Exposé sur le processus de contemplation des phénomènes physiques et mentaux.
S'appuyant sur le mahá satipa††hána sutta, cet enseignement présente de nombreuses divisions et caractéristiques sur les phénomènes observés durant le satipa††hána.
Aujourd'hui, nous allons tenter d'expliquer le káyánupassaná sampajañña, exposé dans le mahá satipa††hána sutta, qui est la contemplation des phénomènes physiques et mentaux en pleine conscience, à l'aide de l'expérience personnelle.
L'élément essentiel du satipa††hána est l'attention (sati). Toutefois, il y a quatre divisions, quatre caractéristiques, et quatre méthodes de dissipation.
Les quatre divisions de l'attention sont :
En d'autres termes :
Les quatre caractéristiques de la contemplation sont :
Les quatre méthodes de dissipation sont :
Bouddha divise les káyanupassaná en 14 parties :
1. ánápána pabba ; 2. iriyápatha pabba ; 3. sampajañña pabba ; 4. pa†ikúlamanasikára pabba ; 5. dhátumanasikára pabba ; 6. navasivathika pabba, qui se divise en 9 parties. Le total est donc de 14 parties.
Remarque : La méthode vipassaná du Vénérable Mahásí Sayádaw se base essentiellement sur les parties 2 et 3.
Ainsi, káyanupassaná se divise en 14 parties.
L'enseignement d'aujourd'hui porte sur sampajañña pabba, la troisième partie. C'est-à-dire la contemplation de tous les phénomènes physiques et mentaux à l'aide d'une conscience claire.
Cela consiste à observer clairement, en profondeur, de façon à connaître chaque phénomène, tel qu'il apparaît réellement. Cette contemplation doit être appliquée sur tous les phénomènes, quelles que soient les activités. Il faut noter en marchant, en stationnant, en regardant devant soi, en regardant derrière soi, en s'asseyant, en courbant son corps, en étendant des membres, en mangeant, en buvant, en mâchant, en léchant, en déféquant, en urinant, en marchant, en étant debout, en étant assis, en étant allongé, en s'endormant, en se réveillant, en parlant, en demeurant silencieux, etc. Bouddha a expliqué en détail comment noter tous les mouvements du corps.
Lorsqu'un yogí effectue un mouvement en avant ou en arrière, il doit le noter très attentivement. Il ne doit jamais faire un seul geste sans le connaître avec pleine attention. Il doit toujours connaître avec précision le mouvement qu'il est en train de faire. Faisant ainsi, il note « avancer, avancer » lorsqu'il avance et « reculer, reculer » lorsqu'il recule, et ainsi de suite, pour chaque mouvement effectué. En regardant devant lui, il doit noter « regarder devant, regarder devant », en regardant de côté, il doit noter « regarder de côté, regarder de côté ». En pliant et en étendant le corps, il doit noter « plier, étendre ». Pendant les activités quotidiennes et les repas, il y a de nombreux mouvements. Il faut tous les noter, de manière détaillée.
Lorsque les moines mettent leur robe ou lorsque les yogí laïcs s'habillent, ils doivent le faire en notant attentivement tous les détails. Durant un déplacement, si une pièce vestimentaire nécessite d'être retirée ou remise correctement, il faut avant tout s'arrêter. Ce n'est qu'une fois immobilisé que la robe ou le vêtement doit être retiré ou remis, en notant soigneusement chaque mouvement effectué. Pendant les repas, le yogí doit noter tous les événements, s'efforçant de ne pas en manquer : le fait de s'asseoir à la table, de regarder sur la table, de saisir la cuillère, de préparer une cuillère ou une bouchée de nourriture, le fait d'apporter la cuillère ou la main à la bouche, le fait d'insérer de la nourriture dans la bouche, le fait de mâcher, d'avaler, de prendre connaissance d'un goût, etc. Le yogí doit noter en détail tous les phénomènes perçus durant le repas : « mâcher, mâcher », « avaler, avaler », etc.
Y compris quand le yogí fait ses besoins, il doit noter de façon à connaître tous les détails ; il n'y a absolument rien qui ne soit pas convenable de noter. Pendant les tâches hygiéniques, également, le yogí doit noter de façon à connaître tous les détails : en se douchant, en se frottant avec le savon, en se lavant la figure, en se brossant les dents, etc.
Quand la nuit arrive, le yogí doit noter, de façon à connaître tous les détails, chaque mouvement effectué en regagnant sa chambre, en ouvrant et en refermant la porte, en fermant le verrou, en déployant la moustiquaire, en s'allongeant sur le lit, etc. Une fois que les yeux sont fermés, le yogí doit noter le mouvement de l'abdomen, la posture allongée et le toucher entre le corps et le lit à un endroit où il est distinct : « monter, descendre, allongé, toucher ». Lorsque la note est bonne, il est possible que le yogí ne dorme pas. Dans ce cas, les yeux toujours fermés, il doit continuer de noter, jusqu'à ce qu'il s'endorme naturellement. S'il se réveille au milieu de la nuit, il doit également avoir le réflexe de noter le mouvement de l'abdomen, la posture et le toucher, ainsi que les mouvements qu'il pourrait être amené à faire.
Pendant le sommeil, la question de noter ne se pose pas, car la conscience n'est pas fonctionnelle. Il est impératif de reprendre le processus de noter dès l'instant du réveil. Le yogí doit donc noter l'ouverture des yeux, l'intention de se lever, les mouvements effectués en se levant, en pliant la moustiquaire, en pliant les couvertures, le nettoyage de la figure, etc. Il faut observer chaque mouvement et chaque phénomène de façon ininterrompue, clairement et en détail.
Un yogí doit limiter ses paroles au strict minimum nécessaire. S'il a quelque chose à dire, il doit les communiquer avec la plus grande attention possible.
Si un yogí note avec précision et attention, de façon à connaître avec justesse tout ce qu'il fait et tout ce qu'il perçoit tout au long de la journée, du premier instant de conscience au réveil le matin, jusqu'au dernier instant de conscience avant de s'endormir le soir, le sampajañña sera achevé.
Les quatre connaissances du sampajañña
1. La première est sátthaka sampajañña. Avant de faire ou de dire quoi que ce soit, il faut réfléchir pour considérer si cela est bénéfique ou pas. Si cela est bénéfique pour soi, cela est convenable. Si cela est sans bénéfice pour soi, mais bénéfique pour autrui, alors cela est convenable. Après avoir bien réfléchi, si cela est bénéfique pour soi, pour autrui ou pour les deux, cela est convenable. Si cela n'est bénéfique ni pour soi ni pour autrui, alors cela n'est pas convenable. De la même façon, si cela est bénéfique pour le présent, ou pour le futur, ou pour le présent et le futur, cela est convenable. Si cela n'est bénéfique ni pour le présent, ni pour le futur, alors cela n'est pas convenable.
Par exemple, le fait d'effectuer des dons ou des tâches diverses pour aider les autres dans leurs pratique ou étude du dhamma peut être une chose très bénéfique ; mais cela devient un obstacle au progrès pendant une retraite intensive de satipa††hána. Dans ce cas, cette même chose ne sera pas bénéfique. Pendant sa retraite intensive, le yogí doit mettre de côté tout projet – même pour le bien du dhamma – pour ne se consacrer qu'à ce qui est bénéfique dans le moment ; en l'occurrence, la contemplation des phénomènes.
2. La seconde est sappáya sampajañña. Si une chose est bénéfique, il faut y réfléchir afin de savoir s'il est convenable de la faire sur le moment. Après analyse, ce n'est que s'il est convenable d'effectuer cette chose sur le moment qu'elle devrait l'être. Sinon, il n'est pas convenable de l'effectuer.
Pareillement, une parole convenable ne devrait être dite qu'à un moment convenable. Si elle est dite au mauvais moment, une parole restera sans bénéfice.
Bouddha a exposé les six sortes de critères pour la formulation d'une parole :
Parmi ces six sortes de formulations de parole, les deux premières seulement sont correctes. Qu'une parole soit appréciée ou pas, il est toujours convenable de la dire, dans la mesure où elle est juste et bénéfique pour celui qui l'écoute et au moment où elle est dite. Par exemple, une même parole pourra être convenable dans une région donnée et inconvenable dans une autre région. Le fait de considérer la pertinence d'une parole est sappáya sampajañña.
Le sátthaka sampajañña et le sappáya sampajañña constituent un bienfait inestimable pour la voie de la libération. Ils permettent aussi de bénéficier d'un certain bonheur au sein même de l'existence présente. Concernant le samatha et la vipassaná, ils sont susceptibles de permettre un accomplissement rapide du samádhi (limpidité du mental) ou de pañña (sagesse).
3. La troisième est gocara sampajañña. En demeurant dans son propre domaine, il est possible de résister à l'ennemi. Le domaine du yogí est l'entraînement ininterrompu aux quatre satipa††hána, pour le développement des connaissances de vipassaná. Dès que le yogí sort de son domaine, il est susceptible d'être attaqué par les ennemis que sont lobha, dosa et moha. Le fait de se résoudre à contempler les perceptions des quatre satipa††hána sans relâche, sans interruption, est gocara sampajañña.
4. La quatrième est asammoha sampajañña. Il s'agit de la connaissance qui connaît directement, sans hésiter. Les personnes qui ne notent pas pensent : « JE marche, JE fais un pas, JE vois, etc. » Le yogí qui s'entraîne au satipa††hána développe la capacité à noter les phénomènes physiques et mentaux tels qu'ils sont en réalité. De ce fait, il perçoit que le mouvement du pas pendant la marche est rúpa et que la conscience qui connaît ce mouvement est náma. Il perçoit aussi que l'intention de marcher est la cause et le fait de marcher l'effet. Ainsi, il parvient à connaître clairement et sans le moindre doute la loi naturelle des causes et effets.
Après cela, le yogí vient à connaître l'apparition et la dissolution des phénomènes. Ensuite, il vient à développer les connaissances d'anicca, dukkha et anatta ; c'est-à-dire les caractères éphémère, pénible et dépourvu de toute substance en soi des phénomènes. Ces connaissances de la réalité ne peuvent être développées qu'à l'aide du satipa††hána. Ce fait de noter à travers ces connaissances qui épargnent le yogí de toute hésitation est appelé asammoha sampajañña.
Quand le yogí met en application le satipa††hána à l'aide de ces quatre sampajañña, avec diligence, le samádhi se développe inévitablement et rapidement. Les connaissances de vipassaná sont alors progressivement réalisées, jusqu'aux plus hautes ; magga ñáša et phala ñáša.
Pour cette raison, chaque yogí devrait s'entraîner avec persévérance et effort au développement du satipa††hána, à l'aide des quatre sampajañña que Bouddha a enseignées. Ainsi, puisse chaque yogí parvenir le plus rapidement et le plus facilement possible à nibbána, la cessation définitive de toute la misère du monde !
sádhu ! sádhu ! sádhu !
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Origine : Enseignement délivré au centre Mahásí de Yangon (Birmanie)
Auteur : Vénérable Ja†ila
Traducteur : Moine Dhamma Sámi
Date : mars 2003
Mise à jour : 17 juin 2005