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L’itinéraire d’un renonçant

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Retour vers le présent

Pour la saison des pluies, je me suis installé dans le petit monastère près de Maymyo, afin d’y terminer tranquillement ce livre. Aujourd’hui, 10 août 2005 (calendrier chrétien), je me trouve dans mon cabanon en bois, assis par terre, les doigts dansant sur le clavier de mon petit ordinateur. Maintenant, 19h10 (heure birmane), je suis en train de rédiger ces lignes. J’ai rejoins le présent, et c’est ce que je souhaite de plus cher à tout un chacun : être pleinement dans le présent, à chaque instant de la vie, car la réalité ne se trouve nulle part ailleurs que dans le présent. Effectivement, ni le passé, ni le futur n’existent, puisqu’ils ne sont que des pensées apparaissant au présent ; et une pensée, ça n’est que du vent ! À l’instant où les souvenirs passés étaient expérimentés, ils appartenaient bel et bien au présent. Quand on renonce à tout, plus rien n’entretient le mental dans les rêves du futur, ni dans les nostalgies du passé, on reste dans la seule chose qui demeure : le présent. De ce fait, on fait connaissance avec la réalité, le plus naturellement du monde.

Aujourd’hui, je me sens bien. Non pas que j’éprouve de la joie, mais simplement que je suis sans tourment. Un peu comme une rivière dans son lit, je laisse aller les choses d’elles-mêmes, et tout se passe pour le mieux. Si j’ai souvent voulu expérimenter les choses les plus variées et les plus intenses, aujourd’hui je n’aspire qu’à la plus simple et la plus paisible des existences.

Je me sens léger, car ma tête n’est pas inondée de projets. Je ne vois plus quelle expérience particulière pourrait encore me tenter (mis à part dans la méditation). Il est donc très probable que le reste de mon existence se résume à quelques retraites – comme pratiquant ou comme guide –, quelques écrits et traductions, quelques déplacements et rencontres, quelques études de textes (essentiellement l’enseignement de Bouddha) ou de langues, quelques pages Web, et une profusion de courriers électroniques. Peut-être le moment est-il venu d’organiser la fondation d’un monastère en France ou en Suisse ?

Ce que nous attribuons généralement à la notion de réussite, ce sont les gros gains financiers, la haute position sociale, politique ou populaire. Sur le plan de l’avidité et de l’orgueil, c’est certainement là une belle réussite ! En tout cas, je crois plutôt que réussir sa vie, c’est précisément ne plus avoir la moindre ambition. Pour certains, c’est criant d’évidence, mais pas pour tout le monde. En toute sincérité, même si je n’ai pas encore accompli tout ce qu’il y a à accomplir, je pense avoir déjà bien mieux réussi cette vie qu’en étant à la tête de l’entreprise la plus florissante de la planète, président de la République, ou même, prix Nobel de la paix. Pour moi, ces choses-là ne valent rien, car elles ne mettent pas à l’abri des vrais problèmes de l’existence, et peut-être même que c’est le contraire.

Comme toute chose… ce livre a le caractère de l’insatisfaction, car il n’apporte aucun bonheur éternel ; il n’existe pas par lui-même, car il n’est que le résultat d’une suite de causes et effets ; il ne dure pas indéfiniment, car il a une fin.

Ainsi, nous allons nous quitter ici. Je vous adresse mes meilleurs vœux de succès sur la noble voie de la connaissance de la réalité.

Je serais honoré de pouvoir vous rencontrer, vous entendre ou vous lire, car maintenant, cher lecteur – chère lectrice – de ce livre, c’est à votre tour de me raconter votre vie !

 

Achevé d’écrire le 10 août 2005, à Thaya (Birmanie)

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Fin

--> Voir aussi : Voyage au Japon