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L’itinéraire d’un renonçant

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Une école monastique pour les pauvres

Dans le courant du mois de janvier 2004, j’écris les premiers chapitres du présent livre. Ce travail sera interrompu pendant près d’un an et demi par divers événements, à commencer par la visite de mon cousin François et de sa bien-aimée, que j’accompagne dans le sud et l’ouest du pays.

Le 16 février, on me fait découvrir un immense établissement que je n’avais jamais remarqué et dont je n’avais jamais entendu parler. Il est cependant situé à moins d’une dizaine de minutes à pied de l’université où je vis depuis un an et demi. Cet établissement est une école qui couvre toutes les classes, depuis le plus jeune âge jusqu’au diplôme précédant l’université, où l’on a habituellement quinze ou seize ans. C’est aussi un monastère, avec sa poignée de moines et ses près de quatre cents novices. Non gouvernementale et gratuite pour tous, cette école accueille pour la majorité des enfants défavorisés (donc vraiment très pauvres étant donné la moyenne du niveau de vie de la Birmanie), et orphelins pour certains.

Comme la place manque, en dépit des nombreuses salles de classe, la moitié des élèves (soit environ trois mille) a cours seulement le matin, et l’autre seulement l’après-midi. Les adolescents s’entassent jusqu’à deux cents individus par salle de classe, serrés ni plus ni moins comme des sardines en boîte. Au début de la saison chaude, connue pour être plus ardente à Mandalé qu’ailleurs, les pauvres sardines baignent dans l’eau salée de la transpiration qui ruisselle sans répit de la tête aux pieds et qui gondole cahiers et livres. Outre cette étuve imposée, les élèves du fond ne voient rien du lointain tableau et n’entendent rien des leçons des professeurs, en raison du vacarme permanent. La qualité de l’enseignement est telle, qu’un élève qui n’a pas les moyens de se faire offrir des cours particuliers, dont les tarifs sont exorbitants, n’a aucune chance de réussir ses examens. Cet enseignement se limite généralement à la récitation par cœur de textes compliqués sans le souci de la moindre explication. C’est pourquoi la plupart des enfants birmans suivent ce type de cours après l’école. Ceux qui sont trop pauvres ont donc l’assurance de le rester jusqu’à la fin de leur existence, quelle que soit leur bonne volonté.

Cette école monastique est toutefois pourvue de privilèges, grâce à l’habileté de l’abbé – tenant lieu de principal – à communiquer avec les étrangers. En vertu de cette qualité, des bienfaiteurs de tous pays contribuent à fournir à l’établissement des équipements fort utiles, comme une bibliothèque, une infirmerie, des magnétophones avec casques et cassettes de leçons d’anglais, des établis de menuiserie, des machines à coudre, ou encore, des ordinateurs. Il y a aussi une petite dizaine d’étrangers bénévoles qui enseignent le bon anglais aux enfants, ou une autre langue, ou une matière artistique. Mais la grande particularité qui retient tout particulièrement mon attention, est que cette école monastique est le seul établissement scolaire de tout le pays à bénéficier d’une connexion à Internet ! Cependant, la moitié des sites reste inaccessible, les services gratuits sont systématiquement bloqués et la connexion s’établie selon une lenteur de tortue. Dans une telle contrée, c’est malgré tout un miracle de pouvoir se connecter au monde.

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