aperçois que l’écriture me sied beaucoup mieux. Voilà un élément à ma convenance ! Prenant tranquillement mon temps pour construire mes phrases, je réalise que j’aime écrire. Pourtant, je n’ai presque jamais lu, jamais écrit, et encore moins fait des études littéraires. Ainsi, et autant que possible, je partage mon expérience par le biais du Web, et notamment, des courriers électroniques, que beaucoup emploient pour me questionner à propos de leur pratique ou de l’enseignement de la réalité en général.

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